‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 25 sur 126 · TS TS · texte numérisé non relu

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élégants et cultivés pour venir instruire des enfants noirs. L'opposilion à l'enseignement des nègres élait si grande cependant, et l’ignominie attachée à ce travail d'éducation était telle, que ces maitres et maîtresses élaient complètement mis au ban de la bonne société blanche du Sud, quoiqu'ils sortissent d'excellentes familles. Ils ne pouvaient pas trouver pension à la table de familles res-

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peclables blanches, et quand ils étaient forcés d'accepter l'hospitalité des parents de leurs élèves, ils étaient exposés à des insultes et accusés d’immoralité. Un pasteur de Géorgie, rédacteur du journal The Plantation, déclare dans une réponse à une commission d'enquête: « Je ne sais

rien de ces femelles du Nord qui sont venues enseigner dans

les écoles de couleur; je n'ai jamais parlé à l’une d'elles. Elles étaient rigoureusement exclues de la bonne socicté. » Le Ku Klux Klan. — La société secrète si connue, le Ku Klux Klan (1), ne négligea aucun moyen ni

(1) Cf. Report of the Joint Congressional Committee on the Ku Klux Conspiracy, vol. 7, pp. 838 et seq.

E.B. Andrews, The Last Quarter of a Century in the United States, VOL.I, pp. 38-39 : « Les'égislatures noires abusèrent de leur pouvoir et devinrent les'instruments de politiciens nordistes « carpet-baggers » en volant les propriétaires blancs. Seuls des doctrinaires ou des sots auraient pu croire que les blancs se soumettraient longtemps. Aussitôt que les baïonnettes fédérales se seraient éloignées, il était certain que par des moyens justes ou injustes on enlèverait le sceptre aux mains nègres. C’est exactement ce qui arriva. Sans le moindre changement de forme dans la Constitution, dans les lois, Les États du Sud passèrent un à un au pouvoir de leurs habitants blancs. Là où les aspirations des blancs ne purent se réaliser par la persuasion ou la douceur, on eut recours -à l’intimidation et à la force, Le premier moyen qu’on employa d’abord pour écarter des scrutins les électeurs nègres fut le « Ku Klux Klan », société secrète orgauisée dans l’État de Tennessee en 1866. Elle eut son origine dans la vieille patrouille de nuit du temps de l'esclavage. Alors tous les propriétaires blancs du Sud s’enrôlaient dans cette patrouille, qui était chargée de fouetter sévèrement tout nègre trouvé dehors sans une permission écrite de son maître. Ses premiers actes après la guerre venaient d'une bonne intention et ses sévérités n'augmentèrent que peu à peu. Elle déploya le plus d'activité dans les Etats du Tennesse, de l'Arkansas et du Mississipi où ses terribles mystères et ses redoutables rites répandirent une extrême panique parmi les nègres superstiticux. Des hommes entraient dans les huttes des nègres et faisaient diverses momeries, d'abord avec une apparence de magie, et sans aucune arme. On portait un sac de chair en forme de cœur, et on passait en réclamant à grands cris de la chair de nègre frite. Un autre membre de la patrouille avait un estomac en caoutchouc pour étonner les nègres en avalant plusieurs seaux d’eau. Un autre déclarait qu'il avait été tué à Manassas, et que depuis quelqu'un avait fait

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aucun effort pour détruire successivement les écoles nègres. On intimidait les maitres, on attaquait les nègres et l’on incendiait les bâtiments scolaires. Dans le Mississipi, l'opposition à ces écoles fut particulièrement violente, et l'œuvre du Ku Klux Klan y eut plus de résultats que dans aucun autre État. Dans le comlé de Lowndes (Mississipi), un grand nombre de maitres furent foueltés et les écoles fermées par le Klan. Dans le comté de Winston, les maisons d'école furent brûülées. Le Gouverneur R. C. Powers signala à la Commission du Congrès que, depuis huit mois, aucune école nègre ni aucune école communale blanche n'avait élé tolérée, et que toutes les maisons du comté qui avaient servi d'écoles avaient été incendiées, à l'exception d'une seule. | Le cas de Cornelius McBride, du comté de Chickasaw (Mississipi) peut être considéré comme typique. Ce maitre d'école, un jeune Irlandais de Cincinnati, vint dans le comté : de Chickasaw pour enseigner dans une école communale de couleur, il avait organisé pour les enfants blancs une école du dimanche. Il tenait aussi une école du soir pour

passer une grande route sur sa tombe et qu'il était obligé de gratter comme un diable pour passer à travers le gravier. Les loges étaient des « tanières », et les membres étaient des « goules ». Les «géants», les « lutins », les «titans »,les « furies », les « dragons » et les « hydres » étaient les divers grades d'officiers.

« D'habitude, la simple existence d’une « tanière » quelque part suffisait à rendre dociles tous les nègres du voisinage. S'il fallait agir davantage, une demi-douzaine de « goules », en faisant leurs rondes nocturnes avec leurs masques hideux et leurs longues robes blanches, effrayaient tous les nègres, sauf les plus téméraires. Tous ceux qui voulaient résister étaient fouettés, estropiés ou tués et, à l’occasion, on traitait de même leurs amis les « carpet-baggers» et les « scalawags ». La violence même de la société, violence que finalement elle tourna aussi contre les vieux Sudistes, la décria même auprès de ses promoteurs, qui furent plutôt contents quand les officiers de police du gouvernement fédéral, lancés par le Président Grant, firent disparaître dans une chasse à mort, repaire après repaire; ces violateurs des lois. »

les jeunes gens de couleur qui ne pouvaient pas assister à l'école du jour. Il était de mœurs paisibles, sans affectation, ne se mêlait pas de politique et pouvait passer pour inoffensif, Vers la dernière semaine de mars 1871, après avoir enseigné sept mois dans cette école, il fut réveillé la nuit par une troupe d'énergumènes affiliés au Ku Klux Klan, et battu cruellement. Il dit dans son témoignage : « Deux de ces bandits me tenaient par terre ; l’un prit une poignée de baguettes de gommier noir, de ces baguettes qui cinglent la chair et la font boursoufler sous les COUPS; il se mit à me fouetter. Ils disaient qu'ils allaient me donner cent coups chacun. L'un d'eux m'en donna cent et l’autre soixante-quinze. Je leur demandai ce que j'avais fait pour mériler, d'être ainsi traité. Ils répliquèrent : « Que Dieu « vous damne! ne savez-vous pas que ce pays est un pays « de blancs? » Je répondis que les blanes étaient satisfaits de ma conduite et l'avaient montré, en me confiant la charge de leur école du dimanche. Ils répondirent : «Oui, que le « diable vous emporte, c’est cela le pire de la chose: avoir «un maitre d'école nègre qui enseigne à l’école des blancs. « Le dimanche !» Ils continuèrent à le frapper, lui promettant que, quand ils auraient fini, ils le pendraient à une corde qu’il pouvait voir attachée à la branche d’un arbre voisin, Saisissant un moment favorable, il s’élança d'un bond contre un de ses assaïillants, et, le jetant par terre, il s’échappa, poursuivi par une pluie de balles qui sifflèrent au-dessus de sa tête.

Dans le comté de Noxubee (Mississipi}, le surintendant de l'instruction publique du comté reçut une notification du Klan d’avoir à démissionner, et un grand nombre de maisons d'écoles furent brûlées. Dans le comté de Ponto- "Luc, beaucoup de maîtres d'écoles nègres furent avertis d’avoir à licencier leurs élèves, avertissement auquel on ne pouvail se dispenser d'obéir. Dans d'autres parties du

sud, des efforts analogues furent tentés pour faire cesser

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l'enseignement donné aux nègres. Le Rev. E. G. Fuller, éditeur du Methodist Advocat d'Atlanta (Géorgie), rapporta que « l'incendie des maisons d’écoles était un mo yen fréquemment employé, il y a quelques années, pour retarder ou empêcher le progrès de l'instruction parmi les gens de couleur. Aucun moyen ne permet d'établir le chiffre exact des maisons d'écoles incendiées; mais il n°y a pas de doute que l'Église Méthodiste Épiscopale n'ait grandement souffert dans ses biens de ce genre de vandalisme ». L'Opposition est générale. — Dans le témoignage donné devant la Commission du Congrès par William Jennings, répartiteur des contributions intérieures dans le quatrième district de la Géorgie, il est dit, relativement

aux incendies d'églises et de maisons d'écoles, qu’en 1867-

1868, ces « incidents » élaient très communs. « .. Il était diflicile de trouver un endroit où l'on püût établir des écoles, à cause des voisins. » .. «Il y a un grand nombre de localités où, actuellement encore, une école de couleur ne serait pas tolérée (1871). »

On craignait évidemment que le gouvernement des « Carpet-baggers » n'obligeät les blancs à recevoir l’enseignement en commun avec les nègres, surtout dans le Mississipi, où la Constitution ne contenait aucun dispositif relativement à des écoles séparées. On voyait là une menace de coéducation des deux races; et un Journal du temps, le Jackson Clarion, exprima en ces termes les sentiments de la population blanche : « Aucun ami véritable et intelligent du nègre, et à plus forte raison de la race blanche, ne peut considérer cette mesure autrement qu'avec horreur et dégoût. Ses auteurs (les rédacteurs de la Constitution) ont semé les germes de la discorde entre les deux races. Les blancs et les noirs ne peuvent pas se trou ver ensemble sur un pied d'égalité, et ne le feront pas, comme le voudrait cette odieuse mesure. »

Nous avons donné assez de preuves de l'extrême diffi-

culté qu’il y eut à faire comprendre à la population blanche du Sud que Je nègre avait le droit de bénéficier de l'instruction. Plus le noir était désireux lui-même de profiter des avantages de l'enseignement, plus ses anciens maitres montraient d'acharnement dans leur opposition.

Malgré les efforts de l’armée du Nord, du Freedmen's Bureau, des sociétés de missionnaires, des sociétés de bienfaisance, des gouvernements de Reconstruction, le progrès fut minime, parce que les préjugés étaient immenses.

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