‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 12 sur 126 · XII. L’esclavage est héréditaire et perpétuel · texte numérisé non relu

XII. L’esclavage est héréditaire et perpétuel

Dans les codes de différents États, on trouve des articles qui avaient pour but de protéger l’esclave; cependant il était difficile de mettre ces lois à exécution, car il faut se rappeler que le témoignage d'un nègre libre ou esclave n était pas recevable contre un blanc, et il est à supposer que les propriétaires d’esclaves évitaient de violer la loi devant des témoins blancs.

Quant au traitement général des esclaves, les lois suivantes sont caractéristiques.

Caroline du Nord, Art. 3, Acte de 1798, « Attendu que,

suivant un autre acte de l'Assemblée passée en 1774, le meurtre d’un esclave, quelque horrible, cruel et prémédité qu'il ait été, n’est punissable en première instance que de l'emprisonnement et du paiement au maître dudit esclave du montant de sa valeur, et que cette distinction de eriminalité entre le meurtre d'une personne blanche et celui d'une autre personne qui est également un être humain, ne différant du premier que par la couleur, est honteux pour l'humanité et dégradant au plus haut point pour les lois et les principes d’un pays libre, éclairé et chrétien, il est résolu... que si quelqu'un, à l'avenir, fait périr un esclave, avec préméditation et intention criminelle, il sera, pour la première condamnation, déclaré coupable de meurtre, et devra subir la même peine qu'il aurait encourue s'il avait tué un homme libre; il est entendu, cependant, que cette prescription de s’appliquera pas à la personne qui tuerait un esclave mis hors la loi en vertu de quelque acte de l’Assemblée de l'État, ou qui tuerait un esclave en train de résister à son maitre ou à son propriétaire légitime, ou qui occasionnerail la mort d'un esclave par suite d'une correction modérée. » (Haywood's, Manual, 530.)

Par suite du fait que les esclaves ne pouvaient pas passer de contrat, ils ne pouvaient pas conclure légalement un mariage. Ils pouvaient former des liens avec le consentement du maitre, mais ces prétendus mariages n'étaient pas indissolubles, puisque l’un ou l’autre des deux contractants pouvait, à n'importe quel moment, passer aux mains de nouveaux propriétaires (4).

(1) J. C. Ballagh, History of Sluvery in Virginia, p. 102 : « Mais la séparation d'un mari et d’une femme, d'un père ou d'une mère et de son enfant, qui jamais dans la vie ne devaient plus se revoir ni entendre parler les uns des autres, comme cela arrivait assez fréquemment lorsqu'un domaine était divisé, par suite de décès ou de bauqueroute, cette séparation, bien que sanctionnée pär la loi, était aux yeux d’un blanc un acte maudit, presque un crime »

Ibid., p. 711: «Les incapacités de l'esclave s'étendaient jusque

Toute tendance vers l'épargne ou vers le désir instinctif d'acquérir quoi que ce fût était réprimée par des lois prohibilives dans les divers États. Suivant le Revised Code du Mississipi, 379, il était interdit à l'esclave de cultiver du coton pour son propre usage; el si son maitre l'autorisait à le faire, ledit maitre se rendait passible d’une amende de cinquante dollars. Le Civil Code de la Louisiane (art. 175, Martin's Digest, 616), dit que « tout ce qu'un esclave possède appartient à son maitre». Cette même loi se retrouve sous diverses formes dans les codes de la Caroline du Sud, de la Caroliné du Nord, du Maryland et d'autres États du Sud.

On peut ainsi voir, sans difficulté, que le nègre n'avait nuls droits personnels qui fussent reconnus par la loi et, par conséquent, par la société. Au contraire, il dépendait absolument du caprice de son maitre. Si ce dernier avait bon cœur, l'esclave devait vraiment s’estimer heureux ; mais il savait aussi que des difficultés financières pouvalent, à tout moment, le séparer de la famille à laquelle ilétait attaché, et il ignorait quel jour il pourrait être vendu pour être emmené « au bas du fleuve » (1) dans cet enfer dont les nègres ne parlaient qu'avec terreur, où les esclaves étaient au travail, sous le fouet du surveillant, dans les marécages ou les grandes plantations de sucre et de coton.

La condition du nègre est bien résumée et définie par la décision du « Chief Justice » Taney, dans le fameux cas « Dred Scott. » (2). Le demandeur, un esclave appartenant au Dr Emerson, chirurgien de l'armée des États-Unis, réclamait sa liberté en raison de ce qu'il avait été trans-

dans le domaine des droits privés. On lui refusait le droit de se marier et de faire du commerce parce que, élant une propriété, il ue pouvait avoir de volonté ni faire un contrat. » Cf. aussi Hening, Stlalules at large of Virginia, 111, 252, 298.

(1) Le Mississipi.

(2) Cf. Sanford’'s, Dred Scott Case, pp. 391-499.

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