L'enseignement au point de vue national, p
constitution, ne fût-elle accompagnée d'aucun talent, mérite encore d'être conservée, parce que dans la suite des générations à venir, l'intelligence pourra indéfiniment se développer.... La femme capable de donner de beaux enfants fait plus pour l'humanité que celle qui a subi les examens du baccalauréat es sciences. »
Ainsi, après la moralité intime, la santé et la vigueur physique est ce qui importe le plus à la race. Et d'ailleurs « l'équilibre physique est la base même de l'équilibre mental » et moral.
Cet idéal de beauté et de force physique n'est-il pas bien païen? dira-t-on. Oui, peut-être, si nous risquions de passer le but; mais nous n'en sommes pas là, et il n'y a pas à craindre de sitôt que la réaction aille trop loin contre l'éducation molle et efféminée à l'excès des jeunes filles. Je consentirais donc, pour ma part, à être mis, avec Taine, par Veuillot, au nombre de « ces païens enragés » qu'il a si joliment malmenés. Mais pas n'est besoin d'être un « fervent adorateur de Vénus animale » pour préconiser le culte de la santé en première ligne (après celui de la moralité) à la base de l'éducation. C'est aussi bien le fait d'un « adorateur » de Vénus Uranie.
Il y a plus, c'est ce qu'ont fait les meilleurs et les plus illustres théoriciens de l'éducation chrétienne. Car si, en fait, dans les couvents, l'hygiène et l'éducation physique ont souvent péché, ce n'est pas leur faute, et ils ont été les premiers à s'en plaindre. Il y a lieu, sur ce point encore, d'admirer le bon sens tout profane de Dupanloup, qui ne craint pas de descendre dans les détails les plus minutieux. Chose piquante,
si je rapproche ce qu'il a écrit sur ce point de ce qu'écrit un médecin comme le Docteur Clavel, peu s'en faut que des deux, du médecin positiviste et de Févèque, celui-ci ne soit le plus libéral.
Le médecin, certes, prêche la santé avant tout, il veut même développer la beauté de la femme, comme une part légitime de sa puissance. « Il est utile, dit-il, que la jeune fille soit attrayante, et cela par la santé plus que par la délicatesse des formes. Les productions artistiques de l'antiquité réalisent l'idéal sous ce rapport. Elles nous offrent une série de modèles que l'hygiène actuelle doit chercher à faire revivre. » Mais tout en s'élevant contre la vie trop sédentaire pour les filles, il a je ne sais quelle crainte chimérique des exercices musculaires. D'où cette formule bizarre : « Une éducation qui rendrait les jeunes filles fortes, agiles et courageuses, leur préparerait un triste avenir. Physiquement d'abord, elle leur nuirait en leur donnant un aspect masculin ; moralement, elle deviendrait funeste, en développant des goûts de mouvement et d'activité incompatibles avec le rôle que la femme doit jouer dans le monde. Sa structure, son manque naturel d'agilité, les obligations de la maternité lui assignent une vie sédentaire; le ménage est son domaine, l'intérieur de sa maison résume son activité. » Je suis tout prêt, certes, pour donner tout de suite satisfaction au scrupule que vous pourriez avoir vous-mêmes à cet égard, à proclamer que, moi non })lus, je ne veux pas pour les femmes d'exercices musculaires trop pénibles; je reconnais qu'une gymnastique à outrance, une vie constamment en plein air, donneraient à la femme l'aspect viril, la taille épaisse, les bras musculeux et le teint brûlé. Nul
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homme de nos jours n'aimerait chez sa compagne les quahtés des filles de Sparte qui ne craignaient pas de descendre dans l'arène et d'y disputer le prix de la lutte et du pugilat. Ce qu'il veut dans son ménage, ce n'est pas un rival de puissance, capable comme les héroïnes de l'Arioste, de lutter avec lui l'épée ou la lance à la main, voire de lui faire payer par des horions un manque de fidélité ou de courtoisie. Il est naturel qu'il préfère une femme dont la délicatesse appelle la protection de l'amour, et qui sache obtenir avec une larme ce qui ne serait accordé ni à la violence ni à la colère. Tout cela est très vrai, un peu naïf, pourtant, si j'ose le dire, comme exprimant une crainte que rien ne justifie dans la réalité. Le docteur aura eu sans doute en vue quelques jeunes filles de la haute société, véritables Amazones, qui chassent à tir et à courre, chevauchant à toute allure, conduisant à quatre, nageant comme des tritons, etc.. et elles lui ont fait peur. Mais ce ne sont là que des cas insignifiants, presque néghgeables pratiquement. Il s'agit de savoir où est le mal dans l'éducation ordinaire et pour l'immense majorité des filles. Or, il n'est pas assurément dans une hygiène trop virile, dans un excès d'activité musculaire au grand air, il est dans la mollesse, dans l'anémie, dans l'étiolement physique, et dans le déséquihbre qui s'en suit. Voilà ce qu'il faut dire très haut, redire sans relâche, et corriger par tous les moyens. Et cela, Dupanloup l'a dit avec plus d'entrain peut-être et plus de décision que personne.
(' C'est un axiome de la biologie que, faible et chétif, le corps commande, tandis que, robuste et sain, il obéit. » Et encore : « Il est d'autant plus nécessaire de venir au secours de la faiblesse naturelle des filles
par des soins hygiéniques et des exercices physiques bien entendus et bien ordonnés... que le temps de réducation, le temps des études, coïncide précisément avec répoque de la formation des organes et du tempérament, avec Fâge critique et décisif. » L'erreur lamentable est de croire qu'on doit à leur sexe de les élever « en serre chaude » et pour ainsi dire « dans des boîtes de coton ». Autant que les garçons elles ont besoin de mouvement, d'exercice, d'expansion et de récréations vives.
Et Dupanloup déclare que les institutrices perdent trop de vue la vocation commune des femmes, qui est de devenir des mères et des nourrices robustes pour mettre au monde et élever une génération qui leur ressemble et qui perpétue la vigueur dans les races. « Dans les couvents en particulier on semble d'instinct destiner tout le monde à la vie contemplative. »
C'est aussi l'opinion du docteur J. Rochard que le soin de la santé et du développement physiologique a plus d'importance encore dans l'éducation des femmes que dans celle des garçons, parce que leur organisation plus frêle est plus facile à fausser. Or, il appartient à l'éducation de relever les constitutions débiles, de réparer les vices de l'hérédité, et d'arriver ainsi, en accumulant ses effets de génération en génération, à fortifier notablement la race. « Oui, même les pires maladies héréditaires, même la terrible phtisie ne sont héréditaires qu'à titre de prédispositions. On peut en défendre les enfants par la lutte méthodique, si, au lieu de se croiser les bras, on organise intelligemment la défense. » Au contraire, en maintenant le genre d'existence qui est encore en usage dans trop de familleset dans les maisons d'éducation, en tenant
les petites filles renfermées presque tout le jour, tranquilles, immobiles dans l'atmosphère tiède et confinée des classes et des études, penchées sur un cahier, sur un livre ou sur une broderie, « on crée une race de femmes névropathiques, maigres, anémiques, disposées à la tuberculose et parfaitement inaptes à remplir la double fonction pour laquelle la nature les a créées.... »
Mais que faire au juste? Avant tout, réduire au minimum la vie confinée et inerte, porter au maximum compatible avec les autres besoins la vie et Tactivité au grand air. Ce précepte s'applique tout particulièrement à la population des grandes villes, il s'applique à la famille comme aux écoles, et ne saurait être trop répété. Il faut y intéresser les femmes elles-mêmes. Car, gardiennes de la maison, ce n'est que par elles que l'hygiène domestique en général, l'hygiène des appartements, du vêtement, de l'alimentation, et l'hygiène surtout de l'enfance feront des progrès.
Ce qu'il y a de fondamental et de premier, c'est l'air, l'aération. L'air pur est le principe de la vie, de la chaleur vitale; c'est le premier aliment (« Veille plus à la qualité de l'air qu'à celle du pain »), le premier tonique, le souverain antiseptique.
L'air pur a une vertu préventive (par la destruction des micro -organismes), et même une vertu curative des déviations et des débilitations commençantes. L'air non renouvelé, déjà respiré, est un véritable toxique; car l'expiration, outre qu'elle est chargée de principes irrespirables (acide carbonique et vapeur d'eau) l'est aussi de produits proprement toxiques. Le sang qui est condamné à un tel air, au lieu de se régé-
nérer et de se purifier par la respiration, se charge de poisons. De là les malaises, nausées, syncopes que donne aux personnes nerveuses le séjour prolongé dans les lieux mal ventilés. Si l'absorption de ces miasmes humains est prolongée, habituelle, comment serait-elle inoffensive? C'est la cause par excellence de Tétiolement, de l'inappétence, des insomnies et de toutes les cachexies. Rien de pire surtout pour l'enfant, pour la jeune fille envoie déformation, laquelle réagit à peine, réagit d'autant moins qu'elle est « mieux élevée », c'est-à-dire plus calme, plus tranquille et plus passive. L'immobilité, qu'une pédagogie à courte vue leur présente comme le signe suprême du « comme il faut » porte au maximum pour elle le danger du mauvais air. Réagir contre ces tendances funestes est aussi nécessaire dans la grande majorité des familles que dans les écoles. Combien y a-t-il de familles où l'on ait à cœur de faire sortir les enfants autant que le temps le permet, en dépit des occupations; où l'on donne toute l'attention nécessaire à l'aération des chambres; où la ventilation soit proportionnée au chauffage, où l'on réduise vraiment au nécessaire, coûte que coûte pour l'élégance, les bourrelets, les tapis, les rideaux, les tentures, tous ces nids à poussières et à microbes.
A l'école, aujourd'hui, l'attention est généralement appelée sur ces choses, et on peut croire qu'en moyenne les conditions hygiéniques y valent largement celles des familles. Il y a pourtant un danger spécial, et non petit, c'est celui qui provient de l'accumulation des enfants. Le mal ici est certain, et le remède notoire. Vous savez tous le bienfait surprenant des Colonies de vacances, organisées par des gens de bien.
Jl s'agit d'offrir un mois de vacances en bon air, à la montagne, ou à la mer, à de pauvres enfants des écoles particulièrement déshérités sous ce rapport. On pèse les enfants et on mesure leur tour de poitrine au départ, puis au retour. La différence est incroyable, et le bénéfice se chiffre exactement. Il paye avec usure le sacrifice qu'il a coûté. Et il durera d'autantplus que les conditions ordinaires de l'année s'éloignent moins des conditions idéales. Ce n'est pas un mois par an, ni surtout un mois en vingt ans, c'est tous les jours qu'il faut de l'oxygène aux poitrines pour les redresser et les dilater. Tout ce qu'on fait pour en accroître la dose est excellent. Le docteur J. Rochard raconte qu'il connaît une école normale où les jeunes filles, l'été, ont permission d'étudier leurs leçons dehors, dans la cour ou le jardin, voire d'y faire certains devoirs. Pourquoi pas? Beaucoup d'enseignements peuvent se donner en promenades, celui de la botanique, par exemple, en herborisant. Dans certaines pensions les élèves ont chacune leur petit jardin qu'elles cultivent. A Louis-le-Grand, il y a trente ans, nous avions, pendant les exercices de l'École normale, la permission de travailler « au terrain ». C'était un pauvre coin de terre....! Et pourtant c'était déjà pour les nerfs un repos délicieux. L'idée des « Jardins d'enfants » de Frœbel a été géniale pour les petits. Je voudrais que toute l'éducation des filles pût se faire parmi les jardins. Les institutions ont quelquefois de beaux locaux qui leur donnent une réelle supériorité sur bien des familles. Mais par une aberration incroyable, il n'est pas rare que ces beaux jardins, ces pelouses vertes soient interdits aux élèves, et ne servent qu'à faire illusion aux parents! Il ne suffît pas
d'habiter en bon air, il faut y circuler, absorber l'oxygène à pleins poumons; beaucoup de jeunes filles y répugnent presque, faute d'habitude. Elles sont casanières naturellement, aiment à rester assises avec leurs menus ouvrages, avec leurs livres. C'est là une véritable infirmité. On la contracte dès l'enfance, qui dans la famille, qui dans les pensions; presque nulle part, la jeune fille française, même dans l'aisance, ne passe guère moins de vingt ou vingt-deux heures par jour, enfermée dans des salles closes, souvent surchauffées, sans faire jouer ses poumons ni ses muscles. Avec des nerfs mis à ce régime n'espérez pas de bonne humeur, ni de sérénité, ni de parfaite et active bonté.
Après l'air, l'ahmentation et le sommeil. Pour l'alimentation, il y a progrès : tout le monde sait aujourd'hui que les jeunes filles ont besoin de manger bien, de manger de la nourriture animale et non végétale seulement, pour bien faire leur croissance, et cela d'autant plus qu'elles travaillent plus. Ce qui est vrai, c'est qu'il leur faut moins de repas rares et copieux que fréquents et relativement légers, rafraîchissants autant que réparateurs. Tout le inonde s'accorde à condamner l'abus des sucreries, des pâtisseries, et la mode des lunch, des five-o'clock. Cependant il serait excessif de proscrire jusqu'au goûter léger si nécessaire aux enfants, et longtemps encore aux filles, quand leurs repas sont eux-mêmes légers. La vérité à cet égard, c'est qu'il faut suivre et observer et sauvegarder toujours l'appétit, le bon état de l'estomac, condition essentielle de cette bonne humeur qui est le commencement de la moralité chez les enfants.
Si dans la famille, dans certaines familles du moins,
le repas n'est pas assez simple et se prolonge trop (et encore est-ce un si grand mal? on ne mange pas tout le temps), clans les pensions il est presque toujours trop court. Vingt minutes, c'est assez peut-être pour ce que l'on a à manger : mais ce n'est pas une bonne habitude à prendre que celle d'engloutir à la hâte et en silence. Car le silence est encore trop souvent de rigueur dans les internats. Gela est contre nature, et contre l'hygiène. Des filles sont capables, j'imagine, de causer aimablement et à voix modérée en mangeant avec convenance (ce qu'on ne leur apprend pas d'ailleurs assez). Je ne dis rien des cas où l'on fait une lecture. Lecture profane, le mal est petit, elle n'est pas écoutée, voilà tout; mais lecture pieuse! quel contre-sens ! comment peut-on prendre plus mal son temps?
Pour le sommeil, plusieurs écrivains se plaignent que les filles dorment trop. Ce n'est guère l'avis des hygiénistes modernes. Sans doute il faut le sommeil bon et plein plutôt que trop long. Mais il en faut beaucoup aux jeunes, surtout aux filles, et comme rien n'apaise plus sûrement le système nerveux, ne rafraîchit plus le sang, rien non plus ne leur est meilleur moralement même. Le docteur Rochard réclame au moins dix heures de sommeil pour les petites filles jusqu'à onze ans, neuf heures de onze à quinze, et huit heures après quinze ans. C'est assez sans doute si le sommeil est parfait. Mais j'aimerais bien qu'on attendît en paix le réveil naturel. Le réveil artificiel a toujours quelque chose de douloureux et de mauvais. J'admets pourtant qu'il est nécessaire dans l'âge des études et des examens. Mais alors même il y a une borne à respecter; il faut interdire rigoureuse-
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ment le réveil exceptionnellement matinal (dont souffre le travail de la journée). Il faut surtout interdire la veillée prolongée, qu'elle soit laborieuse ou récréative. Ce qui est d'excellente éducation, ce n'est pas de réveiller les filles de grand matin, mais de les faire lever lestement dès le réveil, procéder à des ablutions froides, rapides et stimulantes, recommandées aujourd'hui par tous les hygiénistes, dont le bienfait est immense en effet (pourvu qu'elles ne soient pas faites à contre-temps), et de se mettre vite à quelque ouvrage. Voilà ce qui « rend une personne gaie, vigoureuse et robuste », comme dit Fénelon.
Ce chapitre des ablutions amène celui de la propreté. Les hygiénistes et les éducateurs y insistent avec raison. Cobbet a dit avec une brutalité saisissante la convenance toute particulière de la propreté pour les femmes : « Une femme qui est sale est la plus sale des choses de ce monde ». Elle ne doit pas seulement, dit Dupanloup, être très soigneuse et exacte, elle doit être minutieuse et exquise. Je me borne à le rappeler; les mères, et encore plus les institutrices primaires savent quelle vigilance est nécessaire à cet égard, et qu'elle ne doit jamais faiblir.
Pourquoi ne dirions-nous pas franchement que nous avons fait des progrès à cet égard, mais qu'il nous en reste beaucoup à faire, qu'il y a eu un trop long temps où lidéal ascétique prédominant faisait regarder, chez les femmes surtout, la propreté exquise comme une vaine recherche, presque comme une dangereuse sensualité.
Les idées nouvelles sur la bactériologie font toucher à vif l'importance sociale de la propreté. Dans
beaucoup de pensions (dans les couvents surtout, selon le D^ Rochard), le matériel de toilette est encore trop rudimentaire, la propreté intime n'est pas assez surveillée. 11 importe cependant de donner aux jeunes filles le culte de la propreté physique, cette cousine germaine de la netteté morale. Il faut vaincre les petites répugnances nerveuses ou apathiques, leur faire aimer l'eau froide comme l'air froid, sauf les contre-indications. C'est pour elles la fontaine de Jouvence au physique et au moral, le remède souverain au mal fondamental, l'irritabilité nerveuse.
Je dirai peu de chose du vêtement, qui chez les filles est plutôt affaire d'éducation esthétique que d'éducation physique proprement dite. Cependant la question du vêtement féminin touche à l'hygiène au moins par un côté que je dois signaler en passant.
Je ne parle pas de la propreté du vêtement , qui n'est qu'une extension de la propreté personnelle, et qui doit être tout aussi « exacte », tout aussi parfaite, que celle de la peau même, de la bouche ou de la chevelure. « Que les vêtements soient toujours bien tenus, dit Dupanloup; pas de taches, pas de déchirures, pas d'agrafes perdues, etc.. Surveillez particulièrement les gants et surtout la chaussure... Encore une fois, il faut en venir à ce que tout ce qui blesse la propreté leur soit insupportable. »
La chaussure, en effet, a une importance spéciale à notre sujet. Négligée, elle peut causer de véritables déformations et d'abord une inaptitude au mouvement, cause de toute sorle de désordres hygiéniques. Nous touchons ici au conflit des intérêts hygiéniques de la femme et de ce que la mode lui fait regarder
comme une obligation mondaine. Le cas est fréquent 011 la femme oublie le vrai usage du vêtement, qui est de protéger et défendre les organes, et lui impose la fonction, toute différente, de parer le corps conformément à un idéal où Thygiène , ni quelquefois le goût n'entrent pour rien. Ainsi un pied fin est certainement une élégance, jusqu'à un certain point, et un signe de race; et la chaussure a pour devoir, en protégeant le pied, de lui maintenir avec soin ce qu'il a de grâce et de finesse naturelle. Mais un pied qui veut paraître plus petit qu'il ne l'est, qui pour cela se met au martyre et se rend inapte à sa fonction locomotrice, voilà certainement une grande misère et un grand ridicule.
Il me semble que le bon sens public a fait quelque progrès à cet égard et gagné quelque chose sur les modes depuis ma jeunesse et le temps des petits pieds chinois, campés sur de minces talons surélevés. Sans doute parce que la marche et l'exercice sont devenus un peu plus en honneur parmi les femmes, il est moins rare de voir des pieds féminins, qui ne rougissent pas d'être d'une grandeur raisonnable, de porter d'aplomb sur le sol et de servir à porter le corps, au besoin, d'un lieu à un autre.
Il faut en dire autant du corset, la pièce du costume féminin la plus suspecte aux hygiénistes. Ceuxci cependant sont venus un peu à composition et admettent futilité d'un corset « souple et élastique » pour soutenir la taille, même d'un buse très ferme pour l'empêcher de trop se courber en avant : ils ne font plus la guerre qu'à la manie, là où elle subsiste, de serrer trop fort cet appareil tutélaire jusqu'à en faire un instrument de supplice et de meurtre.
(( Ce qui est déplorable, dit le D"" Rochard, c'est la tendance inexplicable qu'ont les femmes à faire du corset un instrument de constriction, afin d'avoir la taille mince et de ressembler à des guêpes, au lieu de se rapprocher de la forme splendide dont l'art grec nous a laissé de si magnifiques spécimens. » C'est en effet une chose curieuse que ce préjugé de la taille fine. Dans la mesure où elle est naturelle, oui, certes, cette finesse de la taille plaît par la sveltesse, la légèreté, je ne sais quoi d'aérien et de spiritualiste... Mais que devient tout cela quand cette finesse, exagérée jusqu'au ridicule, factice, obtenue mécaniquement, n'évoque plus que des idées de contrainte et de gêne, et compromet le charme fondamental qui résulte de la bonne santé?
En général, le vêtement a pour rôle de préserver les organes du froid et du chaud, des heurts et des déviations, — en leur laissant, en leur assurant leur maximum de liberté et d'énergie. Ce n'est pas une petite affaire, sous notre climat changeant, que de régler le vêtement sur la température, de l'approprier tantôt au jeu, tantôt au travail, tantôt aux devoirs mondains. Mais à quoi serviraient l'habileté des couturières et la vigilance des mères, sinon à cela? L'hygiène et la pédagogie n'ont qu'à les éclairer, en leur rappelant les règles essentielles, par exemple, qu'un vêtement trop chaud donne plus de refroidissements qu'un trop léger, ou encore que le froid soumet la peau à une gymnastique utile, pourvu qu'il ne soit ni trop vif ni trop prolongé, et que la réaction se fasse bien.
Après la question du vêtement, vient celle des atti-
tudes, qui est connexe, mais qui va plus au fond des choses. Évidemment Téducalion physique est en défaut surtout lorsque la charpente même est compromise dans l'harmonie de ses proportions. Les déviations possibles sont donc à surveiller avant tout, et à empêcher par tous les moyens durant la croissance. Comme elles proviennent des attitudes vicieuses ou du moins commencent et s'aggravent par là, même quand elles ont des causes plus profondes, veiller aux attitudes et les corriger est un point essentiel de l'éducation physique, surtout de l'éducation des filles. Mme de Maintenon ne cesse d'appeler l'attention des maîtresses de Saint-Gyr sur la taille des demoiselles, qui est leur dot... « Car si elles deviennent bossues, elles ne trouveront personne qui en veuille... » Dupanloup, qui la cite, ne recommande pas moins de vigilance. « Il n'est pas petit, dit-il, le nombre des jeunes personnes qui gagnent des déviations de la colonne vertébrale pendant les années d'études.... C'est que la surveillance à cet égard est souvent imparfaite. Les mêmes bancs servent à des élèves de grandeur diilérente. Il faudrait que les pupitres fussent proportionnés à la taille des enfants, et d'un bon modèle; il faudrait dans chaque division ranger les élèves par taille, et les faire changer de banc à mesure qu'elles grandissent. »
C'est ce qui se fait très généralement aujourd'hui dans les établissements d'instruction primaire; car, ayons le courage de le dire, on pense beaucoup rrioins à ces choses, on en sent moins l'importance dans les établissements secondaires, où les notions précises de pédagogie ont moins eu le femps de pénétrer. Mais
c'est dans les familles, de beaucoup, qu'il se fait le plus de fautes à cet égard. Aussi les maladies appelées « scolaires », la déviation de la colonne vertébrale par suite de la mauvaise attitude en écrivant, la myopie, et tout ce qui s'ensuit, ne sont-elles bien nommées scolaires, que si l'on veut dire qu'elles résultent de l'étude, du commerce prolongé avec les livres et les cahiers. Je mets en fait qu'on les constate au moins autant dans les familles, et même les plus éclairées et les plus riches, qu'à l'école. Dans la famille, il y a bien rarement un matériel scolaire adapté à la taille et variant avec elle. Les enfants, les petites filles surtout, puisque leur éducation est bien plus souvent faite à la maison, sont perchées sur la première chaise venue, auprès de la première table disponible, mal appuyées ou pas du tout, les pieds ballants, ou posés sur le barreau de la chaise, ce qui jette la poitrine sur la table. Et les coudes s'étalent, et les épaules montent, et la respiration comme la distance visuelle deviennent ce qu'elles peuvent. J'admets encore que la maîtresse y veille pendant qu'elle est là; mais elle partie, la petite fille est livrée à elle-même, et cela d'autant plus qu'elle est plus sage et plus studieuse. Elle écrit, elle lit dans l'attiludeetàla lumière qu'il lui plaît. Les parents, certes, ceux du moins que j'ai en vue, sont plus vigilants qu'aucune pension ne saurait l'être pour ce qu'ils regardent comme l'essentiel. A la pension une « toux sèche », par exemple, peut passer longtemps inaperçue; les changements de teint, les changements d'humeur qui annoncent parfois des altérations profondes de la santé risquent d'échapper à l'attention de la meilleure maîtresse plutôt qu'à celle d'une mère.
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Mais pour les altitudes rindulgence des parents est souvent déplorable, parce que leur ignorance des conséquences graves ou leur scepticisme est absolu. Aussi devons-nous y insister.
La cause unique de la myopie — à de rares exceptions près qui sont attribuables à l'hérédité, — c'est la vie de l'école, c'est l'étude prolongée, dans de mauvaises conditions d'éclairage, avec une mauvaise tenue, un insuffisant éloignement des livres et des cahiers. Cela paraît prouvé absolument. Il y a une loi qui rend la myopie, pour les deux sexes, proportionnelle à la durée et à l'intensité du travail scolaire. Elle consiste essentiellement dans une mauvaise habitude de l'œil. « Elle est due, dit le D'' Rochard, aux efforts répétés d'accommodation que font les enfants lorsqu'on les oblige à regarder pendant longtemps de petits caractères, des lignes déhées, qu'ils ne peuvent distinguer qu'à la condition de s'en approcher de très près, et surtout quand ces objets sont insuffisamment éclairés. Je lis dans la Bévue scientifique du 7 mai 1887 : u Mme Widmark (Stockholm) a fait des recherches sur la myopie dans trois établissements scolaires pour jeunes filles : l'école normale d'institutrices, une institution privée formant des élèves pour l'Université, et un lycée de filles. En tout, 742 sujets examinés. Or, voici les résultats : chez les filles de six à sept ans, aucune élève myope ; et de huit à neuf ans un seul cas. Mais à seize ans, terme moyen des études féminines en Suède, 33 p. 100 des jeunes filles sont devenues myopes. Quant aux élèvesinstitutrices, dont l'âge moyen est de vingt-et-un ans, elles sont myopes dans la proportion de 51 p. 100, proportion plus élevée que celle des jeunes hommes
qui font les mêmes éludes. A travail scolaire égal, le danger de l'excès de fatigue de l'œil est donc plus grand pour les filles que pour les garçons, soit en raison de leur moindre résistance, soit surtout parce que leurs heures de loisir sont employées à des ouvrages à la main, à des exercices de musique, etc., au lieu de l'être à des exercices en plein air.
La myopie, il est vrai, est à peine regardée comme un inconvénient grave; elle prête à un jeu de lorgnon qui amuse, et on se moque soi-même des petites gaucheries qu'elle fait faire, comme quelqu'un qui n'en est pas autrement fâché! Et il est vrai qu'il y a d'autres tics plus sérieux, quelques-uns d'une suprême gravité.
Les déformations de la colonne vertébrale ne peuvent pas être attribuées à la vie scolaire aussi absolument que la myopie, mais peu s'en faut. Les plus graves sont dues au rachitisme et au mal de Pott; mais il y a d'innombrables degrés, et les incurvations légères, qui constituent sans doute une difformité plutôt qu'un péril, sont certainement dues aux mauvaises attitudes scolaires dans une énorme proportion. « Les petites filles, dit le D"" Rochard, forcées de se tenir assises, dans la même position, lorsque leur colonne vertébrale n'a pas encore la rigidité nécessaire pour supporter le poids de la tête et que leurs muscles n'ont pas la vigueur qu'il leur faudrait pour la tenir droite, s'affaissent sur elles-mêmes, se voûtent, s'inclinent à droite ou à gauche et finissent par adopter une altitude qui devient permanente au bout de quelque temps. Il est facile d'en triompher au début, mais quand la mauvaise habitude persiste, l'incurvation qui en résulte se maintient également.
Les ligaments de la colonne vertébrale se relâchent, les surfaces articulaires se déforment et la déviation du rachis devient définitive. Parmi ces difformités, il en est une absolument typique. C'est la scoliose. Elle est le résultat de l'attitude que les enfants prennent pour écrire, surtout quand on leur fait suivre la méthode anglaise dont les caractères sont très inclinés. Elle consiste dans une courbure unique dont la convexité est tournée à gauche et s'accompagne de Télévation de l'épaule correspondante. Cette déformation se produit entre six et quatorze ans. Elle est plus commune chez les filles que chez les garçons. Cependant, depuis que l'axiome de G. Sand : Écriture droite sur papier droit ^ corps droite nous est revenu de l'étranger avec Tautorité d'une règle officielle, on a commencé à prendre des précautions contre ce danger. Mais il reste beaucoup à faire. La moyenne en France et à l'étranger des élèves atteints de scoliose est de 30 p. 100 environ. Quel déchet! Et quelle dose d'histoire ou de géographie, quelle habileté calligraphique compensera cette infériorité! Le Dr Javal a fait l'étude comparative, statistique et photographique de deux classes, l'une où les enfants ont appris à écrire droit, l'autre où ils usent de l'écriture penchée. Dans cette dernière, l'attitude de tous était déplorable, dans l'autre elle était généralement correcte.
On a pris certaines précautions pour combattre le mal. Dans quelques écoles on fait prendre aux petites filles, surtout quand on les interroge, une attitude spéciale. Elles passent un bras derrière leur taille, le gauche, par exemple, et de la main gauche se tiennent le bras droit, ainsi retiré en arrière, ce qui fait
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nécessairement saillir la poitrine et s'effacer les épaules. En Angleterre, dans quelques pensions, c'est une planchette fixée sur un bâton qui est en usage. On passe le bâton sous les deux bras, la planchette appuyée au dos, depuis le bas de la taille jusqu'à la nuque; et les fillettes, à tour de rôle, surtout celles dont l'attitude laisse à désirer, passent un quart d'heure à la planche, marchent avec la planche, apprennent une leçon, suivent un exercice avec la planche au dos. Un autre moyen encore consiste à faire étendre les fillettes à plat sur le dos, tout de leur long, et à rester dans cette attitude un bon moment pour reposer les vertèbres et effacer les courbures vicieuses. Elles apprennent ainsi leurs leçons. Tout cela est bon surtout en ce que cela marque l'intérêt et la vigilance. Et en fait on obtient des résultats; les Anglaises se tiennent généralement droites; les petites filles de Paris n'ont pas mauvaise tournure; si elles se déforment, c'est bien moins à l'école que plus tard à l'atelier. Mais, les moyens mécaniques sont insuffisants. L'agent orthopédique par excellence, c'est le mouvement libre, la production spontanée des contractions musculaires propres à corriger et compenser celles qui sont vicieuses . Nous allons y revenir.
Mais avant d'insister sur ces corrections actives, achevons la description du mal, car il est bien plus sérieux* qu'on ne le croit. Règle générale, plus le niveau d'une école est élevé, comme progrès d'enseignement, plus les études y sont poussées, et plus l'éducation physique y est négligée. Elle l'est à un ^ point vraiment alarmant dans certaines de nos écoles |
les plus hautes. On n'y pense pas, ou tacitement on méprise la vie physique. Et commue elle se venge! Quelle détérioration, quel effacement pitoyable des formes qui font la grâce et la beauté du corps humain! On n'ose pas même, avec cela, blâmer les maîtresses, qui elles-mêmes ne savent pas, qui ne peuvent donner que ce qu'elles ont reçu, et, à moins d'un bon sens particulièrement sain et vigoureux, ne voient l'idéal de leur tâche que dans l'enseignement à outrance. Celles qui ont le bon sens dont je parle, isolées, impuissantes, se heurtent à des résistances sourdes ou avouées, à une force d'inertie qui paralyse leurs efforts. Or, ce qui caractérise la langueur physique, c'est qu'elle s'accroît avec le temps et se complaît en elle-même; aveugle sur les conséquences, indifférente et incrédule à leur égard, hostile à tout remède salutaire. Ainsi je sais telle pension de province, où la directrice vigilante, bien avertie par le médecin, multiplie les promenades; mais les élèves se font tirer l'oreille pour y aller. On met tout le monde de force dans la cour pour les récréations. Mais les grandes demandent en grâce à en être dispensées, et restent à croupir dans les salles; celles qui n'obtiennent pas cette dispense sont moroses et endormies, grelottent sur place, ne jouent pas, se promènent à peine. Les conséquences ne peuvent point être bonnes, même quand le travail est très modéré; elles sont désastreuses quand la vie cérébrale est intense.
Faut-il les énumérer? La chlorose, les névroses, les trouljles digestifs et la mauvaise nutrition, la paresse de toutes les fonctions, les stases sanguines et les congestions, l'anémie, l'irrégularité et rinsuffisance
des évacuations, enfin et à la limite, la phtisie, ou le détraquement nerveux.
Il va de soi que toutes ces maladies ont d'autres causes très diverses, souvent héréditaires et profondes, et ne sont pas exclusivement scolaires. Mais c'est beaucoup trop que l'éducation physique insuffisante y prédispose, quand il lui appartient au contraire de les corriger. Or, cela n'est pas contestable. Prenez la pire de toutes, le cas extrême, la tuberculose pulmonaire. La médecine actuelle a sur ce sujet des notions très précises, non pas rassurantes absolument, mais de nature à nous permettre de regarder le monstre en face, une fois bien avertis. Elle établit, en effet, que même héréditaire, elle ne l'est presque jamais qu'à l'état de prédisposition, et qu'elle peut être écartée à force de soins intelligents et par une parfaite éducation physique. La cause prochaine, en effet c'est toujours et exclusivement le bacille ou le tubercule se développant sur un terrain propice, c'està-dire chez un tempérament débilité, anémié, congestif, bref insuffisamment résistant. Cela est si vrai qu'en défendant et réparant le terrain par le repos, le soleil, le loisir, l'exercice modéré au grand air, la suralimentation, on guérit, on élimine le mal, ou on l'annule pratiquement , ce qui revient au même , puisque au bout du compte nous sommes tous condamnés tôt ou tard. A plus forte raison faut-il croire à la possibilité de fortifier le terrain d'avance par une parfaite éducation physique, concertée en vue d'augmenter toutes les énergies vitales, tous les éléments de résistance : air pur et sain (la lumière et le soleil ne s'en séparent pas), alimentation généreuse et bien assimilée, sommeil réparateur, bains et lotions
assurant le fonctionnement irréprochable de la peau, vêtements commodes permettant une transpiration égale, sans préjudice de l'utile coup de fouet que donne le froid et qu'il faut aimer pour se bien porter, qu'on aime infailliblement si Ton se porte tout à fait bien, attitudes correctes ne gênant aucune fonction, ne comprimant aucun organe, loisir suffisant permettant la délente du système nerveux, sans laquelle il n'est point de bonne nutrition, ni de sain équilibre, nous venons de décrire successivement toutes ces conditions de la santé.
Laissons la phtisie qui n'est qu'un des aboutissants extrêmes. Mais l'anémie, la chloro-anémie, l'inappétence, l'insuffisante production des globules rouges et le détraquage nerveux qui s'ensuit infailliblement, sont des maux assurément de nature à réclamer toute l'attention de l'éducateur. Or, ces maux ont un rapport particulièrement étroit avec la vie scolaire et les études. Ne craignons pas de voir les choses comme elles sont. La vie scolaire, le travail sédentaire, l'étude taxent l'organisme d'une façon particulièrement lourde si l'on n'y prend pas garde. Nous serrons ici de près la question capitale (pour les filles surtout) du surmenage scolaire. Je ne suis pas dupe du tout des mille sottises qu'on a dites là-dessus. Il n'y a pas de conflit nécessairement entre la culture intellectuelle bien conduite et l'hygiène. Mais il faut veiller pour que le danger soit écarté, et tant s'en faut qu'on y veille suffisamment à mon gré! Les personnes les plus éprises de la haute culture pour les filles devraient être les plus vigilantes en fait de soins physiques; or, c'est le contraire qui a lieu trop souvent. On se dispute l'enfant comme une
proie, au lieu de s'entendre pour le servir à tout le mieux.
Je n'oublie pas d'ailleurs que la mauvaise hygiène fait autant ou plus de mal que le travail scolaire. J'avoue que l'air d'une soirée est aussi énervant et malsain que celui d'une classe, que la sortie d'un bal est plus hasardeuse que celle d'un cours, que l'excès de mondanité est plus funeste que l'excès de scolarité. J'accepte les statistiques de M°^' Lucy Hall, médecin de Vassar-college aux États-Unis, par lesquelles elle a répondu aux déclarations pessimistes de notre Académie de Médecine et de ses confrères Américains. M"^^ Lucy Hall a étudié 175 familles, et elle a trouvé que dans les familles qui comptent le plus d'enfants, la mère avait presque toujours reçu une éducation très élevée et même exceptionnelle. Elle a constaté d'autre part que dans les collèges, la santé des jeunes filles est particulièrement bonne, et rhôme va grandissant avec le cours des études. Je le crois très bien pour les très bons collèges.
Mais tout cela ne m'empêche nullement de croire au danger là où les soins ne sont pas suffisants et où les maîtresses ne sont pas averties. Aussi s'agit-il avant tout de ne pas fermer les yeux et les oreilles au mal. Le mal, il peut ainsi se définir d'une manière précise : si vous prenez une trop grande part de l'activité nerveuse pour le travail cérébral, il n'en reste plus assez pour l'entretien des fonctions organiques. Et prenons garde que les élèves entrent au collège en plein ûgc de puberté, au moment où la fonction sexuelle s'établit et réclame une large part des ressources organiques. Que faire? Faut-il étudier moins? Non peut-être, mais moins à la fois, moins dans le
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même temps, moins hâtivement, moins dans la fièvre de rémulation, des examens ou des concours. Oui, voilà le nœud! Dans ces années, surtout, où s'opère la transformation de la jeune fille en femme, il faut renoncer à lui infliger toutes les fatigues à la fois.
En Prusse tout récemment l'autorité publique s'est émue, et le travail des filles a été considérablement allégé dans les écoles publiques. Les élèves n'ont plus de devoirs à faire à la maison que pour un temps évalué au maximum à une heure par jour pour les classes inférieures, à une heure et demie pour les classes moyennes, à deux heures pour les classes supérieures. Plus de pensums; plus de travail entre la classe du matin et celle de l'après-midi. Le moins possible de leçons par cœur, et surtout peu d'histoire (ni biblique, ni profane, ni littéraire) ; point de cartes à dessiner à domicile; enfin plus d'examens publics. Ceci en Prusse, je vous prie, dans un pays dont l'esprit ne passe pas pour tendre particulièrement !
Enfin, le remède principal à tous ces dangers et ces maux que nous avons signalés doit être demandé à une activité phjsique bien réglée. Ce sont ces modes d'exercice que nous avons maintenant à examiner.