‹ L'éducation des jeunes fillesChapitre 23 sur 40 · MAÎTRESSES OU MAÎTRES · texte numérisé non relu

MAÎTRESSES OU MAÎTRES

gnement usuel des langues vivantes fût confié à des femmes, au moins pour les premières années : elles le donneraient, pense-t-il, infiniment plus vivant et plus pratique; et j'incline aussi à le croire. C'est une de ces expériences que j'aimerais à voir tenter.

Mais ne nous éloignons pas de notre sujet. Dans renseignement des filles, faut-il n'admettre que des femmes? Notons qu'on entend souvent les femmes elles-mêmes demander à n'avoir pour chef que des hommes, comme seuls justes et impartiaux. « Ne donnez jamais autorité à des femmes sur des femmes, me disait une intéressée; jamais de direction; elles n'ont pas assez Thabitude de l'autorité; elles sont ombrageuses, jalouses des maîtresses qui ont une autorité morale sur leurs élèves, au lieu de s'en réjouir, etc. » J'avoue qu'il y a du vrai dans ces reproches. Les femmes, surtout celles qui ont autorité sur d'autres, sont terribles par leur esprit d'intrigue, de complication, par leur susceptibilité, leur parti pris pour ou contre les personnes, leur animosité implacable. Mais n'oubhons pas que seul l'exercice de la responsabilité fortifiera progressivement le caractère chez les femmes. La vérité est qu'il y a déjà des directrices parfaitement à la hauteur de leur tâche, très supérieures à certains proviseurs. Ce qu'il faut, c'est n'en avoir que de telles, et, pour cela, se rappeler que les grades ne sont une garantie ni suffisante ni, par conséquent, nécessaire. Bref, je ne crois pas ici à la fatalité du sexe; je crois absolument, en revanche, au progrès par l'éducation et par l'exercice de la volonté responsable. Comment les femmes se formerontelles, si on continue à tout faire faire aux hommes,

même ce qui est si évidemment leur affaire, à elles? Dans l'enseignement proprement dit, tout le monde admettra que pour les premières classes, jusque vers la quinzième année environ, les femmes (de mieux en mieux préparées, d'ailleurs) conviennent bien à instruire les filles. Mais la question demeure très discutée pour les classes supérieures de savoir si on ne doit pas les réserver à des professeurs hommes. C'est un fait notoire et universel que les hommes sont plus écoutés, que les filles travaillent mieux et profitent plus avec eux, même à égalité de savoir et de zèle. Il s'explique par le prestige de la force, par l'effet d'un ton plus ferme et plus décidé et sans doute aussi par l'instinctive sympathie d'un sexe pour l'autre. Ce qui le prouve, c'est que le fait inverse se produit dans les écoles où les maîtresses ont à mener des garçons. Ceux-là sont mieux que leurs petites compagnes dans la main de l'institutrice. Un jour, Mme Pape-Carpentier, faisant son cours de pédagogie, s'adresse à une toute jeune fille qui avait longtemps servi d'adjointe à sa mère dans une salle d'asile : « Mademoiselle, lui dit-elle, vous avez fait la classe à des garçons et à des filles : quels sont, à votre avis, les plus intelligents, les plus faciles à faire parler et à instruire? — Les garçons. Madame, répondit la jeune fille. » Mme Pape-Carpentier partit d'un éclat de rire. La jeune fille confuse se mit à fondre en larmes. « Calmez-vous, lui dit l'éminente directrice, et rassurez-vous. Je m'attendais à votre réponse. C'est dans l'ordre de la nature. Allez dans une école mixte : si elle est dirigée par une femme, elle vous dira que les garçons sont de beaucoup supérieurs aux filles; si c'est un instituteur, il vous prend un air fin et vous

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