Montalembert, p
<• La reprodiicUon des débals parlementaires, ajoute cet auteur, à l'époque où elle était libre chez nous, subissait les mutilations et les altérations les plus graves, au gré de l'opinion ou des passions du journal, qui feignait de tenir ses lecteurs au courant des débats législatils. Je ne sais guère que le Journal des Débats qui ait fait une honorable exception à cette règle. Qui ne se souvient de la façon dont le National assaisonnait les discours de ses adversaires d'interruptions imaginaires et d'injures forgées à froid dans ses propres bureaux? »
Depuis 1856, quels progrès avons-nous faits dans le sens de l'impartialité, de l'honnêteté politique et du respect des opinions contraires? Lequel blâmer le plus, du journal qui fausse et dénature, ou du public qui n'a pas su encore exiger et obtenir de la presse qu'elle lui mît, en toutes choses, impartialement sons les yeux les éléments d'un jugement personnel?
2. Comparez à cela les pantalonnades de certains de nos journalistes judiciaires, qui ne voient le plus souvent dans les
Enveloppés par cette masse compacte de documents, de faits précis, les leaders, les articles de fond, placés au centre, forment noyau. Veditor, responsable des opinions et de la tenue du journal, a l'œil à tout. Il est au courant de tout, il suit toutes les questions; car il est l'autocrate qui décide sur quels sujets et dans quel sens seront écrits les leaders par ses lieutenants. Certains leaders sont des articles improvisés à toute bride, entre onze heures et minuit et demi, sur un grave événement appris à la dernière heure, sur un
causes où peut être en jeu l'honneur d'un nom qu'une matière à facéties.
« Dans la première partie de notre siècle, la procédure civile était barbare, la procédure criminelle sauvage, la loi pénale abominable. Jl. Gladstone était déjà membre du Parlement, quand la législation punissait de mort le vol d'un mouton, l'instruction était secrète, l'accusé ne pouvait connaître ni les dépositions des témoins entendus par le juge, ni l'acte d'accusation, on lui refusait même le secours d'un avocat. Je ne parle pas de ce qui se passait dans les cours inférieures, ni des magistrats amis de la bouteille ou des juges coynmerçants.
« Depuis lors, quels changements! et, ce qui est plus merveilleux encore, combien ils ont été rapides! L'honneur n'en revient, ni à un homme, ni à une révolution violente : c'est l'opinion qui a tout fait, et cela par l'organe de son plus puissant instrument, la presse...
« ... La presse anglaise a eu ses défauts, ses taches, ses défaillances; mais elle a eu le courage, l'énergie, la persévérance, et elle a rendu à la société et à la civilisation les plus immenses services... La presse a formé l'opinion et l'opinion a transformé la presse. La presse a signalé les abus, les violences et les actes arbitraires des hommes, les iniquités des institutions et des lois, et elle a tout emporté. L'opinion, devenue majeure, s'est alors retournée vers son auteur et elle lui a fait comprendre à quelles conditions il pouvait conserver, sur elle, son autorité et son empire. Elle a clairement montré... qu'avant d'adopter une opinion elle e.xige qu'on lui expose les arguments contraires, qu'avant de condamner un homme, elle veut être mise à même d'entendre sa défense. » (Franqueville, Système judiciaire de la Grande-Bretagne. Paris, 1893, II, G4o et suiv.)
discours prononcé le soir même à l'autre bout de l'Angleterre ou même de l'Europe; d'autres sont ce que nous appellerions des chroniques ou des variétés, écrits plus à loisir, sur un sujet d'actualité moins pressante : découverte géographique, économie sociale, questions diplomatiques, procès à sensation; — et, périodiquement, les longues colonnes lamentables sur le fog, Ihorrible brouillard qui chaque hiver serre plus violemment son étreinte à la gorge des infortunés Londoniens. Ces articles sont, généralement , assez calmes d'allures et courtois de ton : « C'est la sagesse publique, c'est le chœur antique devisant sur les événements du jour ^ » Mais il arrive — tout arrive — que les plus sages perdent la tête : et l'on a pu voir comment cette malheureuse question d'Irlande, éternellement douloureuse et insoluble, a conduit naguère les plus graves journaux aux pires expédients du plus bas esprit de parti et aux plus incroyables excès de langage. Il n'en reste pas moins que, depuis trente et quarante ans, le ton de la presse anglaise, même dans les polémiques les plus passionnées, s'est sensiblement relevé, si j'en crois un bon juge ^ Les Universihj men ont peuplé les salles de rédaction, et, grâce à eux, les idées générales ont trouvé dans la presse quotidienne de dignes interprètes et ont commencé à pénétrer jusqu'au grand public.
Aujourd'hui, comme du temps de Montalembert, il faut faire une réserve sur « tout ce qui touche à la politique extérieure de l'Angleterre et à ses relations avec les nations étrangères. Ici la partialité politique^