‹ L'éducation des jeunes fillesChapitre 25 sur 40 · Voir le Vil* volume de ses œuvres complètes · texte numérisé non relu

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rinstruclion commune, de celle qui a pour but d'enseigner aux individus de l'espèce humaine ce qu'il leur est utile de savoir pour jouir de leurs droits et pour remplir leurs devoirs, paraît trop étendu pour les femmes, qui ne sont appelées à aucune fonction publique, on peut se restreindre à leur faire parcourir les premiers degrés, mais sans interdire les autres à celles qui auraient des dispositions plus heureuses, et en qui leur famille voudrait les cultiver ».

Et il ajoute qu'il est nécessaire que les femmes partagent l'instruction donnée aux hommes pour bien des raisons : pour qu'elles puissent surveiller celle de leurs enfants; pour que leur défaut d'instruction n'introduise pas dans les familles une inégalité contraire à leur bonheur, inégalité qui choquera de plus en plus à mesure que les garçons recevront une instruction plus réellement utile; pour faire conserver aux hommes eux-mêmes, par un commerce intelligent avec leurs femmes, les connaissances acquises dans leur jeunesse; parce que les femmes ont le même droit que les hommes à l'instruction publique, principale garantie de tous les autres droits. Enfin Condorcet établit que « l'instruction doit être donnée en commun », le maître étant « choisi indifïéremment dans l'un et l'autre sexe ». Et la raison qu'il donne est que cette réunion des enfants des deux sexes est utile aux mœurs, loin de leur être dangereuse. En oiTet, dit-il fortement, « cette réunion toujours en public et sous les yeux des maîtres serait un préservatif contre ces diverses espèces de corruption dont la séparation des sexes, vers la fin de l'enfance, ou dans les premières années de la jeunesse, est la principale cause. A cet âge les sens égarent l'imagination,

et trop souvent l'égarent sans retour, si une douce espérance ne la fixe sur des objets plus légitimes. Ces habitudes, avilissantes ou dangereuses, sont presque toujours les erreurs d'une jeunesse trompée dans ses désirs, condamnée a la corruption par l'ennui, et éteignant dans de faux plaisirs une sensibilité que tourmente sa triste et solitaire servitude ».

Et il ajoute avec profondeur : « Qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est point à la seule sévérité de la morale... qu'il faut attribuer ces idées d'une séparation rigoureuse; l'orgueil et l'avarice y ont au moins autant de part ; et c'est à ces vices que l'hypocrisie des moralistes a voulu rendre un hommage intéressé. C'est d'un côté à la crainte des alliances inégales, et de l'autre à celle du refus de consacrer les liaisons fondées sur des rapports personnels, que l'on doit la généralité de ces opinions austères. 11 faut donc, loin de les favoriser, chercher à les combattre dans les pays où l'on veut que la législation ne fasse que suivre la nature, obéir à la raison et se conformer à la justice. Dans les institutions d'une nation libre, tout doit tendre à l'égalité, non seulement parce qu'elle est aussi un droit, mais parce que le maintien de Tordre et de la paix l'ordonne impérieusement. Une constitution qui établit l'égalité politique ne sera jamais ni durable, ni paisible, si on la mêle avec des institutions qui maintiennent des préjugés favorables à l'inégalité. »

Beau et noble rêve dont j'ai fait moi-même mon profit, en traitant de l'éducation des garçons. Cependant je me demande s'il est vrai qu'il n'y ait que des préjugés et des sentiments condamnables entremêlés dans la répugnance à peu près insurmontable qu'ins-

pire à un nombre immense de familles Tidée de

Técole mixte?

Dans la résistance des classes moyennes de la société il entre autre chose que cette horreur de l'égalité dont parle Condorcet. Il y a d'autres mobiles, d'autres plus fins et plus relevés. La mère veille avec un soin religieux sur les compagnies et les amitiés de sa fille, sur tout ce qui peut troubler son cœur, ou seulement influer ses sentiments naissants; même dans son entourage immédiat, même dans le cercle étroit des famifies amies, elle veille, elle choisit, elle n'admet pas toutes les filles également, à plus forte raison tous les jeunes garçons pour amis de sa fille. Et nous la louons de ces soins et de ces scrupules. Et Ton voudrait qu'elle ne tremblât pas à l'idée seule de l'envoyer cinq ou six heures par jour lier intimité, vivre en camaraderie avec un nombre indéfini de garçons qu'elle ne connaît pas, dont elle ne connaît pas les familles, dont elle ignore la première éducation, les manières, les goûts, les habitudes? vraiment c'est demander beaucoup. Il ne s'agit pas ici de sauvegarder la dot, d'empêcher les mésalliances d'argent ou de naissance, chose médiocre, je le reconnais, quoique déjà respectable au bout du compte. Mais si vraiment la coéducation peut amorcer des affections irrésistibles dans un âge où le caractère n'est pas fait, si eUe peut arrivera imposer aux parents des alliances d'une manière plus fortuite que de raison, sans qu'ils y puissent rien, peut-on leur en vouloir de se refuser énergiquement à courir un pareil risque? N'est-ce pas leur droit, plus que leur droit, leur devoir de retarder le moment où le cœur de leur enfant parlera, de réserver pour les années décisives tout ce qui peut la lier, elle

et eux, et influer irrévocablement sur sa décision et la leur? La liberté même des jeunes gens des deux sexes doit être préservée.

Pour ce qui est de la répugnance exagérée qu'on peut avoir à mêler la jeune fille aux compagnes de son âge dans Técolejela respecte, maisje la regrette, et je crois désirable que les familles s'en défassent de plus en plus. Mais la répugnance à mêler les filles et les garçons dans les écoles passé la douzième année au maximum, à les mêler dans Tàge où le sentiment s'éveille, je fais plus que la respecter, je la partage.

Ce n'est pas, on l'a vu, que je réclame une éducation toute séparée des deux sexes. Au contraire, je vois dans leur réunion la meilleure condition des manières délicates pour les garçons, des rapports ingénus et vraiment honnêtes, de la pureté parfaite pour les deux sexes. Mais ce n'est pas à l'école, c'est dans la famille même, sous l'œil des mères, que je conçois plutôt cette coéducation saine et innocente. Elle ne laisse pas d'ailleurs que d'avoir même là ses petites difficultés et ses problèmes que nous allons rencontrer en abordant la grande question de l'éducation morale des jeunes filles.

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