L'HISTOIRE
Parmi les sciences dites profanes, l'histoire est celle dont la valeur dépend le plus de la considération qu'on lui accorde, et du point de vue auquel on se place pour l'enseigner. Non qu'envisagée dans l'ensemble elle soit vraiment un sujet profane; — des périodes isolées, des tranches peuvent, il est vrai, être étudiées dans un esprit purement humain, ou en dehors de tout esprit spécial ; — mais le principe vital réside dans l'ensemble et non dans le fragment. C'est seulement lorsque l'histoire est considérée avec cette vue générale qu'elle mérite l'honneur qui lui est dû comme « science des Rois », école d'expérience et de jugement, et l'une des plus grandes maîtresses de vérité.
Dans les temps modernes, depuis la chute de l'Empire d'Occident, l'histoire de l'Europe par
haine ou par amour, s'est concentrée autour de l'Eglise. Aussi l'éducation catholique entre là comme dans son domaine. L'âme chrétienne se sent plus à l'aise, au milieu des phénomènes et des problèmes historiques, que d'autres esprits pour qui les âges de foi ne sont que des repaires de superstition, des périodes d'asservissement moral, ou pour le moins des époques fabuleuses. Sans l'Eglise, en effet, oh est l'idéal des croisades et du saint Empire Romain, l'esprit religieux de la chevalerie, la guerre des investitures? Que deviennent le pouvoir et la souveraineté temporelle des Papes, les misères de la « Captivité de Babylone », le développement des Ordres religieux et, dans l'histoire contemporaine, au cours de ces cinquante dernières années, la question italienne et la position actuelle de l'Eglise de France? De tels événements sont inexplicables, sans l'Eglise qui donne la clef des conllits, et le sens des idées directrices. Si l'on ne connaît pas la vie intime de l'Eglise, il est impossible de concevoir ces grands faits comme des réalités, atteignant la conscience et proposant un but et une orientation à la vie elle-même. Présentés seulement comme des luttes terrestres entre les hommes, des disputes de partis, des rêves d'impérialisme ecclésiastique, ils perdent leur vraie signification. Qu'on laisse de côté l'Eglise, et qu'on essaye de préparer un cours sérieux d'histoire, même pour des jeunes filles au dessous de
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dix-huit ans, à chaque instant, on sera à la merci d'une question aussi sérieuse qu'embarrassante. Qu'est-ce que les Investitures? Et Canossa? Et Mentana, et Castelfidardo ? Les explications données alors par des maîtresses non-catholiques pourront bien n'avoir pas plus de valeur que les réponses du vieux Kaspar au jeune Peterkin sur la bataille de Bleinheim :
Et maintenant parlez nous de la guerre,
Et pourquoi ils combattirent l'un contre l'autre.
— Pourquoi ils ont combattu l'un contre l'autre, Je ne saurais vous l'expliquer,
Mais tout le monde disait
Que ce fut une fameuse victoire.
— Et quel en fut le résultat final?
Demanda le petit Peterkin.
— Cela, je ne saurais vous le dire,
Mais pour sûr, ce fut une fameuse victoire '.
C'est à cause de cela que l'histoire européenne tient si peu de place dans le programme des écoles laïques de jeunes filles, et le fait lui-même est un aveu inconscient de la difficulté que nous