Montalembert écrivait
« Les grands journaux anglais entretiennent, à grands frais, dans les capitales étrangères, des correspondants qui sont chargés de dissimuler ou de falsifier le fait et le droit autant fiu'il le faut pour complaire aux préjugés et aux intérêts britanniques, et ils remplissent cette tâche avec un succès complet. ..
Que fait d'autre encore aujourd'hui le correspondant viennois du Timesl
Quelques exemples de partialité aveugle dans les questions étrangères : l'article féroce du Standuid sur l'exécution de Panitza, — une « atrocité bulgare » pourtant; — l'article du Times du 2 juillet 1890 sur la conférence de Bruxelles et le commerce des armes en Afrique; — les articles de toute la presse anglaise en l'honneur de Stanley, à son dernier retour d'Afrique, après les massacres de l'Oubanglii et les exploits de son canon Maxim. Les droits de l'humanité ne sont respectables que lorsqu'ils ne vont pas à rencontre des intérêts britanniques; et ils sont, au contraire, très bons à rappeler quand ils peuvent gêner un peu les rivaux, telle pourrait être la conclusion de tous ces articles. D'ailleurs, tout ceci a été très bien mis en lumière par un Anglais, Sydney Whitman, dans son livre : le Pays du Cant : « Quand notre bile nationale est échauffée, dit-il, notre presse marche au premier rang..., nos ennemis deviennent invariablement des rebelles, des bandits, des coquins, des menteurs, des fourbes intrigants; leur bravoure est satanique, leur astuce
Après les journaux quotidiens, les journaux du dimanche et les revues hebdomadaires. Les premiers, comme le Lloyd's Newspaper, le Reynolds', le People et d'autres, publient, à l'usage du peuple et du petit bourgeois, un résumé des événements de toute la semaine, assaisonné de quelque gros roman dramatique, qu'on lit pendant l'interminable journée du dimanche; les autres, des revues à six pence, commentent l'histoire de la semaine en satiristes, comme Truth ; à l'usage des capitalistes, comme VEconomht et le Statist; pour les gens d'église, comme le Guardian; pour les sportsmen, comme le Field; et pour tout le monde, comme le Speaker, le Spcctaior ou la Saturday Review. Il en est dix autres encore, mais deux méritent une mention à part : VAcademy, qui est presque exclusivement une revue d'érudition, et VAthe7ixi(m, qui est le modèle inimitable de la revue critique. Chaque semaine, VAthcnœum suit le mouvement littéraire, artistique et scientifique dans tout l'empire britannique et le monde entier. Aucun livre ne paraît à Londres qui ne soit au moins mentionné dans ses colonnes. Tout ouvrage qui apporte quelque chose de nouveau est analysé, revieived, comme ils disent. Nous n'avons pas, en France, de mot qui corresponde à celui-là, n'ayant pas la chose; notre critique signe l'article oi^i il parle d'un livre nouveau, et, dès lors, il songe bien plus à se faire valoir lui-
infernale. Les renégats indigènes qui prennent parti pnur nous et trahissent leurs frères sont qualifiés de loyaux... : c'est ainsi qu'on nous disait que les-.\byssins mouraient d'envie d'être débarrassés de leur tyran de roi, idem les Ashantis, idem les Zoulous, idem les Égyptiens en ce qui concernait Arabi-Pacha. » {Trad. franc., Paris, 188", p. 126 et suiv.)