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Les basses classes nègres, au lieu d’être intimidées par les châtiments exemplaires dont on a parlé, deviennent de plus en plus exaspérées et féroces. Les noirs intelligents G et instruits, de leur côté, se persuadent que lé coupable
| de leur race succombe à une mort horrible, non pas tant à cause du monstrueux crime qu'il a commis, mais encore et surtout parce qu'il est nègre. Ce sentiment est exprimé par un éducateur noir de haute capacité. Il demande : « Comment se fait-il que jamais un blanc n'a été et ne sera lynché pour un erime analogue commis sur la personne d'une négresse ? » Cette question trahit chez les nègres un mouvement de mauvais augure pour la paix du pays, et fait entrevoir la possibilité de redoutables représailles. M. Booker T. Washington disait, en 1899, dans un discours au sujet de cette grave question : « J'ai pu faire une statistique du lynchage. Dans l'espace de six années, on à lynché dans les États du Sud un nombre de personnes égal environ à celui des soldats mort à Cuba dans la guerre hispano-américaine. Ce nombre s'élève presque à 900 individus. En 1892, 241 personnes ont été lynchées. L'année dernière, 171 hommes ont péri de la sorte. Les
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avait dit qu'ils conduisaient un nègre, soupconné d’être l'auteur du meurtre; et à quatre stations sur une distance de soixante-dix kilomètres, il y avait une foule venue là pour exécuter sommairement le nègre simplement soupçonné. Heureusement il n’était pas dans le train. S'il y. avait été, il aurait certainement été tué, et ce qui aurait pu lui arriver de plus heureux, c'eût été d'être pendu rapidement à l'arbre le plus proche.
«… Un autre exemple : Sam Hose fut brûlé un dimanche. L'une de nos Compagnies de chemins de fer les plus actives organisa deux trains spéciaux. Et une foule considérable d'hommes et de jeunes gens s’entassèrent dans ces deux trains, remplissant la locomotive même et le dessus des voitures, pour aller assister à la torture horrible et indescriptible d’un de leurs semblables. Et l’on aime
à emporter des souvenirs de telles scènes, des morceaux d'os ou de chair et des oreilles ensanglantées. » (M. A. Sledd, auteur de cet article, était professeur à Emory Collège, près d'Atlanta (Géorgie); sa liberté de langage lui fit perdre sa place.)
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citoyens américains sont convaincus que l'on n'a recours au lynchage que dans le cas de crimes commis sur des femmes et que seuls les nègres le subissent. Parmi les lynchés de l’année dernière, il y avait 23 blanes et 2 Indiens : sur le nombre un cinquième seulement avait été châtié pour des crimes de cette nature. 61 cas de lynchages avaient pour cause des assassinats, 43 des soupçons d'’assassinat, 6 des vols (1), Dans l'espace d'une semaine, au printemps dernier, 13 nègres ont été soupconnés d'avoir commis des meurtres et mis le feu à des maisons; ils ont été Iynchés. On les a tués sans leur permettre de s'adresser aux tribunaux, afin d’instruire l'affaire, Dans les six dernières années, six négresses ont été lynchées, et à présent il n'est pas rare de voir les nègres comme les blancs avoir recours au lynchage. Je suis cependant forcé de constater que, dans les derniers mois, nous n'avons relevé qu'un pelit nombre de lynchages. Dans le Sud, l'opinion publique s élève contre ce genre de crime, et j'ai le ferme espoir de le voir rayé à tout jamais d'ici quelques années, grâce au concours de l'élite des nègres et des blancs. » Ces espérances de M. Washington ne se sont malheureusement pas réalisées. Îl est de notoriété publique aux États-Unis que les lynchages, au lieu de diminuer, ont plutôt augmenté pendant ces dernières années. On ne saurait trop répéter que les crimes ainsi punis ne sont pas toujours très graves ; pour un léger larcin, pour des cas d’insolence, un nègre s'expose journellement à la cruelle
torture du Iynchage.
(1) La Chicago Tribune a recueilli les faits de lynchage signalés dans les journaux du Sud pendant les dernières années; elle arrive aux totaux suivants : Personnes lynchées de janvier 1891 à novembre 1902 inclusivement: 1,862.
Dans ce nombre, les nègres étaient 1,350 (72, 5 0/0); personnes blanches, 485; Indiens, 23; Chinois, 4; lynchés pour meurtre, 110; lynchés pour crimes contre des femmes, 448 (24 0/0); Iynchés pour d’autres causes, 644.
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La raison en est que les blancs ne peuvent se défaire des anciennes notions de maitre et d’esclave et prétendent toujours que les nègres leur doivent la soumission la plus servile. Ils se figurent avoir conservé sur eux un pouvoir absolu de vie et de mort, et ils ont gardé l'habitude de considérer le nègre comme une chose vile, n'ayant de
valeur qu'au point de vue marchand.
Expressions diverses du préjugé de race. — Un éducateur a fort bien établi la condition sociale des nègres: « En tant que domestiques, ils sont accueillis partout; en tant qu'égaux, nulle part. Un cocher nègre ou une nourrice négresse cireule dans la voiture des maitres, mais un nègre qui n'est pas un domestique n'y saurait être admis. Les nègres garçons d'hôtel et de restaurant sont légion, maisdans ces établissements ne pénètre pas un voyageur ni un consommateur nègre. Des coiffeurs noirs font la barbe et frottent de shampoing la tête des blancs les plus délicats, mais le nègre le mieux mis ne peut se faire raser dans la même boutique. Les noirs sont bons pour être garçons de service dans les wagonslits ou les wagons de luxe, mais ne sont pas admis comme voyageurs. Ils sont cuisiniers et maitres d'hôtel dans les maisons les plus cossues, mais jamais l’on ne voit leurs pareils à la table des maîtres. Un prédicateur nègre, sorti de la Faculté des lettres et de celle de théologie, fût-il l'homme le plus instruit et le plus capable, ne serait pas invité à diner aux côtés de son confrère de race blanche, quand même l'heure du repas les trouverait en délibération sur une question touchant l'église. »
La coutume, maintes fois appuyée par la loi, réclame que l’on assigne aux nègres des places à part dans les théâtres, les églises, les trains et les tramways, partout où se rencontrent les deux races. Cette séparation est le plus souvent injuste, non pas tant parce qu'elle implique moins de confort pour les nègres, mais surtout parce qu'elle leur
rappelle à tout instant leur condition servile de Jadis et leur déclassement actuel (1). 11 y aurait ample matière à discussion au sujet de cette séparation forcée ; li importe seulement ici de mentionner l’état de choses existant.
Les administrations de l'État sont obligées d’avoir égard au préjugé de race ; peu de nègres peuvent arriver à être fonctionnaires, et encore les places qu'ils obtiennent sontelles toujours inférieures; on ne veut pas voir un blanc soumis hiérarchiquement à un nègre. L'incident d’'Indianola est un exemple typique. Dans ce village, la majorité des habitants est nègre; il y avait comme receveuse des postes une femme noire, bien estimée. Elle fut maintenue à son poste par le président Roosevelt; les blanes de ce village contraignirent par menaces cette femme à donner sa démission. Le président ne voulut pas accepter cette démission, en disant que cette femme et nulle autre, serait receveuse dans cet endroit; les blancs refusèrent de céder; le bureau de poste est fermé.
En raison de ces sentiments de race, les blancs sont d'accord pour affirmer qu'à eux seuls doit appartenir le droit de souveraineté, le droit de gouverner en matière politique. Quelques uns colorent leur opinion en disant que le pouvoir doit être confié aux plus aptes à s’en bien servir, à la classe personnifiant la moralité et l'intelligence de la nation ; ils ajoutent avec raison qu'à l'heure actuelle la race aryenne représente cette élite, mais qu'ils sont prêts à accorder les mêmes privilèges aux nègres, quand ceux-c1, par leur culture et leur valeur morale, se seront rendus aussi dignes que les blancs d'assumer les responsabilités politiques. D'autres, moins libéraux en principe,
(1) Daus une grande maison de construction récente, à Atlanta (Géorgie), il a trois ascenseurs; deux sont pour les blancs, ie troisième est réservé, dit un écriteau en gros caractères : POUR LES GROS PAQUETS ET LES NÈGRES. Notons que le personnel des ascenseurs, dans la plupart des maisons, est nègre.