‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 10 sur 126 · PRES RÉ LD · texte numérisé non relu

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2 LA QUESTION NÉGRE d'

En 1662, la «Company of Royal Adventurers trading to Africa » obtint une charte de Charles II. Cette Compagnie s'engagea à fournir aux Antilles 3,000 esclaves par an. L'entreprise n'eut pas le succès qu’on espérait, et, en 1672,

la Compagnie fit l’abandon de sa charte à une autre

société, la « Royal African Company », moyennant 34,000 livres sterling. Sous ce nouveau régime, la traite

commença à se développer, et un grand nombre d'esclaves

originaires de la vallée du Niger, de la Gambie, du Congo, de la Guinée et dela Côte d'Or, el par cela même différents d'intelligence et de mœurs, furent dirigés vers les États- Unis(1).

En 1713, fut signé «l’Assiento ». En vertu de cette convention, l'Angleterre obtenait le monopole de la traite des esclaves avec les colonies espagnoles pour une période de trente ans, et s’engageait en même temps à payer à l'Espagne 200,000 couronnes et un droit de 33 couronnes et demie par esclave (2).

Durant les vingt années qui suivirent, environ 300,000 es-

claves furent répartis dans les colonies anglaises; Île reste fut dirigé, comme il avait été convenu, sur les établissements coloniaux espagnols (3).

Nombre des esclaves. — On commença à reconnaître que l'esclavage était nécessaire au développement du nouveau pays; aussi la traite prit-elle des proportions

étonnantes(4). Bancroft prétend que le nombre des esclaves Fi

se montait, en 4727, à 718,000 et en 1754, à 293,000 (5). En

(1) H. M. Stanley, Slavery and the Slave Trade in Africa, p. 1. — Bancroft, History of the United States, vol. 11, p. 271. * (2) John Almon, Trealties of Peace Alliance and Commerce between Great Brilain and other Powers (London, 1772), 1, pp. 83-107; 1b1id., I, pp. 168-180.

(3) W. E. B. Du Bois, Suppression of the Slave Trade, p. 3.

(4) Sainsbury, Calendar State Papers, Colonial Series, America and West Indies, 1661-68.

(5) Bancroft, History of the United States, vol. 11, p. 274.

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1790, aux États-Unis, dans le sein de cette nouvelle nation basée sur la doctrine que «tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains 1 droits inaliénables, parmi lesquels le droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur», le recensement accu- À sait un total de 697,897 esclaves nègres; et, dix ans plus tard, ce chiffre s'était élevé à 900 000 (1). Au moment de l'émancipation, en 1863, on comptait environ 4,450,000 nègres dont 89 0/0 étaient esclaves. |

Premiers essais d'émancipation. — Pendant que l'esclavage croissait si rapidement aux États-Unis, l'opinion publique, à l’ étranger, devenait hostile au trafic humain. Le Danemark le premier, en 1799, abolit l'esclavage dans ses possessions ; et son exemple fut bientôt imité par les principales nations européennes{(2). Il s’ensuivit entre les puissances une série de traités conclus dans le but de s'aider mutuellement à abolir la traite des esclaves (3).

Les États-Unis et la Traite.— Les Étals Unis ne se joignirent aux signataires de ces trailés qu'à contre cœur. Le gouvernement donna son assentiment à ces conventions, mais il ferma les yeux sur les violations des lois internationales, commises ouvertement par les négriers américains. Malgré les nombreux traités signés par les représentants diplomatiques des États-Unis, la | traite des esclaves continua à prospérer sous la protection ï du drapeau américain, si bien qu’en 1858, vingt et un |

UIIW. ER" Du Bois, Suppression of the Slave Trade, p. 5. — G. W. Williams, History of the Negro Race in America, vol. I, P. 436. |

(2) J. K. Ingram, History of Slavery, p. 170.

(G)AWTE: BR. #6 Bois, Suppression of the Slave Trade, p. 131.

Décret de Napoléon, le 28 mars 1815. « .… à dater de la publication du présent Décret, la Traite des Noirs est abolie. » — Séatule 2 George III, ch. 54. Cf. Séatute 39 George III, ch. 66. — British and

foreign State Papers, 1815-16, pp. 886, 937 (citation).

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1 navires négriers furent capturés par des croiseurs an-

glais (1); et peu de temps avant le commencement de la guerre de Sécession, un chargement de 500 esclaves afri- 14 cains fut apporté dans l'État de Géorgie (2). Ce n'était pas | seulement le Sud qui trouvait des avantages à ce fraticile Nord aussi en retirait des profits. Une revue de l'époque dit : « Le nombre de personnes intéressées à la traite des esclaves et le montant du capital qui y est engagé dépassent nos moyens d'investigation. La ville de New-York a été dans ces derniers temps (4862) le principal port du monde pour ce commerce infàme, quoique les villes de Portland et de Boston ne le cèdent qu’à elle pour cette distinction. Les négriers contribuaient pour une large part à la prospérité de notre métropole commerciale; ils souscrivaient avec libéralité aux caisses des sociétés politiques et leur avoir en banque était souvent fortement endommagé pour assurer le succès de leurs candidats aux élections du New Jersey, de la Pensylvanie et du Connecticut. » Une autre autorité dit que «dans l’espace de dix-huit mois, en 1859 et 1860, quatre-vingt-cinq négriers ont ÊLE armés à New-York, et ces navires seuls transportaient par an de 30,000 à 60,000 esclaves » (3).

Le Nord et le Sud en face de l'esclavage. — Jusqu'à la guerre de l'Indépendance, l'esclavage existait sous une forme quelconque dans presque toutes les colonies anglaises de l'Amérique du Nord. Peu à peu cette

(1) 26e rapport de la « American Anti-Slavery Society », pp. 53-54. « Depuis le mois d'avril 1857 jusqu'au mois de mai 1858, sur les 22 marchands d'esclaves arrêtés par des voiliers anglais, 21 étaient américains, originaires de Boston, New-York et la Nouvelle-Orléans.» — Cf. 25e rapport, tbid., p. 122 (citation empruntée à Du Bois, Suppression of the Slave Trade, p.119).

(2) J. Spears, The American Slave Trade, ch. XIX, p. 194. — House Executive Documents, 35e Congrès, 2° session, IX, no 89. — Cf. 26° rapport de la « American Anti-Slavery Society», pp. 45-49. -— H. Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in America.

(3) Citation empruntée à Du Bois: Suppression of the Slave Trade,p.119.

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AVANT LA GUERRE DE SÉCESSION à

institution fut supprimée dans le Nord, mais elle gagnait en force dans le Sud, de sorte qu'il arriva un moment où la nation se trouva divisée sur ce sujet en deux grandes parties : des rivalités politiques surgirent à cause des répercussions économiques que la question de l'esclavage entrainait dans le commerce et l'agriculture principalement. Ces rivalités obligeaient le Nord et le Sud à des concessions, à des compromis qui semblaient nécessaires quand il s'agissait d'admettre des territoires au rang de nouveaux États de l'Union. Quand un territoire du Nord devenait État, aussitôt le Sud esclavagiste présentait lui aussi un nouvel Etat pour maintenir l'équilibre dans les deux Chambres du Gouvernement Fédéral. Ainsi la question de l'esclavage devint le pivot de la politique (4). A l'origine, la répartition des esclaves dans les possessions

(1) « On avait déjà discuté la question de la proportion dans laquelle les esclaves devaient être comptés pour la représentation : intégralement, pour les trois cinquièmes, ou pas du tout? Les Etats du Sud voulaient que tous les esclaves fussent comptés; ils menaçaient de se retirer si on ne leur accordait pas ce point. Les délégués du Nord s’obstinèrent dans leur refus, et ceux du Sud finirent par céder. Il fut arrêté que la représentation serait proportionnelle au nombre des habitants libres et des trois cinquièmes des autres habitants ». (Note.) «Cette stipulation est un des plus étranges parmi les compromis dont est formée la Constitution des États-Unis. Bien que les esclaves fussent considérés comme une simple propriété, le recensement devait grossir le montant de la population libre d’un chiffre égal aux trois cinquièmes du nombre des esclaves. Cette monstrueuse concession faite aux planteurs du Sud conduisait à cette conséquence que, sur un domaine appartenant à une famille de cinq personnes et supportant cinquante esclaves, ia population électorale était considérée comme s'élevant à trente-cinq personnes et entrait pour ce chiffre dans le total d'habitants donnant droit à un représentant au Congrès. Or, sur ce groupe fictif de trente-cinq personnes, il pouvait n’exister qu'un seul électeur, le maître, tandis que dans les États du Nord un groupe réel de trente-cinq habitants libres comptait en moyenne cinq ou six électeurs. Ce compromis resta en vigueur jusqu'à la guerre civile de 1861-1865. Il disparut naturellement avec l'esclavage. » A. Moireau, Histoire des Etats-Unis, vol. Il, pp. 303-304.

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anglaises de l'Amérique fut déterminée non par une différence de moralité entre les colons du Nord et ceux du Sud, DE mais par la nature du sol. C'est cette dernière considéra- 4 tion qui forma une division naturelle entre le Nord mar- | chand, et le Sud acheteur d'esclaves (1).

' Les Puritains et l'esclavage. — Le nègre, 4 importé d’un climat chaud, ne pouvait pas prospérer sous à = le climat de la Nouvelle-Angleterre, aux hivers rigoureux. . Son travail ne pouvait donc y donner aucun profit. En outre, le nègre élait un ouvrier sans métier, et comme. tel, il était mieux approprié aux travaux de la terre. Le 14 sol de la Nouvelle-Angleterre étant pauvre en général, les b: fermes étaient petites et pouvaient être cultivées par leurs propriétaires. Le commerce et l’industrie étaient les principales ressources de ces colonies et, par conséquent, il n'y avait que peu de demandes d'esclaves; cependant, sans aucun doute, les Puritains ont été propriétaires d'esclaves; nous le voyons indirectement par les anciennes archives du Massachusetts (2).

(1) I1 semble que dans la Virginie l'esclavage ait rencontré par moments une vive opposition. Cf. J.C. Ballagh, History of Slavery in Virginia, pp. 11, 22-24. Ibid. « L'un des premiers actes passés en Virginie après qu'elle eut été érigée en État autonome fut l'interdiction absolue du commerce d'esclaves... Ce décret fut voté en 1718, par la première assemblée. À la Virginie revient donc l'honneur d’avoir prohibé avant tout autre gouvernement civilisé moderne le trafic odieux des nègres. Il est probable que cette ligne de conduite lui fut tracée plutôt par la crainte des effets que pouvait avoir l’accroissement de la population nègre sur les institutions politiques et sociales que par une désapprobation sincère de l'institution de l'esclavage, car cette désapprobation était rare chez les Anglais d'alors. » p.23.

(2) Slavery in Massachusetts, p. 64, extrait du journal du juge Sewall, 4716. « J'ai essayé, le 22 juin, d'empêcher que les Indiens et les nègres fussent mis sur le même pied que les chevaux et les pores, mais je n'ai pas réussi. » ;

Slavery in Massachusetts, p. 96. « Le fameux Code français de 1685 obligeait tous les planteurs à faire baptiser leurs nègres et à les faire instruire dans la doctrine et les devoirs du chrétien. Et ce n'était pas là la seule mesure importante et humanitaire de ce

Quand les Puritains se convainquirent qu'il n'était pas profitable pour eux de conserver des esclaves dans la

statut célèbre, auquel il est inutile de chercher aucun parallèle dans la législation coloniale anglaise, »

Independent Chronicle (Boston), le 3 octobre 17176: « À vendre, une jeune fille nègre, forte, vigoureuse et de bonne apparence, propre aux travaux de la campagne ou de la ville. S'informer auprès de M. Andrew Gillespie, Dorchester, le 4er octobre 1776. »

Le Continental Journal, le 3 avril 1711 : « A vendre, un nègre de bonne apparence, âgé de 22 ans ; a eu la petite vérole: peut faire n'importe quel travail; vendu faute d'emploi. »

Le New England Weekly Journal, no 961, le 4e mai 14732 : « Une négresse, de bonne apparence, âgée d'environ dix-neuf aus, etun enfant de six mois, à vendre ensemble ou séparément. »

Independent Chronicle, le 9 mars 1780 : « A vendre faute d'emploi, une jeune fille nègre de tout à fait bonne apparence, âgée de seize ans. »

. Le Continental Journal, le 17 août 1780 : « À vendre, un petit garçon nègre, de bonne apparence. »

Le Continental Journal, le 21 décembre 1780 : « À vendre, une femme nègre, forte et en bonne santé, âgée d'environ vingt-neuf ans, propre à la campagne ou à la ville. »

Le Continental Journal, le 10 mars 1781 : « À vendre, une femme nègre de bonne apparence, hors de l'ordinaire, âgée de dix-sept ans, garantie forte, de bonne santé et de bon caractère, n'a aucune idée de liberté et a toujours été accoutumée aux travaux de cuisine et de laiterie d'une ferme. »

« Le préjugé de couleur n’était guère alors plus fort au Sud qu’au Nord. Si les esclaves étaieut plus nombreux dans les colonies du Sud, c'était pure affaire de climat et de mode de culture. On comptait, en 1756, dans toute l'Amérique du Nord, environ 300,000 nègres esclaves dont 220,000 en Virginie. Les noirs dans la Nouvelle-Angleterre étaient exclusivement employés comme serviteurs domestiques. Même dans ce pays de puritanisme aigu, le nombre des esclaves, malgré quelques scrupules de conscience formulés au commencement du dix-huitième siècle, s'accrut avec la richesse et le luxe. D’après un recensement officiel de 4754, le Massachusetts possédait 2,900 esclaves adultes, dont 1,000 euviron à Boston, proportion plus grande à l’égard du nombre des habitants libres que ce ne fut le cas cent ans plus tard à Baltimore. La proportion était plus forte encore dans le Connecticut que dans le Massachusetts, et dans le Rhode Island que dans le Connecticut, La législation de la Nouvelle-Angleterre protégeait cependant les esclaves contre les maitres, au moins dans une certaine mesure. » (Auguste Moireau, Histoire des États- Unis, vol. 1, p. 423.)

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Nouvelle-Angleterre, leur conscience commença à se troubler au sujet de l'existence d’une telle institution dans leur sein, et au moyen d'une série de restrictions, ils arrivèrent finalement à l'abolition de l'esclavage chez eux. Tel n'était pas le cas cependant pour le trafic des esclaves, qui rapportait des profits énormes à la région. Pendant que les colons pouvaient voir clairement le grand mal qu'il y avait à introduire des esclaves dans leurs établissements, ils ne se faisaient aucun scrupule d’armer des navires destinés à fournir des nègres aux marchés du Sud (1). Citons le D' Du Bois (2) : « Ce trafic (dans Le Nord) formait un cercle complet. Les propriélaires des navires négriers transportaient des esclaves en Caroline du Sud et en rapportaient des matériaux pour la construction des navires; ou bien ils transportaient des esclaves aux Indes occidentales d'où ils rapportaient des muids de mélasse. La mélasse servait à fabriquer le fameux rhum de la Nouvelle- Angleterre qui dans les muids (rapportés des Indes occidentales) était exporté en Afrique pour y être échangé contre d’autres esclaves. C'est ainsi que l'industrie de la distillation du rhum dans la Nouvelle-Angleterre est, jusqu'à un certain point, un indice de l’activité de la Nouvelle-Angleterre dans le trafic des esclaves. En mai 1752, un certain capitaine Freeman trouva tant de négriers en armement que, en dépit des importations énormes de mélasse, il ne put pas trouver de rhum pour son navire. À Newport seul, vingt-deux distilleries étaient

(1) The Boston News Letler, n°112, June 10,1706. — Mary S. Locke, Anti-Slavery in America, ch. I. — Sewall, The Selling of Joseph, dans Ja 5° Massachusetts Society, Collection VI, 17: «Il a été calculé que l'importation des nègres n'est pas aussi avantageuse que celle des serviteurs blancs » ; emprunté à la Boston News Letter, n° 112, June 10,1906, in Moore, Notes on Slavery in Massachusetts, p. 106-108. — Appleton, Considerations on Slavery, 14-15.

(2) Cf. H. Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in America, vol. I, p. 84.

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continuellement en opérations à la fois; et le Massachusetts distillait annuellement 15,000 muids de mélasse (de 60,000 à 75,000 hectolitres) pour en faire du rhum (1). »

Causes du développement de l'esclavage dans le Sud.— Pendant que les colonies du Nord récoltaient une riche moisson par le commerce des esclaves, les colonies du Sud, par suite des conditions économiques, devenaient le pays de l'esclavage. Ici tout était favorable au développement de cette institution : la richesse du sol, la chaleur du climat et la nature des produits de la terre ; tout tendait à faire en sorte que le travail de l’esclave fût de plus en plus recherché. Chaque plantation devint un groupe social du type féodal. Les petites cabanes bâties avec des troncs d'arbres se groupaient autour de la maison. du maître, et les relations quotidiennes faisaient souvent naître des sentiments affectueux entre le propriétaire et l’esclave. Les nègres montraient une disposition à imiter, d'aussi près que possible, les manières et la façon de vivre de leur milieu blanc, et la race dominante prenait souvent intérêt à l’amélioration de la condition des esclaves.

Il y avait cependant un germe de corruption dans ce groupement social. Le pouvoir absolu que le maitre blancavait sur ses esclaves était démoralisant à la fois pour le blanc et pour le nègre. Un tel pouvoir ne saurait manquer de tourner en abus. Un de ses résultats directs fut l’immoralité la plus grossière. La loi qui avait fait un bien meuble de la femme nègre détruisit chez le noir la vie de famille et ce qui restait de sa vertu primitive (2).

(4) Du Bois, Suppression of the Slave Trade, pp. 28-29. — American Historical Record, 1, pp. 315-9, 338-42. — Ibid., T, 316. — Ibid., 1, 317. — Ibid., 1, 344; Cf. Weeden, Economie and Social History of New England, 1, 459. (Citation empruntée à Du Bois.)

(2) « Tout interdisait les mariages entre blancs et noirs, la religion

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Mais, avec le temps, une amélioration parut se produire,

ce qui était dû, sans doute, à l'influence des femmes de la

« grande maison » quise servirent de tous les moyens pour prévenir la dégradation morale de leurs fils. Un système féodal d'un caractère plus élevé aurait pu se développer, sous lequel le sauvage africain, continuant à imi-

ter ce que ses maitres possédaient de plus admirable,

serait monté lentement au niveau de la civilisation äryenne. Malheureusement un éhangement soudain dans les conditions économiques arrêta ce progrès. L'excellence du sol du Sud pour la culture du coton, les nombreuses et merveilleuses inventions qui produisirent un si grand changement dans cetle industrie, toutes ces conditions révolutionnèrent complètement l'existence des esclaves. La petite ferme avec son agglomération patriarcale était condamnée à disparaitre, et avec elle aussi les meilleurs caractères de l'esclavage. À sa place vint la grande plantation, avec ses habitations d'esclaves éloignées de l’emplacernent et de l'influence de la « grande maison ».

Trop souvent aussi le propriétaire ne demeurait pas sur

comme un péché, l'opinion publique comme une honte et un scandale, la loi comme un crime. Mais ni la loi, ni l'Évangile, ni l'opinion publique ne pouvaient empêcher certains cas de fusion, inévitables entre deux races rapprochées par ce contact étroit et permanent qu'impliquait l'esclavage domestique. Ici éclatait, sous son aspect le plus odieux, l'hypocrisie, le « cant » britannique. Les colons hollandais, français, espagnols et portugais, moins imbus de l'orgueil de race, moins entichés d'une fausse austérité religieuse, de cette moralité dont les Anglais font si vaniteux étalage, n'hésitèrent pas à reconnaître leurs enfants de couleur, à s'occuper d'eux et de leur avenir. Dans les colonies anglaises, les enfants de sang mêlé étaient fort nombreux, mais une abominable loi exigeait qu'ils «suivissent la condition de la mère », et le décorum, le préjugé, plus fortement encore que la loi, empêchaient les pères de jamais reconnaître Ces enfants, impitoyablement maintenus esclaves. Richard Hildreth, History of the United States to the end of the 16th Congress, 6 vols. New-York. (Traduction A. Moireau, Histoire des États-Unis, vol. L, p. 428.) |

La

la plantation et n'était représenté que par un surveillant à gages qui était apprécié suivant la quantité de travail qu'il pouvait obtenir des esclaves. Le nègre devint exclusivement un article de valeur commerciale, coté sur le marché comme les chevaux, les mules et les autres animaux domestiques nécessaires aux travaux d'une grande plantation. Les esclaves devinrent de plus en plus recherchés; il se produisit un renouveau d'activité dans la traite des nègres, malgré les restrictions internationales. Mais ce trafic de contrebande ne fournit pas le nombre nécessaire d'ouvriers et l'élevage d'esclaves, qui fit disparaitre les dernières

traces de la moralité nègre, fut entrepris dans plusieurs

régions. Le professeur Dew, plus tard président du « William and Mary Collège », dans un compte rendu du grand débat qui eut lieu devant les Chambres de la Virginie, en 1831-1832, sur la question de l'esclavage, parla des restrictions apportées à la traile et donna comme son opinion que ces restrictions « tournent à l’avantage de l'Etat et n’arrêtent pas l'accroissement de la population nègre autant qu'on pourrait se l’imaginer d'abord, parce qu’elles encouragent le maître à s'occuper de ses nègres, à en favoriser la reproduction et à faire en sorte que l'élevage en soit le plus grand possible... La Virginie est en réalité un État producteur d'esclaves pour les autres États » (1).

En outre, la demande toujours croissante de quantités énormes de coton triompha des scrupules déjà affaiblis

(4) H. Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in America, vol. I, p. 100.

T. J. Randolph s'exprime ainsi dans la Virginia Legislalure, en 1832 : « L'État tout entier était un vaste parc à bestiaux où des hommes étaient dressés et envoyés au marché comme les bœufs à l’abattoir. »

Phelps, New Orleans and Reconstruction, Atlantic Monthly, juillet, 1904 : « Pour la première fois peut-être dans l’histoire du monde des êtres humains ont été élevés d'après des règles fixes, comme constituant un fonds de valeur, avec autant de soin qu'on en consacre aux meilleurs chevaux et au meilleur bétail. »

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