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porté et retenu dans un État où l'esclavage n'était pas æ permis par la loi. Dans sa décision motivée, le « Chief Justice» Taney démontrait définitivement que le nègre n'avait nul droit que le blane fût tenu de respecter (1).
Condition des nègres libres. — Bien qu'en réalité la grande majorité des nègres des États-Unis fussent esclaves, il s'en trouvait cependant dans le Nord et dans le Sud qui étaient nominalement libres. Ces dernièers avaient été affranchis par leurs propriétaires ou étaient les enfants de nègres émancipés. Que le nombre des Africains libres aux États-Unis fût petit, cela se comprend aisément, puisque les lois des États suscitaient toutes sortes d'obstacles aux maitres qui pouvaient désirer libérer leurs esclaves. En 1850, on estimait qu'il y avait 938,187 nègres libres dans le Sud et 196,016 dans le Nord contre environ 3,620,000 esclaves (2). Étre nègre voulait dire être esclave; par suite, un Africain libre était une anomalie, un être sans pays, sans castle, sans aucune place légitime dans la société. Les esclaves ne l’aimaient pas et enviaient son sort, et les blancs s’en défiaient et le haïssaient. On le supposait animé de sentiments dangereux pour l'institution de l'esclavage, et on le considérait comme une menace constante pour la paix de la société. Aussi avait-on édicté des lois sévères contre les nègres libres. Leur condition était à peine préférable à celle de leurs frères en servitude.
Les lois coloniales étaient -très claires et formelles au sujet du nègre libre; et ses privilèges comme citoyen se bornaient, apparemment, à payer les impôts(3). Dans la colonie de la Virginie, par un acte de 1793, il est déclaré expressément qu'«aueun nègre libre ne pourra désormais
(4) Cf. Howard’s, Reports, vol. XIX, pp. 403-405.
(2) Cf. G. W. Williams, History of the Negro Race in America, vol 11/0425, /
(3) Cf. Hening, Statutes at targe of Virginia, vol. IV, p.133 .
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voter aux élections(1) ». Malgré cette restriction, il devait contribuer aux frais de l'État, quoiqu'on lui refusät les droits sociaux. On l’enrôlait dans la milice, sans lui permettre de porter les armes. On ne lui laissait que les occupations les plus humbles et les plus serviles, comme de creuser des tranchées, de faire la cuisine et de conduire les chariots.
Les États esclavagistes ont, bien entendu, traité le nègre Libre avec une sévérité qui était un moyen de protection pour les blancs; car, en dehors de l’aversion naturelle pour cette race, il y avait toujours le danger que ces nègres libres n'excitassent les esclaves à la révolte. Dans quelques États, des lois rigoureuses furent faites pour assurer l'élimination graduelle de toute la population d’Africains libres (2).
Dans la Virginie, d’après la Constitution revisée de 1853, tous les esclaves qui seraient émancipés à dater de ce jour devaient quitter l'État dans un délai de douze mois. à partir du moment de leur émancipation, sous peine de
perdre leur liberté. On fit des lois de bonne heure pour interdire à toute personne d'instruire les nègres, aussi bien esclaves que libres ; et en 1838, il fut décrété que tout nègre qui quitterait l'État dans le but d'acquérir l'éducation ne serait pas admis à y rentrer. Cette politique fut suivie par d’autres États du Sud, ear on reconnaissait que l'institution de l'esclavage ne pouvait pas être main-
(1) Cf. Hening, Sialutes at targe of Virginia, vol. IV, pp. 133-134.
(2) J. C. Ballagh, History of Slavery in Virginia, p.119 : « Le danger de l’élément libre indien et nègre fut reconnu de très bonne heure, et le résultat fut que, en 1691, on restreignit le droit de libérer les esclaves. De peur que les libérés ne donnassent asile aux fugitifs, ne recélassent des marchandises volées ou par suite de leur âge ne fussent à charge à l’État, il fut résolu par l'assemblée qui alors faisait une loi pour supprimer les « outlying slaves », que l’on ferait de la déportation des anciens esclaves en dehors de la colonie urie condi< tion de leur affranchissement par leur maître. »
20 Mes. LA QUESTION NÈGRE
tenue là où il y avait une population toujours grandissante de nègres libres jouissant des privilèges et des droits de citoyens et des avantages de l'éducation (1). ,
Dans beaucoup d'États soi disant libres situés sur la ligne de démareation du Nord et du Sud, les lois relatives à la condition des nègres montraient autant de sévérité, autant d'inhumanité, que les Codes des États esclavagistes, et cela, avec bien moins de raison. Pendant que le nègre était libre de nom, on lui refusait les droits les plus élémentaires du citoyen. Les «lois noires » qui régissaient sa conduite sont un monument durable de l'indifférence absolue que professaient les gouvernements de ces pays, relativement au bien-être d’un peuple qui n'était pas responsable de sa présence aux États-Unis. |
Dès la première législature, le gouvernement de l'Ohio fit une loi pour régulariser la situation des personnes nègres el mulâtres; nous en extrayons ce qui suit :
Art. ler, Aucun noir ou mulâtre ne sera autorisé à se fixer dans cet État sans un certificat établissant actuellement sa liberté.
Art. 3. Il est interdit aux habitants d'employer des nègres ou des mulâtres non munis d’un certificat.
Art.5. Les noirs ou mulâtres venant demeurer dans l'État, munis d’un certificat, doivent faire enregistrer celte pièce.
En 1806-1807, cette loi fut amendée comme il suit : « Tous les nègres libres venant demeurer dans l'Élal d'Ohio, doivent donner des garanties assurant qu'ils ne deviendront pas une charge pour lacommunauté dans laquelle ils s'établissent ». L'article 4 de cel amendement, désigné
(1) J. C. Ballagh, History of Slavery in Virginia, p. 126 : « En 1860, l'Assemblée générale recut le droit d'apporter des restrictions aux mises .en liberté et d'établir des lois pour soulager la République en éloignant l'élément nègre libre. L'Assemblée cessa désormais d’émanciper tout esclave ou descendant d’esclave. » Cf. Code 1814, IT, 126; Code 1819, W. 421-422; Code 1849, 437-149; 1860, 511. Slatules al large, new series, I, 289.
quelquefois sous le nom de Loi des sept-huitièmes, parce qu'il ne s'appliquait qu'aux noirs et aux mulâtres, dit :
«Aucun noir ou mulâtres ne sera à l'avenir admis à être assermenté et à donner témoignage devant aucune cour de justice ou ailleurs dans cet État, dans aucune cause en litige ou dispute légale dans laquelle l'une ou l’autre des parties sera un blanc, ou dans aucune poursuite intentée au nom de cet État contre un blanc quelconque. »
Dans la nouvelle Constitution de 1851, les droits du nègre furent encore restreints. L'article 13 dit (S L) : « Aucun nègre ni aucun mulâtre ne pourra entrer ni s'établir dans cet État après l'adoption de cette Constitution.» — $ 2: « Tout contrat fait avec un nègre ou un mulâtre venant dans l'État contrairement au paragraphe précédent, sera nul, et toute personne qui emploiera un tel nègre ou mulâtre ou l’'encouragera à rester dans l’Élat, sera punie d’une amende qui ne pourra pas être inférieure à dix dollars ni supérieure à cinq cents dollars. » — $3 : « Toutes les amendes qui pourraient être perçues pour la violation des prescriptions de cet article ou de toute loi qui pourrait être faite à l'avenir pour en assurer l'exécution, seront mises de côté pour constituer un fonds destiné à la colonisation des nègres et mulâtres et de leurs descendants qui peuvent se trouver dans l’État au moment de l'adoption de cette Constitution et qui voudraient bien émigrer. »
Dans l'Indiana, des lois sévères furent établies pour limiter les droits des nègres libres et restreindre l'immigration de ceux d’autres États. Le but avoué de ces lois était de forcer graduellement tous les nègres à quitter l'État.
Une Convention constitutionelle, formée de cent cinquante
membres, se réunit en octobre 1850. Parmi les divers changements proposés à la Constitution de l'Etat se trou-
vaient des mesures relatives aux nègres, qui, considérées
au point de vue des nouveaux sentiments qui prévalent
aujourd'hui, nous paraissent absolument barbares. Un dispositif fut adopté, à la grande majorité des membres présents, par lequel il était interdit à tout nègre ou mulâtre (excepté aux esclaves en transit, accompagnés de leurs maitres) de venir dans l'État, et, en outre, il était défendu à toute personne de donner du travail aux nègres et aux mulâtres visés dans cet article, sous peine d’une amende de cinq cents dollars pour chaque délit. Ce dispositif fut ensuite soumis au peuple par un vote distinct, et fut adopté avec une majorité de quatre-vingt-dix mille voix. Comme dans les autres Élats situés sur la ligne de démarcation entre le Nord ei le Sud, la loi refusait de reconnaitre le témoignage d’une personne qui avait un huitième de sang nègre, si la partie opposée était un blanc. Il y a beaucoup de cas, dont on a conservé le dossier, qui montrent que ces lois étaient appliquées rigoureusement. L'exemple suivant peut être considéré comme typique. Dans l'été de 1863, le général Rosecrans, de l'armée fédérale, fit passer la rivière Ohio à des réfugiés nègres. Un de ceux-ci, du nom de Henry Goings, se dirigea sur l’Indiana où il fut employé
pour la moisson par un fermier, John Bixler. Quand ce
fait parvint aux oreilles des autorités locales, Henry Goings et son patron furent, tous deux mis à l'amende, l’un pour être venu dans l'Etat, et l’autre pour lui avoir donné du travail. Le cas fut porté devant un tribunal supérieur et Goings fut acquitté cependant, pour la raison qu'il n'était pas nègre, et parce qu'il avait prouvé qu'il était Indien Cherokée. Le plus remarquable de l'affaire est que cette cause fut soulevée au moment où des mil-
liers de citoyens de lIndiana combattaient dans l'armée
du Nord, soi-disant pour délivrer les nègres de l'oppression des Américains du Sud (1).
(1) H. Wilson, Rise and Fall of the Slave Power in America, vol. I, p. 186.
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Préjugés contre les nègres avant la guerre.
— Quoique les nègres eussent beaucoup de partisans dans le Nord, les gouvernements d'États ne les plaçaient pas, cependant, sur le même pied que les citoyens blancs. Leurs droits étaient fortement restreints, non seulement à cause d’un préjugé de race instinctif et de la ferme croyance à l’irrémédiable infériorité morale et intellectuelle de la race de couleur, mais aussi indirectement, à cause de la « Loi de l'esclave fugitif », qui obligeait les autorités des États libres à aider les propriétaires à rentrer en possession de leurs esclaves fugitifs, et frappait de peines sévères toute personne qui aidait ou encourageait ceux-ci dans leur lutte pour conquérir leur liberté.
Tout Africain était supposé esclave jusqu'à ce qu'il eût donné la preuve du contraire. Aussi une personne de couleur, dans le Nord, était-elle toujours en danger de tracasseries et d’arrestation, et en tout temps sujette à telles vexations qui pouvaient être nécessaires pour l'application littérale de la « Loi de l’escläve fugitif » (4).
Quoique la conscience nationale commencçât à s'éveiller lentement, grâce aux efforts des agitateurs antiesclavagistes, il faut dire cependant que la société, en général, dansles États du Nord, étaitanimée de préjugés semblables à ceux qui dominaient dans le Sud. Les réunions antiesclavagistes étaient souvent dispersées par la populace, qui maltraitait les orateurs. Ceci arriva même dans le Massachusetts où M. Garrison, l’abolitionniste bien connu, fut, une fois, traîné dans les rues avec une corde au cou par une troupe de « citoyens estimables ». L’attitude prise par les gens du Nord était plutôt extraordinaire. Ils croyaient que le nègre avait le droit d’être son propre maitre. Cepenaant, ils étaient plus intransigeants dans leur aversion pour tout contact avec les gens de couleur que les gens du Sud,
(1) H. Wilson, Rise and Fall of the Siave Power in America, vol. I, ch. XXIV.
24 LA QUESTION NÈGRE à
qui étaient devenus familiers avec le nègre par suite de leurs rapports séculaires, et qui n'avaient à son égard que des sentiments de bienveillance intéressée tant qu'il restait à la place qui lui était assignée dans le système de l’esclavage.
La position sociale du nègre est bien expliquée par l’éminent orateur el auteur nègre, Frédérick Douglass, dans une lettre écrite à M. Garrison pendant qu'il voyageait dans les Iles Britanniques. « Dans la partie méridionale des Etats-Unis, j'étais un esclave, auquel on pensait et dont on parlait comme d’un article de propriété... Dans les États du Nord; je passe pour un esclave fugitif, en danser d'être poursuivi, à tout moment, comme un criminel, et d'être précipité dans les mâchoires terribles de l’esclavage; condamné, par un préjugé invétéré contre ma cou- 14 leur, à l'insulte et à l’outrage de tous les côtés (le Massa- | chusetts mis à part); privé des privilèges et descourtoisies ordinaires dans l'usage des moyens de transport les plus humbles; mis à la porte des cabines des'bateaux à vapeur; arrêté à l’entrée des hôtels respectables; caricaturé, méprisé, injurié, bafoué et mallraité par d’importe quel individu (quelque noir que soit son cœur) pourvu qu'il ait la peau blanche » (1). | La guerre de Sécession était inévitable. — :
Longtemps avant la guerre de Sécession, il devint évident “4 pour les hommes d'État prévoyants qu'un pays comme les États-Unis, comprenant des parties presque indépendantes dans leur administration intérieure, ne pourrait pas subsister s'il tolérait dans son territoire deux formes de gou- “+ vernement opposées l'une à l'autre, comme l’étaient celle | des États du Nord et celle des États du Sud (2). La destruc- |