QUATRIÈME LEÇON
Maîtresses ou maîtres?
La question de la coéducation.
Les professeurs femmes dans les classes élémentaires des lycées de garçons. — Les professeurs hommes dans les classes supérieures des lycées de jeunes filles. — Question de la coéducation des sexes, à l'étranger, en France. — Grands avantages de l'école mixte. — Une citation de Condorcet. — Réserves à faire; répugnances des familles de la classe moyenne en France. — Conclusion : L'école séparée à partir de la 12^ année.
Nous ne poursuivrons pas plus longtemps le parallèle des cours libres et des écoles publiques, tenant pour acquis que c'est un des devoirs essentiels de rÉtat d'organiser pour les filles des études complètes et méthodiques aussi forles que possible dans des maisons modèles, comme il le fait pour les garçons.
Considérons maintenant d'autres questions, celles notamment qui sont relatives au mélange ou à la séparation des sexes dans l'éducation, et, avant tout, celle-ci : qui enseignera les filles? N'auront-elles que des maîtresses, et posons-nous en principe que l'éducation des femmes doit être faite par des femmes? Ou bien le sera-t-elle aussi, le sera-t-ello même mieux comme beaucoup le croient, par des hommes?
La question est très complexe, à la fois sociale et pédagogique. Socialement, il n y a pas à hésiter. Nous devons, nous l'avons vu, multiplier autant que possible les occupations et les moyens de gagner leur vie pour les femmes. Or, que peuvent-elles faire mieux que l'éducation, et quelle éducation plus naturellement que celle des filles? Voilà qui domine tout le débat, et y eût-il quelque inconvénient pédagogique à donner aux femmes l'éducation des jeunes filles, j'ose dire qu'il faudrait passer outre en raison de l'intérêt social.
Mais la pédagogie pour le premier âge est d'accord avec le besoin social. Auprès des petits enfants, j'entends des enfants des deux sexes, aucun maîlre ne vaudra une femme, à tout prendre. Aux Etats-Unis les écoles primaires des deux sexes (écoles mixtes, pour la plupart) sont aux mains des femmes dans une énorme proportion, et on s'en trouve absolument bien. Les hommes mêmes ne s'en plaignent pas, préférant d'ailleurs, dans cette race entreprenante, la carrière des affaires à celle des études. Beaucoup de bons esprits croient qu'il en pourrait être ainsi chez nous.
Cependant il ne manque pas de personnes qui craignent le manque d'autorité des femmes sur les petits garçons, ou qui préfèrent pour eux l'action de l'esprit viril. Ceux-là ne veulent pas entendre parler d'institutrices pour les garçons, passé six ans.
En fait, on a commencé chez nous d'introduire les femmes dans l'enseignement des lycées de garçons, où elles font les classes enfantines : grande révolution, dit M. Lcgouvé, qui rendra l'Université maternelle à l'âge où c'est de maternité surtout que l'enfant a besoin. M. Bréal va plus loin, il voudrait que l'ensci-