‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 44 sur 126 · LE paid 0: poéihalét s'édènf-à · texte numérisé non relu

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Directeur du Berea College (Kentucky), le seul établissement prospère de cegenre dans le Sud, qui ne dise dans sa réponse à une lettre d'enquête : « Nous ne voulons pas affirmer que le mieux serait de généraliser dans le Sud la coéducation des nègres et des blancs. Aux premiers, à cause

de leur condition antérieure, il faut des méthodes particu-

Bières. Les écoles nègres contribuent heureusement au re-

lèvement de la race, parce qu’elles préparent au professorat et ouvrent une carrière aux futurs instituteurs nègres, D'un autre côté, nous ne croyons pas que des conditions acceptables soient faites à la race noire en Amérique tant que vivra l’anathème lancé contre elle. L'innovation tentée par le Berea College, son historique et la tâche qu'il a été seul à entreprendre, nous semblent donc présenter de l'intérêt et un prix réel pour la nation. »

L'opposition que font la plupart des blancs à l’envahissement des écoles par les enfants noirs n’est pas sans être fondée. En effet, la majorité des élèves nègres appartiennent à des familles auxquelles la culture fait défaut. L'on s'est vivement élevé contre le Berea College parce que c'est un internat où les deux races sont admises sur le pied d'égalité; il est même probable qu'on ne le laisserait pas subsister, n’était le bien considérable fait par cet élablissement aux montagnards blancs.

Un collège analogue a été créé à Orange Park (1), dans la Floride, mais il règne dans ce pays une telle aversion pour la coéducation des deux races que les quelques élèves blancs de l'établissement ont été exclus par un décret (2).

(1) La «Normal and Manual Training School, Orange Park », est soutenue par l'American Missionary Association.

(2) Lois scolaires, 1897, p. 12; ibid, ch. 43-45, section 1; ih/d., section 2. «IL est interdit à tout individu et à toute association, sous peine de sanction pénale, de diriger dans cet État une école quelconque, publique, privée ou paroissiale, dont les maîtres donneraient dans une même classe ou simultanément l’enseignement aux blancs et aux noirs,» Et aussi: « Toute personne convaincue

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Ce décret fit un tort considérable au petit nombre d'enfants blancs des alentours. Ils furent, en effet, privés de toute instruction, car il n'existait pas dans le district d’école communale de blancs, et leurs parents élaient trop pauvres pour les envoyer dans un établissement privé.

L'on s'accorde cependant à reconnaitre, tant parmi les noirs que parmi les blancs, que les écoles distinctes favorisent mieux le développement des deux races. Dans le passé aussi bien que dans le présent, la condition servile des nègres, et le milieu dans lequel ils sont appelés à vivre, les différencient des blancs si profondément qu'il est impossible que les besoins des deux races soient les mêmes. Il est également à craindre que dans les écoles mixtes les nègres ne soient en butte à des humiliations qui décourageraient les plus faibles et aigriraient les plus forts, tout en détruisant la liberté de penser et la spontanéité dans l’action. Il est certain qu'il ne faut pas souhaiter la créa- Lion d’écoles mixtes, tant que l'intelligence et la culture moyennes des nègres n'auront pas atteint un niveau beaucoup plus élevé, et que les préjugés des blancs n'auront pas diminué.

Nous avons déjà dit que la coéducation des deux races est générale dans les États du Nord ; il ne faudrait pas en conclure que le préjugé des blancs à l'égard des noirs subit une grande différence dans les régions Nord et Sud. En réalité, les nègres sont en nombre inappréciable dans les États du Nord, et il serait impossible de réunir dans un district quelconque assez d'enfants pour constituer une école séparée. L'on tolère sans peine dans une classe un

d’avoir enfreint le règlement ne 1 de cette loi scolaire, en favorisant l’école ou en y enseignant, payera une amende de $ 150 à $ 500, ou subira pour chaque infraction un emprisonnement d'au moins six mois dans la prison du comté, »

ou deux élèves nègres; s'ils étaient cinq, on les regardait d'un œil défavorable ; si la proportion atteignait 50 0/0, ‘les parents des élèves blancs, dans la plupart des communes, relireraient leurs enfants de l’école.

Instituteurs. — Dans le Nord, l'instruction des enfants noirs est donc confiée à des instituteurs blancs; dans les seize anciens États esclavagistes, une question se pose: la valeur respective des maitres blancs et noirs pour les écoles nègres.

Dans la période qui suivit l'affranchissement, comme les nègres, illettrés, ne pouvaient enseigner, les instituteurs étaient tous de race blanche; les temps ont changé, et aujourd'hui l'on compte dans les États du Sud plus de trente mille instituteurs noirs. Malgré ce nombre considérable de professeurs nègres diplômés, il ne manque pas de voix pour présenter la défense des instituteurs blanes. Leurs partisans allèguent que les professeurs de race blanche ont fait des études plus approfondies, sont plus cultivés, parce qu'ils vivent dans un milieu plus affiné, ont des vues plus larges, et sont plus aptes à remarqueret à effacer les tares héréditaires de la race nègre. Bien qu’il soit impossible de nier la justesse de ces arguments, les

« Superintendents » et les « Trustees » ont une tendance

marquée à placer des maîtres noirs à la tête des écoles nègres, [ls sont d’ailleurs mus par des motifs fort différents, dont l’économie n'’est-pas le moins important, Un maitre blanc capable exige un traitement qui lui assure la vie. Or l’enseignement a été longtemps la seule carrière ouverte aux nègres cultivés; ils ont donc été forcés d’accepter le traitement qu’on leur offrait. Cet état ne pourra durer longtemps, car des fonctions plus lucratives se présentent aux nègres. Dès lors, les écoles courent le risque d’être abandonnées à des hommes ne remplissant aucune des conditions exigibles de moralité et d'instruction, à moins que les « Superintendents » ne se rendent

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compte que l’on n’a de professeurs capables qu'à la condition de les bien rétribuer. Quinze à vingt dollars par mois

pour une année scolaire de trois à cinq mois, une classe:

encombrée et mal aménagée, ne sont pas fails pour tenter des diplômés des Universités et des Écoles Supérieures, quels que soient leurs goûts et leurs penchants intimes. Toute raison économique mise à part, il est évident que l'instituteur nègre est plus apte à enseigner les noirs: d’abord, il est en sympathie avec la race, et connait mieux que ne pourrait le faire un blanc, tous les besoins de ses frères; lui seul peut comprendre et guider, à travers des difficultés qu'il a éprouvées, les aspirations de la jeunesse nègre ambitieuse; lui seul peut stimuler les indolents sans les décourager; lui seul peut inspirer assez de confiance à des êtres encore à demi sauvages pour les faire sortir de leur torpeur, ou de leur crainte vis-à-vis de larace blanche. J'ai visité des écoles nègres où les maitres étaient des noirs, et d’autres où les maitres étaient exclusivement des blancs. Dans les premières, j'ai remarqué combien les élèves savaient, tout en restant très respectueux, manifester,

par leur attitude extérieure, l'intérêt qu'ils prennent aux

études et la conscience de leur dignité personnelle; dans la plupart des secondes, les élèves conservaient une physionomie compassée, timide ou indifférente, qui eût fait songer à des jeunes esclaves sous le fouet du surveillant dans les plantations, si l'on n’avail su par ailleurs, de la façon la moins discutable, toute la bienveillance et tout le dévouement de leurs maitres blanes.

Au vœu que nous formions plus haut de voir développer le svstème d'écoles communales dans les cercles ruraux, nous ajoutons celui de voir augmenter le nombre de bons instituteurs nègres, ce qui arrivera quand on leur offrira des appointements moins dérisoires et quand l'assurance d’une position respectable engagera les jeunes nègresintelligents à suivre les cours des écoles supérieures.

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