‹ L'éducation des jeunes filles catholiquesChapitre 14 sur 27 · Cardinal Mercier Théodicée, Avant-propos · texte numérisé non relu

Cardinal Mercier Théodicée, Avant-propos

les incroyants, pour leur prouver l'existence et les divines perfections de Dieu;

Les rapports de la philosophie et de la révélation doivent être soigneusement expliqués, au double point de vue de l'instruction personnelle et de la défense de l'Eglise. Il est nécessaire, en particulier, de bien démontrer que si la science a sa sphère propre, dans laquelle elle peut se mouvoir avec ses principes, ses méthodes, ses moyens de certitude S l'Eglise, pourtant, comme gardienne de la vérité révélée, a le droit et le devoir de poursuivre les délits de ceux dont l'enseignement scientifique empiète, par affirmation ou contradiction, sur le domaine de la révélation.

Pour résumer, la logique habitue les enfants à distinguer un argument juste d'un autre qui ne l'est pas, ce dont peu de lecteurs, voire même peu d'écrivains, sont tout à fait capables. La morale pose les bases indispensables d'une conscience droite. La psychologie apprend à reconnaître, d'une part, les actes de l'intelligence et de la volonté, de l'autre, les mouvements de la sensibilité et de l'imagination. Elle donne ainsi la clef de bien des énigmes qui, autrement, pourraient mener à des théories fausses ou dangereuses.

La méthode à suivre, dans l'enseignement des diverses branches de la philosophie, dépend telle-

1. De Bonald et quelques autres furent condamnés par Grégoire XVl pour avoir enseigné que la raison tire ses premiers principes de certitude de la Révélation.

ment de la préparation antérieure des élèves et de la trempe d'esprit du professeur, qu'il est difficile de fournir des données précises. Il importe surtout de prendre chaque intelligence au point ou elle en est, avec ses propres conceptions mentales, ses habitudes de pensée, d'attention, de langage. Tout ceci demande beaucoup de discernement dans l'adaptation prudente du sujet aux cas particuliers.

Selon le degré de formation de ses élèves, chaque professeur peut voir s'il doit adopter la méthode des conférences, ou se risquer dans celle des entretiens plus familiers, avec demandes et réponses. Ce dernier mode, plus profitable en soi, exige d'ailleurs une préparation plus approfondie. Il y a grand avantage aussi à obtenir que les élèves consignent par écrit leurs difficultés. L'exposé clair et net de ce qu'on veut savoir est un acheminement vers la solution. Si, après le cours, les élèves peuvent répondre à quelques interrogations judicieusement posées, ce sera, de même, un gain et une avance. C'est beaucoup de saisir le nœud de la question. Que de fois, les réponses des jeunes filles ne viennent-elles pas prouver que non seulement elles n'ont pas compris la pensée, mais qu'elles n'ont pas même bien entendu les mots. Si elles savent patienter devant une difficulté non encore résolue, attendre que la solution arrive selon le cours normal des choses, elles recueilleront un fruit précieux des

travaux de leur éducation. Si, en outre, à la fin de leurs études élémentaires de philosophie, elles sont bien convaincues du peu d'étendue de leur science et désireuses de s'instruire toujours davantage, ces études, certainement, n'auront pas été sans profit.

Elles ne seront pas complètes cependant, sans quelques notions sur l'histoire de la philosophie, sur les principales écoles et sur les grands hommes qui s'y sont distingués. Ainsi, les jeunes filles réaliseront mieux le bienfait de vivre à notre époque et de pouvoir profiter de telles leçons, maintenant surtout que la Scolastique a eu sa renaissance sous Léon XIII et que l'enseignement néo-scolastique apporte une nouvelle vigueur à la philosophie traditionnelle. Certains pourraient penser que c'est mettre « le vin nouveau dans de vieilles outres ». Ne serait-ce pas, au contraire, conserver à la fois et les outres et le vin ?

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