‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 53 sur 109 · Juin · texte numérisé non relu

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Bradford est presque une ville nouvelle; c'est Tentant du siècle. Elle est exubérante de sève et déjà enrichie, mais sans passé, sans art et sans culture. Les chefs d'industrie, les citoyens influents sont tous des parvenus, d'esprit fruste et de manières rudes. Bradford n'a pas encore eu à sa tète un seul maire qui parlât et prononçât l'anglais correctement, comme un homme bien élevé. Les plus avisés parmi les plus riches tiennent à ce que leurs fils deviennent des gentlemen ; pour cela, ils s'empressent de les soustraire à l'influence du home, et les envoient se former aux bonnes manières dans une des grandes public sdwols. Pour les autres, il y a la grammar school de la ville.

Bradford Grammar School fait d'excellente besogne, surtout parce qu'elle est restée depuis dix-huit ans entre les mains d'un bon headuiaster, le Rév. W.-H. Keeling. Fondée en 1GG2 par Charles II, Bradford Grammar School a été réorganisée par les Endowed Sdwols CoiDjiissiûncrs, en 1871; elle a pour toute fortune le bâtiment qui l'abrite, et doit se suffire à elle-même '. Aussi les frais d'études sont-ils relativement assez élevés : 15 livres sterling par an ■(375 francs), pour les élèves les plus âgés. Elle compte 400 élèves divisés en seniors et juniors. Les 200 juniors reçoivent tous la même instruction : tous apprennent le latin. A quatorze ans, ils passent seniors et choisissent la voie classique ou la voie moderne : il y a 100 modernes et 100 classiques dans le senior departinent.

i. Elle est même obligée, pour se créer des ressoiirces, de présenter quelques-uns de ses élèves aux examens de South Kensington ; elle obtient ainsi une subvention du Science and Art Deparl/nent.

La division mcderne est, en réalité, commerciale : dans la classe la plus élevée de cette division, on consacre 9 leçons par semaine, de trois quarts d'iieure environ, aux langues vivantes (français et allemand — conversation et correspondance dans chaque langue) ;. 7 à l'arithmétique et aux mathématiques (y compris les mesures et les monnaies étrangères); 8 à la physique, à la chimie, à la mécanique et au dessin; 5 à l'anglais, à la correspondance commerciale, à la géographie commerciale, etc.; 3 à la tenue des livres et à la sténographie. Cela n'est pas une éducation libérale : le headmaster le reconnaît, mais il ajoute que l'école, pour vivre, doit faire des concessions à sa clientèle.

La division classique prend sa revanche en formant d'excellents classical scholars, qui obtiennent des bourses universitaires, vont à Oxford ou à Cambridge et font honneur à leurs maîtres '.

Bien que sa division classique ne compte qu'un nombre assez restreint d'élèves, Bradford Grammar- School est parvenue à conquérir, par ses succès universitaires, l'un des premiers rangs parmi les écoles secondaires du royaume.

Presque tous les élèves de l'école sont fds de chefsd'industrie, de médecins, d'avocats, de solicitors; quelques-uns seulement appartiennent à la petite bourgeoisie. A Bradford il n'existe pas encore d'école à

1. M. Henry Brown, en 1873, et sir Titus Sait, en 1876, ont remis à l'école, chacun pour sa part, un capital de 6000 livres (150 000 francs) dont les revenus sont employés à entretenir des boursiers aux universités.

En 1889, le jour de la distribution des prix, sur l'estrade, un riche marchand de Bradford a tiré de sa poche un chèque dfr 5000 livres et l'a remis au headmaster pour créer des bourses.

Tusage de la lower rniddle class. Boutiquiers et petits employés y sont trop philistins pour faire le sacrifice d'envoyer leurs fils à la grammar school. Ils se contentent de l'école primaire, ou, qui pis est, d'une école privée.

Technical Collège, école technique d'apprentissage, est, au moins au point de vue de l'installation, tout à fait remarquable : nous y reviendrons plus loin. Mais à cette école technique est adjointe une école d'enseignement primaire supérieur; celle-ci ne dépend pas du school hoard comme la Central Higher School de Manchester. Elle reçoit les élèves à treize ans, au sortir de l'école primaire, et les garde jusqu'à quinze ans et demi, en moyenne. Ses 264 élèves appartiennent surtout à la petite bourgeoisie : 70 p. "jr, viennent des hoard schools. L'école se soutient à l'aide des sommes versées par les élèves (le prix de pension est de 6 à 9 livres par an, suivant les cas), des subventions du Science and Art Department et du City and Guilds of London Instittde. Les sujets enseignés sont les mêmes qu'à l'école de Deansgate, Manchester. L'école, dirigée par un maître très actif, remporte de brillants succès dans les examens de South Kensington: les élèves y apprennent des choses utiles, mais ils ne reçoivent pas une véritable éducation. Cette école souffre évidemment du voisinage immédiat de l'école technique, dont elle est la pépinière. Les élèves y sont déjà trop préoccupés du métier et du gagne- pain.

Leeds ', la ville des industries diverses, tanne le cuir, fabrique des machines de toutes sortes, surtout tisse du drap et des lainages avec la laine que file Bradford, et ces étoffes sont transformées sur place en confections. Leeds est la ville la plus peuplée du Yorkshire, elle compte 300000 âmes, et toute son histoire tient dans ce siècle.

Leeds possède, outre quelques inévitables écoles privées, une grammar school, qui ne peut recevoir plus de 300 élèves; une Boys' Modem Sdiool, et une Central Higher Grade School.

Je n'ai pas visité la grammar school.

La Boys' Modem School, née, il y a quarante ans, à l'ombre d'un riicc](a)(ics' imtitide, a été réorganisée, en 1885, sur le plan de Cowper Street; elle est dirigée par un ancien assistant du D"" Wormell. Les frais d'études varient, suivant l'âge, de 3 livres à 8 ou 9 par an. Les élèves — un peu plus de 300 — appartiennent, pour la plupart, à la petite bourgeoisie; quelques-uns sont fils de familles aisées, d'autres, fils d'artisans ou de contre-maîtres. Cette école paraît traîner une existence assez précaire, à la merci des examens annuels d'où elle tire une partie de ses moyens d'existence.

Central Higher Grade School, ouverte en 1889, fonctionnait depuis un an à peine quand je l'ai visitée, La construction et l'installation sont une merveille digne d'être étudiée par tous les architectes scolaires.

Le school board de Leeds, voulant créer une école

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