Chiffre cité dans un leader du Times, 3 juin
responclants particuliers dans les principaux pays d'Europe, bureau à Paris, fils spéciaux avec Londres, agence centrale à Londres; il est aussi « substantiel », presque aussi copieusement pourvu de nouvelles sur le monde entier que les grands confrères de la capitale; il est sans rival dans ses enquêtes permanentes sur la situation économique et commerciale de la région qu'il dessert.
Par son incroyable esprit d'entreprise, par ses énormes capitaux, par l'activité et l'intelligence de ses administrateurs, le grand journal anglais de Londres ou de province réalise une moitié de la devise que lui propose lord Rosebery, il prouve son intrépidité; quant à l'autre, à la justice, nous la trouvons fidèlement respectée dans le ton du journal.
Un journal anglais est une grande industrie, dont les chefs se savent responsables vis-à-vis de leurs mandataires et du public : leur raison sociale, le nom du journal et sa haute réputation sont un bien précieux : ils le sauvegardent avec la même piété filiale qui anime les chefs des vieilles maisons de commerce, solides et vénérées, de la Cité de Londres, de Manchester ou de Liverpool. Mais ils n'ont pas seulement à cœur de faire honneur à leur signature commerciale, de bien gérer leurs affaires; ils ont à porter une responsabilité morale très lourde, d'autant plus lourde que leur journal est plus prospère et plus puissant. Cette responsabilité, ils en sentent tout le poids, et l'on doit dire qu'ils le portent dignement. Ils possèdent, au plus haut degré, le sens de l'intérêt supérieur du pays, de l'honneur du nom anglais, le respect de la réputation, de la vie privée et des intérêts des particuliers.
Les articles de fond ne sont pas signés : c'est le journal qui parle. Les petites questions d'amour-propre, les polémiques personnelles, même les polémiques de journal à journal ont disparu : « Cela n'est plus dans les mœurs. Nos voisins ont compris, depuis un demi-siècle, que les hommes ne sont rien et que les idées seules importent : ils sont bien véritablement guéris des individus '. » Le public agissant sur le journal, il s'est formé, peu à peu et dès longtemps, une opinion qui condamne et rend impossibles cespuérilités ou ces excès dont nous souffrons en France : la presse se trouve naturellement portée au rang d'une institution, parce qu'elle n'emprunte sa forcequ'au respect dont on l'entoure et qu'elle mérite.
Il faut rendre au public sa part : sur toute question, il veut se faire lui-même son opinion, il veut connaître le pour et le contre, il veut entendre toutes les parties en cause, qu'il s'agisse des débats du Parlement -, d'un procès civil ou criminel, ou d'une discussion quelconque rendue publique. Cela ne date pas d'hier % et
\. Ph. Daryl, p. 42.
Voici le témoignage d'un homme public anglais, qui a élé mêlé aux luttes les plus ardentes, M. Chamberlain :
« En général, la presse anglaise montre, à l'égard de sesadversaires politiques, autant de justice, de générosité, d'impartialité que l'on en peut raisonnablement attendre de l'humanité imparfaite et anonyme... Je dois beaucoup à la presse qui m'a souvent fustigé. » (Discours prononcé au Birmingham Press Club, le 21 janvier 1S93. — Times, 23 janvier.)
2. On sait que le Times publie, à ses frais, le compte rendu in extenso des débats du Parlement, et que ce compte rendu fait foi.
3. « Le public s'y regarde (en Angleterre) comme un jury permanent... Le journal est tenu, par respect pour la souveraineté de l'opinion, de prendre ou d'affecter les allures de ces juges auxquels l'équité anglo-saxonne ne permet plus de rudoyer un accusé ou de lui tendre des pièges. • (Montalembert, ibid., lSb6,. p. 303.)
c'est un signe certain que les mœurs publiques du peuple sont saines. L'article de fond, seul, porte la marque du parti auquel appartient le journal. Tout le reste est purement documentaire : ce sont les pièces du procès. Quel que soit le parti que le journal représente, il publie l'analyse impartiale des débats du Parlement, sans une réflexion, sans une altération. « Cette sévère probité, cette noble bonne foi, est d'autant plus méritoire et d'autant plus salutaire qu'il n'y a jamais eu de compte rendu officiel des discussions parlementaires, ni d'autre moyen de rectifier ou de préciser les termes employés par les orateurs, que les réclamations individuelles adressées aux journaux. Or ces réclamations sont tout ce qu'il y a de plus rare '. »
De même pour les débats judiciaires : le repoy^ter est souvent un jurisconsulte de grand mérite, qui a trop le respect de la liberté humaine pour traiter en coupable un accusé digne de tous les ménagements tant qu'il n'a pas été condamné '.