CARACTÈRE DU NÈGRE
On admet généralement que le nègre américain, quelles
qu'en soient les causes, appartient à une race arriérée, et que l'esclavage a peu fait pour son avancement. Aussi l’accuse-t-on d'un grand nombre de défauts, auxquels l’éducation doit chercher à remédier. Il existe une grande diversité d'opinions, même parmi ceux qui se flattent de connaitre le mieux la question, au sujet des défaillances morales et intellectuelles du nègre. D’autres s’attachent à montrer en lui une profonde dégradation physique. Les préjugés personnels, et la tendance à généraliser trop précipitamment, empêchent souvent d'estimer les caractéristiques des races à leur juste valeur.
On reconnait généralement que l’éducation doit s'efforcer de remédier au mauvais état sanitaire de la race nègre, et insister particulièrement sur le développement de cer- {aines qualités morales et intellectuelles qui semblent manquer au nègre plus généralement qu'à la race blanche, tout en tirant avantage de quelques aptitudes héréditaires qui en font l’égal sinon le supérieur du blanc pour certaines formes de travaux manuels. L'acte d’affranchissement a trouvé les gens de couleur illettrés, crédules, simples et faciles à émouvoir, semblables à des enfants par leur faible jugement, leur bon cœur, et leur manque d'indépendance. Ils étaient sans moralité plutôt qu'immoraux, parce que le sentiment de la responsabilité leur faisait nécessairement défaut.
État physique.— Toute étude de l’individu implique d’abord la considération de son état physique, dont dépend la possibilité de son développement moral et intellectuel (1). Nous avons déjà signalé les vues pessimistes exprimées à ce sujet par bien des personnes qui espèrent voir la solution du problème nègre dans la disparition
(1) Cf. Social and Physical condition of Negroes in Cities, Atlanta University Publications, n° 2, 1897, et aussi Frederick Hoffman, Race Traits and Tendencies of the American Negro, ch. IT.
prochaine de la race. Il est vrai que les rapports des deruiers recensements et ceux des commissions sanitaires des villes, jugés impartialement, ne justifient pas cette hypothèse. Néanmoins, les amis de l’homme noir ne peuvent regarder sans inquiétude la mortalité du nègre. Il n'est pas nécessaire d’insister sur ce fait biologique que le noir est dans une période de transition, de réadaptation, qui se traduit pour tout organisme par des troubles physiques. 11 s’agit plutôt de constater la nature de cet état sanitaire; il faut voir s’il est Le résultat des vices inhérents à la race, ou si au contraire il est dû aux conditions sociales actuelles. Est-il vrai que le nègre par sa nature offre une force de résistance physique moindre que le blane ?
L’étude de la mortalité des noirs montre que l'excès des décès est dû en grande partie aux maladies tuberculeuses et scrofuleuses, et à l’effrayante mortalité infantile. Il reste à savoir si ces maladies sont un symptôme de la dégénérescence de la race. M. Hoffman (auteur de Race Traits and Tendencies of the American Negro) prétend, il est vrai, que les poumons du nègre pèsent moins que ceux du blanc, tandis que son tour de poitrine est plus grand ; ainsi, l’on serait en face d’une condition organique que la volonté humaine ne changera guère. Cependant il est à remarquer que la tuberculose était rare parmi les nègres avant la guerre, lorsqu'ils travaillaient la plupart du temps dans les plantations; le changement d'occupations, l'affluence de ces ouvriers agricoles dans les grandes villes aux quarliers mal aérés, ont pour résultat inévitable des maladies pulmonaires. Quant aux maladies scrofuleuses et analogues, elles dérivent de l'ignorance et de l'immoralité qui sont l'héritage de plusieurs générations précédentes. La cause la plus redoutable de la mortalité des nègres est dans le manque de soins donnés aux enfants. La plupart des mères sont forcées de travailler hors de la maison, qu'elles quittent souvent le matin à six heures pour ne