ETUDE DU MILIEU
La question la plus difficile de l'éducation des noirs n’est pas d'amener un individu pris à part au niveau de la civilisation aryenne, mais d'adapter toute la race au milieu environnant. Il est relativement aisé de dresser un programme en vue de l'avancement rapide d'un peuple arriéré ; il suffit de le soumettre à une culture forcée, au lieu de laisser à l’évolution progressive le temps de faire son œuvre. Pour le nègre, ce n’est pas possible. Ses progrès ne peuvent quêtre retardés à chaque instant par des circonstances extérieures; la situation occupée par lui dans la société, et les dispositions du peuple américain à son égard, lui ferment certaines voies et élèvent des barrières telles que tout plan d'éducation doit nécessairement se plier aux conditions sociales existantes. S'il y avait eu
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ressemblance physique extérieure entre l’esclave affranchi
et son ancien maitre de race blanche, le problème eût été
résolu déjà. Durant de longues années, les États-Unis se
| sont incorporé les indigents, les dégénérés et les crimi-
Al | ( nels sortis des bas fonds des capitales de l'Europe. Dans |
l'âpre lutte pour la vie, les plus faibles ont sombré ou sont venus échouer aux derniers degrés de l'échelle so-
ciale. Les plus aptes et les mieux favorisés par les circons-
tances, ont fait leur chemin avec une rapidité telle qu'au bout de deux générations ils se sont façonnés à la civilisation de leur patrie d'adoption, au point de n'être plus regardés comme étrangers. Il n’en est pas ainsi des nègres. Leurs caractères physiques sont les stigmates auxquels se wi | reconnait cette race pauvre et méprisée. Ceux de ses Læ\ ! membres qui s'élèvent par leur intelligence au-dessus de 17 la masse ne recoivent que peu ou point d'encouragements à 14 dans leurs efforts. Tant que persiste ne fût-ce qu'une cl trace de sang nègre, la race noire, quel que soit son degré de culture, d'éducation de fortune, ou de valeur morale, se voit contrainte de se ranger au bas de l'échelle sociale, au-dessous de n’importe quelle race blanche, quelque illettrée et dégradée qu’elle soit. Autour du peuple nègre se
dresse un mur aussi infranchissable que les séparations par caste chez les Hindous. En même temps que les nègres se voient relégués par la société dans une sphère à part, ils sont obligés d'entretenir avec les blancs des relations commerciales et civiles. Il leur faut vivre deux vies, satis-
faire à deux conditions nécessaires : conserver leur identité de race et remplir leurs devoirs en tant que citoyens américains. M. le professeur Du Bois a bien formulé cette dualité de tout nègre: « L’on sent toujours le dédoublement de son individu, à la fois nègre et américain; deux âmes,
deux pensées, deux aspirations inconciliables, deux conceptions d'idéal se combattent au-dedans d'un corps de nègre, qui serait déchiré par ces tiraillements, n'était sa
force obstinée de résistance. Faire l'historique du nègre américain, c’est faire l'historique de cette lutte, de ce besoin d'atteindre à une individualité consciente et virile, et à la réconciliation de ce double moi en un moi meilleur et
plus vrai (4). » L'éducation elle aussi doit avoir en quelque
sorte une dualité de direction. Puisque aujourd'hui il y a un milieu nègre obligatoire, il faut que l'enfant soit formé pour vivre dans ce milieu; d’un autre côté, on désirerait l'amener à communiquer avec le milieu blanc, sans trop de difficulté, mais ce milieu blanc est à l’antipode du milieu nègre ! Et les deux milieux se développent chacun mécaniquement dans une progression différente qui accentue encore les divergences.
Le nègre cultivé ne demanderait qu’à se séparer des membres ignorants de sa race, mais constamment, par la force des choses, il est ramené à leur niveau. Il n’en est pas moins obligé de se plier aux exigences des membres de la race blanche qui l'environnent ; et pourtant l'espoir ne lui est pas permis de se faire reconnaitre comme leur égal.
Cette nécessité d’un développement parallèle, ces tentatives pour satisfaire à deux conditions sociales ont comme résultat un gaspillage de forces, une dépense considérable d'énergie et, en retour, on obtient un gain à peine appréciable. Que de difficultés à ces relations étroites entre un peuple arriéré et une race supérieure |
Il faut que l'éducation des nègres, non seulement comble l’abime creusé par les siècles entre les deux races étrangères, mais, de plus, qu'elle suive le mouvement en avant de la civilisation blanche. Un enfant blanc peut en vingt ans environ atteindre le niveau de la civilisation blanche : l'enfant nègre doit, pendant le même laps de temps, réparer le retard que lui donne une hérédité d'ancêtres sauvases, et aussi, s'élever au degré qu'atteindra l'enfant blanc.
(4) W. E. B. Du Bois, The Souls of Black Folk, pp. 4-4.
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On contraint les nègres à une lutte inégale dans laquelle tout les prédestine à la défaite, à moins d’un effort surhumain. Pour qu'une race survive à de tels traitements, il faut, sans aucun doute, qu'elle possède une vitalité et une
faculté d'adaptation prodigieuses. La civilisation aryenne a été le coup mortel pour l'Indien d'Amérique et pour l'indigène des Iles Sandwich, précisément parce qu ilsn'ont pu satisfaire aux exigences modernes.
Que ce soit à tort ou à raison, les nègres sont écrasés sous le fardeau de leur avilissement antérieur: l'indigence, l'ignorance et l’immoralité de ceux qui furent esclaves, tout cela est un boulet aux pieds de leurs descendants et les paralyse dans leurs aspirations vers un niveau plus
élevé. L'avenir pour eux est sombre, nous ne cesserons de
le répéter : Si le nègre ne progresse pas, on le bafoue; s’il
progresse, on le hait davantage. Les noirs ne peuvent espérer échapper par leurs efforts persévérants, au mépris im- ; mérité de leurs voisins de race blanche, ni prétendre au € respect dû à la supériorité morale et intellectuelle (1). On & nie leurs capacités, et on ne leur donne pas l’occasion de :
Ÿ les montrer ! La majorité des enfants nègres ne peut aller régulièrement à l'école, faute de maitres et de bâtiments, et l’on est surpris qu'ils restent ignorants ! Pour les qua- 4
lités morales, il en va de même : on a peu fait pour améliorer leur milieu, et l’on s'étonne qu'ils ne soient pas sans défauts ! Néanmoins, les Américains pardonneraient plus volontiers encore à la masse nègre de rester inférieure, qu'ils ne tolèrent les aspirations de ceux d’entre les noirs
(1) Henry P. Goddard, The Color Line, Independent, 5 décembre 1901, « Dans les premiers mois de 1899, un professeur qui avait assisté aux batailles devant Santiago, faisait une conférence sur ce sujet, à Richmond, dans l’État de Virginie, Quand il loua l’héroïsme des troupes noires des États-Unis dans ces batailles, héroïsme qui a été reconnu officiellement et qui est, pour ainsi dire, de notoriété publique, de tels sifflets accueillirent les paroles du conférencier qu'il fut obligé de passer à un autre sujet. »
qui veulent sortir de leur état dégradé. Les blancs contemplent avec indulgence et avec un sourire quelque peu méprisant les nègres garçons de restaurant, portiers ou cireurs de bottes : ceux-là occupent dans la société le rang qui leur convient, Au contraire, un nègre professeur, médecin, avocat ou ecclésiastique est regardé avec méfiance ou avec une haine non dissimulée : il s’arroge, diton, des positions que ne peuvent convenablement remplir les membres de sa race, Plus les nègres se développent, plus ils s'exposent à ces injures. D'un autre côté, les progrès rapides du peuple noir sur le terrain de l’industrie, où il lutte victorieusement contre les classes pauvres de blancs, ne font qu'envenimer les rançunes existantes. A mesure que l'apprentissage fait des nègres des ouvriers habiles et intelligents, ceux-ci deviennent des rivaux dangereux pour les classes ouvrières des Américains du Nord et du Sud, dont la jalousie se change bientôt en unehaine mortelle.
Déterminer à quel point l’esprit du peuple nègre se ressent du dédain et du ridicule dont l'afflige la classe dominante est un problème intéressant pour le psycholosue, et c'est pour l'éducateur une question de la plus haute importance. L'on est tout naturellement amené à se demander s'il est possible de faire naître le respect de soimême chez une race constamment avilie, [Il serait surprenant que les nègres n'en vinssent pas à emprunter la manière de voir de leurs voisins. Reconnaissant l’abaissement, l'ignorance et le crime où ils vivent plongés, l'on comprend qu'ils aient désespéré de se faire une vie plus noble. Un peuple ne peul guère progresser quand il à perdu le respect de soi el l'espoir en un avenir meilleur. Une autre conséquence de cette hostilité, eest que Îles noirs se soustraient de plus en plus à l'influence des blanes, Par suite, ils ont une tendance à retourner aux mœurs sauvages de leurs ancêtres, et ils se tiennent à
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l'écart de la race plus puissante ; ils se remémorent avec amertume les injustices subies autrefois, méditent sur les soucis de l'heure présente, et deviennent rancuniers et insolents.
Cette séparation se manifeste de deux façons : quand les deux races sont obligées de se rapprocher pour des relations commerciales, on voit deux sociétés distinctes, composées chacune de groupes et de classes différentes, vivre en face l’une de l’autre : il en est ainsi dans les grandes villes et par exemple à Washington; et beaucoup de sociologues voient dans ce fait une indication de la meilleure solution possible. D'autre part, les nègres ont aussi une tendance à s'agglomérer dans des régions éloignées des blancs, où ils se sont absolument isolés, par exemple dans quelques parties de ce que l'on appelle la Région Noire (Black Belt) : cette scission complète amène une détérioration rapide, el il n'en pourrait être autrement : ne voyons-nous pas, de même, des groupes blancs isolés dans les montagnes de la Virginie occidentale et le Kentucky, aujourd'hui absolument dégénérés, quand cependant leurs ancêtres étaient des Écossais et des Allemands d'une grande force physique et intellectuelle? Un peuple s'atrophie quand il ne soutient pas sa civilisation au moyen de relations étroites avec d'autres peuples.
Il n'est personne d’ailleurs qui désire sérieusement voir se constituer un État noir au sein de l'Etat américain : la conséquence prochaine en serait la création d’une petite Afrique au milieu d'un monde civilisé, et ce serait un foyer de criminalité trop dangereux pour les voisins. Par conséquent, la nécessité veut que les deux peuples vivent côte à côte ; il faut souhaiter que l’accord puisse exister entre eux ; malheureusement, comme nous l’avons déjà montré, les préjugés de race sont un obstacle formidable. Décrire avec vérité et détails les différentes formes de ces préjugés sera t à la fois cruel pour l'amour-propre
américain, et d’une longueur fastidieuse. Il est cependant indispensable de résumer quelques faits, et d'étudier les
principales dispositions d'esprit des blancs.
L'opinion presque unanime des Américains, nous ne pouvons trop le répiler, est que les noirs sont des êtres inférieurs et qu'ils ne seront jamais que des serfs: telle est la croyance que l'esclavage a affermie. Semblables aux Gabéonites de l'Ecriture, ils ont été prédestinés par la volonté divine à couper le bois et à puiser l'eau. Les propriétaires d'esclaves se mirent en règle avec leurconscience en se couvrant des paroles de Noë: « Que Chanaan soit maudit! qu'il soit à l'égard de ses frères l’esclave des esclaves ! »
Aïnsi la conviction s'accrut el règne encore aujourd'hui qu'un décret de Dieu a assigné pour toujours aux nègres un rang inférieur. C'est pourquoi tout système se proposant d'élever graduellement les nègres au niveau de la race aryenneestsouvent regardé non seulement comme ridicule, mais encore comme un défi lancé au Tout-Puissant. Les Américains ont coutume d'admettre que la raison d'être des nègres est de contribuer aux progrès du peuple-maitre. Ainsi, pour l'accomplissement de la tâche la plus élevée dont ils soient capables, il leur faut continuer à être visà-vis des blancs des serfs tout comme jadis. Une autorité éminente, M. Th. Parker, écrit : « Les races inférieures ont élé et seront toujours tenues dans une condition abjecte par rapport aux autres hommes. Dans vingt générations, les nègres en seront au même point qu'aujourd'hui, en admettant toutefois qu'ils n’aient pas disparu. »
La même pensée est exprimée dans un discours poliiique de M. H. M. Grady, directeur de « L’Atlanta Constitution. » « Que nul ne touche à l'œuvre du Tout-Puissant. Aucune race ne s'est élevée, ne s'élèvera au-dessus du rang qui lui est assigné. »
Ces vues, si généralement acceptées aux Elats-Unis,
supposent évidemment que ceux qui les adoptent renient
tacitement les théories modernes sur l’évolution ét le pro= grès de la civilisation. On admet cependant qu'il est possible de soumettre les nègres à une certaine discipline intellectuelle, et qu'ils sont capables, jusqu'à un certain point, de retirer de l'instruction des avantages. Mais on a bien soin d'ajouter que ce développement sera infime, parce que les capacités du nègre sont fixes à tout Jamais : il n'y à pas pour lui d'évolution possible, mais seulement un dressage de certaines aptitudes inférieures. Tandis que le développement intellectuel ‘est illimité chez l'homme d'origine aryenne, qui s’est élevé de l’état sauvage à la civilisation, le nègre est prédestiné à rester stationnaire. Comme l’a dit avec force une autre autorité : « Aucune puissance de ce monde ne peut en faire notre égal. La volonté de Dieu le peut seule, et il a montré par les caractères physiques dont il a doté le nègre que tel n’est pas son désir. La race aryenne est la plus parfaite, et par
conséquent la plus semblable à Dieu lui-même. » Antagonisme:des races. — Cette affirmation de l’infériorité du nègre au point de vue intellectuel est une des raisons par lesquelles le blanc essaye d’excuser sa répulsion envers la race noire, Nous avons vu déjà qu'il exagérait gratuitement l’immoralité du nègre et sa crimi-
nalité. Nous tenons à insister encore sur ce fait que, pour rendre admissible le préjugé de races, l'Américain à une
tendance marquée à attribuer à tous les nègres ce qui est
vrai d'une partie inférieure de la race, et pour cela on s'appuie sur des statistiques, sans les bien comprendre. Il est vrai que dans les villes du Sud, le pourcentage des
nègres criminels est plus élevé que le pourcentage des
blancs criminels, mais l'absence d’élément nègre dans
d'autres villes n'amène pas une diminution du pourcentage des crimes. Si les nègres, dans les villes du Sud, fournissent
le plus grand nombre de criminels, c’est qu'ils appartien-
nent à la classe misérable d’où sortent les criminels, Pour élablir un rapport exact, il faudrait comparer nègres et blancs de la même classe, et l'on ne verrait pas alors de différence.
D'ailleurs les chiffres des condamnations né sont pas une preuve irréfutable : on peut objecter que, précisément à cause du préjugé de races, les jurys blancs sont tentés d'être sévères pour des fautes même légères, quand l’accusé est un homme de couleur qui ne dispose d'aucune relation influente, d'aucune recommandation amicale, De sorte qu'utiliser ces chiffrés sans réflexion pour dire que le préjugé de races s'appuie sur des preuves est faire un cercle vicieux. (1)
(1) I est un fait dont je ne veux pas me servir comme argument, parce qu’il est évidemment une erreur d'un moment : on a infligé à des nègres des peines plus élevées que celles qu’ils méritaient, parce qu'on employait les condamnés à exécuter un travail productif pour l'État. Voici cé que dit à ce propos, M. J. A. Hobson, The Negro Problem in the Uniled Slates. The Nineteenth Century, October 1903. «C'est une accusation souvent portée contre la race nègre qu’elle fouruit plus que sa part proportionnelle de erimes en Amérique, comme le prouve le nombre des condamnations et des prisonniers. Mais ces statistiques sont faussées par l'habitude qui s’est répandue dans cer tains États du Sud d'arrêter les négres pour des motifs insighifiants, auxquels on ne ferait même pas attention s'il s'agissait de blancs, et de lés condamner à des périodes de prison hors de toute proportion avec le délit, afin de les louer en équipes à des patrons blancs qui les font travailler dans les mines, ou dans les fermes, où dans l'industrie. Uñ prisonnier rapporte au moins 750 fr. par an à l'État dans ces conditions, et plusieurs États depuis longtemps se font un revenu considérable par le travail des prisonniers, qu'ils emploient dans des établis= sements industriels publics, ou qu'ils louent pour une somme fixe à des particuliers. Un exemple d'un semblable abus a attiré l'attention du public récemment dans l’État d'Alabama, bien que de telles choses se pratiquent aussi dans le Mississipi, la Géorgie et d'autres États de la « Région noire ». Là où il se produit quelque désordre dans la population nègre, on opère un grand nombre d’arrestations, et les accusés sont trainés devant un juge du pays pour avoir troublé la paix publique. On les condamne à une amende telle que le nègre est absolument incapable de la payer, afin qu'un blanc, de conuivence avec le tribunal, puisse se présenter ct payer l'amende, à con
Lynchage.— Cet antagonisme croissant des deux races se montre journellement dans des conflits qui créent une publicité fâcheuse au peuple américain, et lui font la réputation de tolérer la licence et de se laisser conduire par la populace. Nous voulons parler de la terrible institution du lynchage. Personne n'’essaiera de nier l'horreur des crimes commis, Mais aucun esprit de bonne foi ne pourrait davantage excuser la forme de la punition. En 1893, l’évêque Atticus Haygood écrivait ceci : € De nos jours, il semble que le lynchage d’un nègre ne soit pas un événement de nature à motiver des explications ; ilest devenu banal au point de ne plus provoquer d'étonne-
dition que le nègre entre à son service et travaille pour lui en compensation. Le prisonnier est alors remis par contrat au blanc, un planteur des environs qui, en réalité, a le droit de vie et de mort sur lui, et peut régler d’une façon presque illimitée la durée de son service, en abusant de la coutume du « truck » qui est très commune dans les plantations du Sud. On comprendra facilement que le nègre, le plus souvent ignorant, est tout à fait incapable de se protéger contre cet abus des lois pénales.
Une autre chose qui ressemble de très près à cette habitude, c’est l'emploi d'équipes de nègres d’après la « Gontract Labour Law »,. comme elle a été établie par les pouvoirs législatifs de la Géorgie et de l’Alabama, à l'avantage des planteurs blancs. Il y a des engagements par écrit qui, en réalité, livrent absolument l'ouvrier nègre à son patron pendant la durée de l'engagement, donnant droit au patron d’avoir recours à la force physique pour arracher au noir du travail. Si le nègre se montre réfractaire, il peut être poursuivi en dommages-intérêts pour avoir rompu son engagement, et ainsi on lui met sur les bras une dette qu'il devra payer en travail, lequel travail s’ajoutera à la durée du service stipulée par l'engagement. Cette loi sur le travail, renforcée, elle aussi, par le système du « truck » retient un grand nombre d'ouvriers dans une véritable fondrière inextricable de dettes, et engendre une nombreuse classe de serfs, partout où elle agit. IL s’est produit de temps en temps de terribles révélations sur les cruautés infligées aux hommes et aux femmes nègres à cause de ce système d'équipes de prisonniers et à cause de cette habitude de payer une dette par du travail, ce qu’on appelle au Mexique « peonage ». A elles deux, ces coutumes constituent une recrudescence très réelle et très considérable de l’esclavage. ».
ment. Nous lisons ces faits divers comme s’il s'agissait de l'incendie d’un village ou d'une cabane. À moins que l'exécution n'ait été commise dans les environs, nous ne nous rappelons plus les noms jusqu’à ce que le Journal du lendemain nous apporte le récit d’une nouvelle violation de la loi commise par une population outrée et révoltée.
« Ge qu'il y a de plus alarmant, c'est que le meurtre par lynchage ne nous surprend plus. Le gouvernement de la populace étend de jour en jour sa sphère d'action. Dans un pays dépourvu d'organisation et de juridiction, il faut que les individus se chargent de châtier les infractions aux lois naturelles ; aucune autre alternative ne leur est offerte. Mais ce n'est pas là de la civilisation; ce n'est que de la sauvagerie. Dans une nation organisée, le lynchage est un crime contre la société. Il ne s'agit pas de savoir quel châtiment mérite le coupable, mais jusqu'où la société peut aller sans se dégrader. »
Ce qui était vrai en 1893 l’est davantage encore auJourd'hui. Le niveau moral des populations au sein desquelles ces crimes ont été commis n’a cessé de baisser, en même temps que grandissait la haine entre les deux races L'on avait cru que le lynchage serait un exemple puissant pour les noirs et que ces représailles immédiates et terribles effraieraient ceux des nègresenclins au crime. L'expérience a démontré l'inanité de ces arguments, carla criminalité n'a pas diminué dans les communes où ont été commis des lynchages. De plus, le lynchage, les horribles tortures qui l’'accompagnent font des exécuteurs des brutes, pervertissent la société et ruinent les institutions distinctives des races civilisées (1).
(1) A. Sledd. The Negro, Another Point of View, Atlantic Monthly, juillet 1902. « Un meurtre avait été commis dans l’un de nos États du Sud. Dans un train de nuit retournant à la capitale de cet Etat, il y avait un officier de police et plusieurs de ses subordonnés. On
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