Cité par Vachon, p
2. « La délivrance des brevets d'apprentissage était tombée en désuétude, l'obligation, pour le patron, d'enseigner à ses apprentis les secrets de leur métier n'existant plus depuis longtemps. En outre, l'action des modernes Trade-Unions et des sociétés de secours mutuels, par leurs persistants etTorts pour réduire a un même niveau le taux du travail, aussi bien en
donne à l'esprit les notions théoriques indispensables, au coup d'œil la précision et la justesse, à la main la souplesse et l'habileté; le jeune homme ainsi préparé, arrivant à l'atelier, y apprendra plus vite et mieux la pratique du métier. De même que la public school
valeur qu'en qualité, avait enlevé toute émulation et détruit tout mérite personnel. Il en résultait que l'apprenti ne désirait plus acquérir d'autres connaissances que celles que la nécessité ne manquerait pas de lui apprendre. Le contremaître ne prenait pas la peine d'enseigner plus que ce qu'il jugeait à propos. Les ouvriers devenaient indill'érents et nonchalants, ne possédaient aucune ambition et se trouvaient parfaitement satisfaits de recevoir quand même leurs salaires, le travail fût-il bien ou mal fait, protégés qu'ils étaient par leurs corporations. » (Rapport de M. Edwards sur l'instruction technique en Angleterre, Comptes rendus officiels du conçirès de l'enseignement technique de BordecLux, 188G. Cité par Vachon, p. 28.) — Conclusion d'une enquête faite par sir H. Roscoe et M. A.-D. Acland, publiée par lord Ilartington dans la Conlemporaru Review, mai 1889 : »... Dans beaucoup de métiers on peut dire que l'apprentissage est mort, et personne ne songe à le ressusciter. Les conditions hâtives de la fabrication moderne rendent de moins- en moins possible l'enseignement approfondi des principes dans Tatelier; il devient donc de plus en plus nécessaire de fournir un enseignement extérieur, exempt des préoccupations de la production industrielle... Le rôle de l'école consiste non pas à supprimer l'apprentissage dans l'atelier, mais à le compléter. »
En ce qui concerne l'enseignement technique agricole par exemple, sir H. Roscoe et M. A.-D. Acland disent : « Il y a beaucoup à l'aire pour l'éducation agricole par l'école, et la ferme modèle; mais... la ferme modèle ne saurait être une véritable affaire administrée en vue d'un profit à réaliser, et puis le fermier a beaucoup encore à apprendre ailleurs... », c'est-à-dire dans la vie pratique. Les auteurs que nous citons se souviennent assurément de l'insuccès de West Buckland (voy. plus haut, p. 183 et suiv.)
Sir Thomas Dyke Acland, l'un des premiers souscripteurs de West Buckland, déposa dans l'enquête publiée par la Contemporary Revieiv : « I think there is no branch of technical éducation in which it is more necessary than in the éducation of the farmer to keep clear the distinction bctween school and apprenticesliip. ><
forme et fortifie le caractère du boy en vue de la lutte pour la vie, de même l'école technique se propose et se contente de préparer un esprit et de plier un organisme en vue de leur plus rapide adaptation aux conditions spéciales d'un métier. Le plus souvent d'ailleurs, l'école technique est complémentaire de l'atelier : l'apprenti trouve la pratique à l'usine dans la journée, la théorie le soir à l'école. Il n'existe pas d'écoles professionnelles d'apprentissage en Angleterre, de même qu'on n'y rencontre pas de ces écoles d'ingénieurs où l'on enseigne, entre quatre murs et sur le papier, à exploiter des mines ou à construire des chemins de fer. Jamais les patrons anglais n'auraient compris ni admis la confusion entre l'école et l'atelier, et les Trade- Unions n'auraient pas toléré que le contrôle de l'apprentissage leur échappât, en passant de l'atelier à l'école.
A. — l'initiative privée.
Le premier mouvement en faveur de l'instruction technique fut l'œuvre d'un homme de bien, dont le nom et l'œuvre méritent une mention. En 1800, le D'' Birkbeck, professeur à l'université de Glasgow, ouvrait dans cette ville des conférences de physique industrielle pour les artisans. Ces cours eurent tant de succès que l'idée se répandit et gagna des adhérents dans toute la Grande-Bretagne. En 18'25, le D"" Birkbeck, entraîné par l'enthousiasme alors général pour l'éducation des classes populaires, parcourut l'Angleterre en fondant dans toutes les villes industrielles des instituts d'artisans — MechanicH Jnstitutes — comme à Glasgow. Partout surgirent à sa voix les Mecha-
nies' Institutes, élevés par souscriptions. Les ouvriers avaient saisi avec empressement l'occasion de s'associer dans des cercles, de se réunir dans des cours auxquels on avait pris soin de les intéresser et de les attacher en exigeant d'eux une cotisation d'ailleurs minime. Mais quand on entreprit des cours suivis, quand on voulut exposer les théories scientifiques, on s'aperçut que les ouvriers étaient incapables de comprendre, n'ayant pas reçu, pour la plupart, d'instruction primaire. Les grandes sociétés, qui ont tant fait pour le développement de l'instruction populaire en Angleterre, commençaient à peine leurs travaux. Les fondateurs des Mechanics' Institutes avaient devancé leur temps. 11 fallut reprendre tout l'édifice en sousœuvre : les institules durent se transformer en écoles primaires ou secondaires K
Après l'échec de cette tentative, les corporations de la Cité de Londres furent les premières à tenter un nouvel effort. 11 y a une quinzaine d'années, plusieurs de ces riches corporations instituèrent, à frais communs, un comité chargé de faire, après enquête, un rapport sur finstruction technique. Les conclusions de ce rapport, confié à des hommes comme sir William Armstrong, le professeur Huxley, le colonel Donnelly, le capitaine Douglas Galton, décidèrent les corporations à consacrer une partie de leurs énormes revenus à encourager l'enseignement technique.
Un plan fut tracé, et une association créée, CUij and Guilds of London Tnstitide, dont le budget serait alimenté par les subventions annuelles de chacune des
!. Par exemple la liuys' Day School à Leeds. (Voy. plus liant, p. 107.)
l'instruction technique 235
corporations. En dix ans, de 1878 à 1888, le City and G^dhh of London Insiiluie a pu dépenser 303 056 livres, plus de 7 millions et demi de francs.
UInstitiite a fondé à Londres : dans le quartier de South Kensington, une école technique supérieure, la Central Institution, destinée à former des ingénieurs pour l'industrie et des professeurs pour les écoles techniques; dans la cité, une école technique secondaire, Finsbury Collège; dans le sud de Londres, une école des arts décoratifs; enfin il distribue, à la suite d'examens spéciaux, des prix en argent (de 1 à 10 livres) et des diplômes aux élèves des écoles techniques de province.
La Central Institution, créée en 1885 et dont le programme peut être comparé à ceux de notre École Centrale et du Polytechnique de Zurich, est merveilleusement installée et pourvue d'un corps de professeurs de premier ordre. Mais le nombre des élèves ne répond encore ni aux espérances, ni aux sacrifices des fondateurs. 11 faut compter avec les mœurs et prendre patience; le métier d'ingénieur s'apprend encore presque uniquement par la pratique en Angleterre. Il ne devient que lentement une prof^-ssion savante.
Le Finshurij Technical Collège, qui comptait dans ses classes du jour 169 élèves, en l890, dont 84 pour le seul département de l'électricité, est une école technique modèle, peut-être la meilleure de toute l'Angleterre. Elle prend les enfants, entre quinze et dix-sept ans, au sortir de la grammar school, ou d'une école comme Cowper Street School, et les prépare à faire rapidement leur chemin dans l'industrie : une fois munis du bagage de l'école technique, la durée
nécessaire de l'apprentissage dans l'atelier se trouve réduite pour eux de moitié. Ils parcourent en trois ans des étapes que l'apprenti vulgaire met six ans à franchir. Le directeur de Finsbury Collège a pu donner à ses programmes une tournure originale et s'est élevé au-dessus de la plupart des écoles techniques de province, parce qu'il est indépendant : la subvention du City and Guilds of London Institute l'affranchit de la nécessité de « chauffer » ses élèves en vue des examens de South Kensington.
Lorsque, dans les provinces anglaises, on va en quête des institutions démocratiques, créées par l'initiative privée, soutenues par les souscriptions de tous les citoyens, riches et pauvres, fréquentées et aimées de tous, c'est vers Birmingham qu'il 'faut toujours se tourner : par l'activité intelligente de sa municipalité, par la munificence de quelques riches citoyens, comme les Mason, les Tangye, les Chamberlain, par l'entrain de tous les contribuables à grossir de leurs deniers le budget communal des sciences et des arts, par la soif de s'instruire, par le désir de se former le goût, qui animent toutes les classes de la population, Birmingham a vu s'épanouir sur son sol fécond une magnifique floraison d'établissements divers, musées, bibliothèques, écoles d'art ou de science : Mason Collège représente l'enseignement universitaire; les bibliothèques publiques sont nombreuses, riches et fréquentées; l'école de Bridge Street inarque une date dans l'histoire de l'enseignement technique en Angleterre;
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ajoutez le Birniingliam and Midland Institute et l'école municipale des beaux-arts.
En 1854, une association sous le nom de Birminghatn and Midland Institute entreprenait de créer, par souscriptions, un grand établissement d'enseignement public au centre de la ville : en 1889, elle comptait près de 10000 membres; son budget dépasse 8000 livres; dans son hôtel vaste et confortable, ont lieu chaque soir des cours que suivent des milliers d'auditeurs. C'est une sorte d'université populaire, où l'on enseigne tout, depuis les sujets les plus généraux de l'histoire et de la littérature jusqu'aux pratiques les plus spéciales de la chimie industrielle. Les cours ont lieu le soir, les étudiants élant tous des ouvriers, des employés, des travailleurs de tous genres. En 1886, l'Institute comptait 4190 étudiants ainsi répartis : science, 1474; langues et littérature, 1046; arithmétique, 324; musique, 1233. En 1889, ce n'était plus 4000, mais 5000 étudiants qui suivaient les cours. — Cette institution a rendu de réels services; le niveau intellectuel de la population ouvrière et de la petite bourgeoisie est à Birmingham plus élevé que dans mainte autre grande ville. C'est à l'Institute en grande partie que ce progrés est dû. Toutes les classes de la société se rencontrent sur les bancs de ces cours à deux sous, l'ouvrier à côté du fils de son patron ; tous les âges, tous les sexes. « C'est un spectacle réconfortant, me disait un de ceux qui consacrent bénévolement leurs forces et leur temps à cette entreprise, de voir chaque soir accourir par milliers de tous les points de la ville tous ces gens affamés qui viennent réclamer le pain de la science. »
On s'écrase aux cours d'anglais et de français. Le
professeur d'espagnol a un auditoire de 600 élèves '.
La salle de conférences, qui peut contenir plus de 1000 personnes, est comble tous les lundis : une fois par semaine, en effet, un homme marquant dans la littérature ou la science vient tout exprès de Londres, d'Oxford ou d'ailleurs, et fait une conférence populaire; le succès est toujours immense. Enfin, l'Institute, grâce à l'inépuisable libéralité de ses amis et protecteurs, s'est muni de laboratoires très perfectionnés de physique, de chimie, de géologie, de mécanique, d'électricité.
L'école des beaux-arts, fondée au siècle dernier par un groupe de volontaires, ne fut d'abord qu'une modeste académie de dessin, sans caractère public. Elle grandit avec la ville : à mesure que les industries de Birmingham, l'orfèvrerie, la bijouterie, devenaient plus tlorissantes et réclamaient des dessinateurs habiles, l'école voyait croître le nombre de ses élèves. Survint l'administration de M. Chamberlain, qui accomplit comme maire tant et de si grandes choses à Birmingham. M. Chamberlain tenait qu'une ville comme Birmingham devait posséder en propre son école des beaux-arts. Le rédacteur en chef du Daili/ Post, le principal journal de Birmingham, recueillit l'idée, l'exposa, la fit valoir : deux riches industriels de la ville offrirent 10 000 livres pour l'entreprise; deux jours plus tard, un autre citoyen de la ville, M. Colmore, donnait un terrain de 1000 mètres, situé au
1. Il n'y a pas longtemps encore, les industriels de Birmingham, qui fabriquent beaucoup pour l'Espagne et les pays hispano-américains, ne trouvant pas d'employés anglais sachant l'espagnol, étaient obligés de prendre des Allemands. Il n'en est plus ainsi depuis les cours de Tlnslitute.
centre de la ville et valant 14000 livres. Miss Ryland vint, à son tour, apporter iOOOO livres. En 1886 avait lieu l'inauguration du nouvel édifice, « un chef-d'œuvre d'art et une merveille d'installation scolaire '. »
L'école, qui avait 800 élèves en 1885, en comptait 2000 en 1890. La plupart des élèves travaillent en \'ille dans la journée et ne viennent suivre les cours que le soir: quelques-uns, plus heureux, ont gagné des bourses et peuvent consacrer tout leur temps à l'étude. Dans cette école, les élèves reçoivent d'abord une sérieuse instruction générale en dessin et en anatomie; après cette solide préparation, ils sont admis à se spécialiser suivant leur métier. Les professeurs sont tous gens de métier : dessinateurs, graveurs, ciseleurs, ils composent des modèles pour les orfèvres, les bijoutiers, les armuriers de Birmingham. Dans les quartiers éloignés, huit succursales donnent l'enseignement du dessin aux enfants des écoles primaires et aux artisans : on épargne à ce nombreux public des courses fatigantes et l'on se trouve débarrassé de la masse des commençants. Un système de concours permet de distinguer les meilleurs parmi les élèves des écoles excentriques : des bourses leur donnent le moyen de compléter leurs études à l'école principale ; celle-ci reste ouverte à tous ceux qui ont du mérite et peut maintenir son enseignement à un niveau élevé.
Manchester n'a pas été aussi vite ni aussi loin que Birmingham, mais elle a fait cependant de bonne