Traité élémentaire de Philosophie, v. I, Introduction
maître et l'élève, ce sera, en outre, une sauvegarde contre le danger de s'égarer, sans profit, dans le dédale des figures et des syllogismes. Ces notions préliminaires de logique devront donc être développées, étendues, expliquées selon la nécessité immédiate, tout comme elles ont dû être préparées dans l'enseignement des sujets les plus élémentaires. Cette méthode n'est pas strictement scientifique; elle ne suit pas davantage le cadre ordinaire des traités de philosophie ; mais elle se réclame du simple bon sens et du témoignage de l'expérience. On ne peut dire d'ailleurs qu'elle ne soit point d'accord avec les principes rationnels, puisqu'elle suit le développement normal d'un esprit en formation, et répond aux questions qu'il se pose. C'est peut-être une forme rustique d'étudier la philosophie : mais elle atteint le but, et elle a l'avantage de ne pas contrarier les méthodes plus scientifiques qui pourraient être adoptées dans la suite.
L'importance de la psychologie ne saurait être trop appréciée; avec la morale, elle donne, aux intelligences féminines, ce qui leur est le plus nécessaire pour atteindre leur destinée dans quelque condition où elles se trouvent : c'est de se connaître soi-même ; de discerner ses puissances et ses ressources, afin de prendre en main le gouvernement de sa vie.
On a dit et on répète que les femmes ne savent pas se maîtriser ; qu'elles suivent à tout
hasard les impulsions diverses ; qu'elles sont versatiles, à la merci des impressions, esclaves de leurs nerfs, émotives au delà de toutes bornes, ou s'enserrant par une obstination aveugle dans un réseau d'absurdités.
C'est la plainte générale. Encore ces tendances aux extrêmes seraient-elles plus pardonnables si elles étaient considérées et avouées comme défaut. Mais c'est une pose, à notre époque, de se dire versatile et impressionnable. On se persuade que le contrôle de soi restreint la vie et enlève le charme de l'existence. Cette phase d'illusion peut ne pas durer, et il est possible que des conseils plus sages viennent à triompher. Espérons que bientôt cette école d'(( impressionisme » en actes aura passé de mode ; pour le moment, elle semble à son apogée. La faiblesse, la mobilité sont acceptées avec une sorte de complaisance ; on en est venu, si l'on peut employer ce mot, à une sorte d'automobilisme d'esprit et de manière. C'est le besoin de mouvement perpétuel. On est trop pressé pour faire quoi que ce soit ; on est en camp volant ; et de fait, courir d'une chose à l'autre est l'habitude acquise, sinon le plan de vie volontairement préconçu. La psychologie et la morale n'ont peutêtre pas d'action directe sur ces tendances ; mais sans nul doute elles aideront à les modifier.
La forme la plus ordinaire du découragement est de dire qu'on voudrait mieux faire et qu'on ne sait comment. Un peu de psychologie
répond à cette plainte, en donnant au moins une idée des ressources personnelles, et de la manière de les exploiter en s'aidant des secours extérieurs. Ces premiers principes de morale, une fois bien compris, ne se laisseront plus étouffer et seront comme des témoins et des juges du gaspillage de l'existence ou de la déviation de la vie.
Quelques notions d'esthétique appartiennent de droit à l'éducation des femmes. Leurs idées sur le beau et leur goût dans les arts auront grande influence sur le cours de leur existence et celle de leur entourage, et pourront transfigurer mille choses en elles-mêmes banales ou vulgaires. Le goût de la femme, s'il a été formé à se porter vers ce qu'il y a de mieux, peut sauver une génération de la décadence. Par le beau, il faut surtout entendre ici cette convenance des choses, dans laquelle l'art se fait sentir comme « l'expression d'un idéal, au moyen d'une œuvre concrète, capable d'impressionner le sujet, et de l'attacher à l'idéal qu'elle fait admirer '. » Toute question de goût se rattache à l'esthétique, non seulement les beaux-arts, mais encore les œuvres d'imagination, la parure, l'ameublement et ces mille détails ou circonstances diverses auxquels le savoir-faire prêtera grâce et vie. L'existence en est tissée; chacun a son rejaillissement sur le bien et sur le