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daims et de cerfs, et courent en chantant dans les roches des ruisseaux poissonneux : c'est la forêt de Dartmoor, les landes d'Exmoor, noms romantiques, qui hantent les rêves des chasseurs, des peintres et des poètes. Dans les basses vallées, de loin en loin, au bord des rivières qui descendent de Dartmoor-Forest, de petites villes, très vieilles, propres, simples, tranquilles, content vaguement Fhistoire inconnue de générations paisibles et laborieuses : telle Exeter, la plus doucement vénérable, Tiverton, Taunton, et tant d'autres encore.
Exeter est une des plus antiques cités d'Angleterre; elle porte vaillamment ses dix ou douze siècles ; elle a grandi lentement, concentrant une partie du commerce du sud-ouest, et atteignant le chiffre de 50 000 âmes, sans perdre ses airs aristocratiques et son allure d'ancien régime. Elle a deux écoles secondaires de garçons, l'une, Hele's School, pour la lower middle class, l'autre, Exeter School, pour la bourgeoisie aisée.
Hele's School fut bâtie, en 1850, sur une fondation instituée par Elize Hele au xvii= siècle. Elle reçoit les enfants à partir de huit ans et peut les garder jusqu'à seize. C'est un externat; les frais d'études sont de 5 livres (125 fr.) par an.
Les fondateurs de l'école, par une faute trop commune, élevèrent un bâtiment prétentieux, coûteux et incommode, et ce fut là tout leur effort. Les salles, au nombre de quatre seulement, sont étroites, sombres, mal aérées; il n'y a place que pour 100 élèves, on en a empilé 200. Deux classes sont réunies dans la même salle, avec deux maîtres qui enseignent à la fois.
Hele's School est très fréquentée, parce que ses prix sont bas et sans doute aussi à cause de la réputation méritée de son headmaster.
Avec des ressources très limitées, des maîtres dont aucun, pas même le hcad^nastcr, n'a d'autre diplôme que celui d'instituteur primaire, mais, en compensation, les eiïbrts d'un personnel enseignant qui a fini par apprendre à fond son métier, sinon par acquérir un savoir étendu, — Hele's School donne des résultats surprenants. Cinq de ses anciens élèves, après avoir passé comme boursiers par Exeter School, ont achevé leurs études à Oxford et à Cambridge avec des bourses variant de 90 à 150 livres. D'autres, après avoir appris à Hele's School tout ce qu'on y enseigne, c'est-à-dire l'anglais, un peu de français et de latin, des mathématiques et du dessin, se sont jetés à seize ans dans la mêlée et se sont fait leur place : l'un a ouvert une imprimerie, sa maison est devenue la plus importante d'Exeter, il occupe 200 ouvriers; un autre, parti de rien, est aujourd'hui agent de change à Londres; un autre dirige un charbonnage considérable dans le pays de Galles; un quatrième est greffier en chef de la c( Bankruptcy Court » avec un traitement de 30 000 francs par an. Aucun n'avait, en. commençant l'apprentissage du métier qu'il avait choisi, dautre viatique que celui qu'il avait reçu à Hele's School.
Maîtres et élèves sont loin d'être raffinés dans cette école, qui a comme un air de vieille Angleterre : ces petits provinciaux sont rudes d'aspect, de manières, et ce n'est pas à l'école qu'ils peuvent se dégrossir. Les maîtres n'ont guère le temps de songer au superfiu; ils courent au nécessaire : ils cherchent à faire passer le plus possible du peu qu'ils savent dans ces têtes enfantines. Deux maîtres sur cinq sont d'anciens élèves de l'école, devenus sans autre préparation élèves-maîtres {pnpil-leachers), puis élevés peu à peu,
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sans autre titre que l'expérience, à la dignité de maîtres. Il faut venir dans ce pays arriéré de Devonshire pour rencontrer des mœurs aussi patriarcales.
Exeter Scliool a un tout autre air et de plus hautes prétentions. Elle est logée dans un grand bâtiment gothique, au bout de la ville, presque en pleine campagne, au milieu de belles prairies bordées d'arbres. C'est une très ancienne grammar school, puisqu'elle fut fondée en 1380.
Avant d'arriver à l'école elle-même, on trouve une grande maison pour le lœadmaster, avec une quarantaine de places pour des pensionnaires. Mais l'école est surtout un externat. Les bâtiments, parfaitement aménagés, — laboratoires, salles de bains, ateliers, ventilateurs et appareils de chaufiage perfectionnés, — pourraient contenir 300 élèves : l'école n'en a que 120, dont 20 internes. Les fées (frais d'études et de pension) sont assez élevés, 18 à 20 livres pour les externes; 70 livres tout compris pour les boarders. Presque tous les élèves appartiennent à la bourgeoisie aisée de la ville ou du comté; on y trouve à peine 5 ou 6 fils de fermiers; enfin 3 boursiers, qui viennent de Hele's School, et appartiennent à la Zoioerwidd^ec/ass.
L'enseignement, principalement classique, ne néglige pourtant ni les sciences ni les langues vivantes. Les maîtres sont tous des University men. Le ton général est bon, tout à fait celui d'une public school; malheureusement cette école manque un peu d'animation et d'émulation, n'étant pas assez peuplée. Des bourses pour les universités, en nombre relativement considérable, sont mises au concours parmi les élèves; vu le nombre très limité des candidats, la concurrence est Dresque nulle.
Ainsi cette école, qui s'adresse à un public forcément restreint, a dépensé, en bâtisse et aménagements, de grosses sommes et, chaque année, emploie un beau revenu à entretenir des fils de bourgeois aisés à Oxford et à Cambridge, cependant qu'on laissait Hele's School sans espace et sans lumière, avec des maîtres mal préparés, mal payés et trop peu nombreux. La grammar school a 8 maîtres pour 120 élèves, et Heles School G pour 200. Un peu plus de justice distributive dans la répartition des dotations n'eût certainement pas nui au relèvement des « philistins » de la petite bourgeoisie.
Tiverton est une petite ville de 10 000 âmes, joliment située au confluent de deux rivières; de temps à autre, un marché l'anime. Elle possède une usine, où 1200 ouvriers sont occupés à Tindu strie paisible et propre des dentelles. La gloire de Tiverton est d'avoir choisi à plusieurs reprises l'ancien boy de Harrow, Harry Temple, lord Palmerston, pour la représenter au Parlement. Comme Exeter, Tiverton compte deux écoles secondaires : l'une, pour la bourgeoisie aisée, est comblée de faveurs, l'autre, pour la Jocuer middle class, abandonnée et misérable.
Blundell's School, à un mille du centre de la ville, presque en pleine campagne, parmi de riantes villas qui, en se groupant sur la colline, commencent à former une sorte de faubourg élégant : c'est le type de la moderne public scliool.
En 1604, un drapier de Tiverton, l'honorable Peter Blundell, construisit une grammar school et constitua une dotation pour élever, dans ladite école, un certain
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nombre de fils de bourgeois et envoyer ensuite quelques-uns d'entre eux aux collèges de Balliol et de Sydney Sussex, à Oxford. Cette fondation s'accrut, aux xvii% XVIII'' et xix'' siècles, grâce aux libéralités de quelques autres citoyens de Tiverton. En 1815, l'école, très prospère, comptait 203 élèves; l'enseignement était donné gratuitement, suivant la volonté du fondateur, aux enfants de la ville; mais deux desmaîtres de l'école, le headmaster et le second master, profitaient d'une clause de l'acte signé par Peter Blundell, et d'après laquelle les fils d' « étrangers » {foreig)ieys), — étrangers à Tiverton, s'entend, — pourraient être admis, si au moins dix bourgeois de la ville y consentaient; ces deux maîtres avaient pris des boarders^ et leur industrie florissait. Cette tolérance devint une règle, puis un abus. Les « gouverneurs » de la fondation, de puissants sqiiires des environs, avaient mis la main sur les bourses pour les universités, et les distribuaient, suivant leur bon plaisir, à leurs parents, amis ou protégés. En 1847, un bourgeois de Tiverton, moins endurant, s'adressa à la Court of CJiancery et lui demanda de faire respecter les volontés de Peter Blundell. La cour décida que les maîtres ne devaient point prendre de boarders. Le 30 juin 1847, après l'élimination des boarders, l'école n'avait plus que 31 élèves. Elle reconquit peu à peu le chiffre de 100. En 1876, la fondation fut réorganisée; et, six ans plus tard, on éleva les beaux bâtiments qui portent aujourd'hui le nom de Peter Blundell. On a dépensé 500000 francs, dont une moitié a été fournie par la fondation, et l'autre moitié par des souscriptions et un emprunt. L'école a cessé d'être gratuite pour les bourgeois de Tiverton. Les frais d'études ont été fixés à 18 livres pour les « étran-
gers », et à 12 livres pour les citoyens de ïiverton. L'école prend des boarders qui paient, outre les frais d'études, -47 livres par an au-dessous de quatorze ans, et 52 livres au-dessus. L'éducation d'un boarder revient à bien près de 2000 francs.
L'école compte 190 boarders, répartis dans les 5 maisons du headmasler et de quatre assistant maslers. A Tiverton, comme à Dulwich, sont venus se fixer un certain nombre d'officiers retraités, d'anciens fonctionnaires, attirés par les avantages de la fondation, et sans doute aussi par les charmes de cette petite ville faite à souhait pour tous ceux qui ne pensent plus qu'à vivre modestement en élevant leurs enfants.
Les 190 boarders viennent de dilférents points du comté, de tout le sud-ouest de l'Angleterre, de Bristol et même de Londres : beaucoup appartiennent à de vieilles familles du Devonshire, et même à des familles nobles, qui envoient leurs aines à Eton et ne peuvent faire le même sacrifice pour les cadets; ajoutez des fils de médecins, d'avocats, de solicitors et de riches négociants. Très souvent les enfants n'arrivent que vers quatorze ou quinze ans : la durée moyenne du séjour d'un élève à l'école est de trois ans et demi. Sur 80 boijs qui quittent l'école chaque année, 10 ou 12 vont aux universités, dont 5 ou G avec des bourses, d'autres entreprennent la médecine ou l'apprentissage du métier de soliciter ou d'avocat, 0, en moyenne, vont à rarniée, et les autres dans les aiïaires.
Cette école peut donc être rangée immédiatement après les grandes public schools. Elle a de magnifiques pelouses pour les jeux. Le ton paraît y être bon, cependant la tenue des boys ne semble pas aussi satis- ■îaisante qu'à Exeter Grammar School.