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savoir apparaissait comme une puissance magique, qui devait les mettre, eux et leurs enfants, sur un pied d'égalité au point de vue social et politique avec les blancs instruits. La science, semblait-il, devait leur ouvrir toutes les carrières jusqu'alors fermées pour eux. Les noirs ne furent que trop encouragés à nourrir ces faux espoirs par certains hommes du Nord, utopistes en matière d'éducation, qui cherchèrent à établir des collèges sur le modèle des institutions pour blancs; on devait donner là une éducation classique à une race qui ignorait encore l’alphabet. C'est ainsi que la jeune génération nègre fut, de fait, encouragée, dans une certaine mesure, à négliger la formation industrielle, seule capable de pourvoir aux besoins matériels de la race, et à rechercher une éducation trop exclusivement littéraire pour un peuple encore peu développé et affligé par la misère. Durant ces dernières années, cependant, une réaction s’est produite, et des écoles industrielles ont été établies dans tous les États du Sud. Ces institutions gagnent, pour diverses raisons, de plus en plus la faveur des blancs aussi bien que celle des nègres, et menacent même de supplanter les quelques écoles d’enseignement supérieur. |
Il est tout naturel que l'on pense encore d'une façon presque universelle, dans le Nord comme dans le Sud, qu'une formation industrielle, augmentée de la plus précaire des instructions littéraires, est bien tout ce qu'un nègre est capable de recevoir. Les anciens propriétaires d'esclaves ne peuvent se défaire de la vieille croyance en l'infériorité irrémédiable de la race noire, tandis que, dans le Nord, les enthousiastes du temps de la Reconstruction, oubliant que le développement d'un peuple arriéré est nécessairement lent, se sont trop facilement découragés. Ils sont maintenant tout prêts à déclarer que les noirs sont intellectuellement incapables de devenir jamais autre chose que des coupeurs de bois ou des porteurs d’eau, et
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cela-parce que, depuis moins de quarante ans qu'ils sont libres, ils n’ont pu s'élever encore au niveau que voulaient leur faire atteindre les partisans de la haute civilisation. Ces pessimistes voient dans les écoles d'éducation manuelle le seul espoir des nègres, et voudraient découraser, Sous prétexte qu'elles sont inutiles, toutes les tentalives faites pour élever le noir au-dessus de son niveau de jadis. Il y a même des partisans de la fermeture des écoles supérieures déjà existantes, et de la suppression des grades littéraires auxquels les nègres ont droit, sous prétexte que ces institutions ne répondront jamais aux capacités et aux besoins des noirs; les mêmes gens voudraient substituer à ces écoles des classes de travail manuel, destinées à préparer des ouvriers habiles, et comme tels, des membres utiles de la société.
On ne doit pas conclure de là, cependant, que tous ceux qui favorisent l'éducation industrielle des nègres aient des vues aussi pessimistes au sujet de leur capacité à acquérir une culture plus élevée. Tout en admettant sans conteste que les noirs puissent, dans l'avenir comme race, el maintenant en tant qu'individus, poursuivre, avantaseusement pour eux-mêmes et pour la société, des études analogues à celles que l’on impose actuellement aux blancs, ils sont pourtant d'avis que, dans les circonstances présentes, du moins, les nègres doivent recevoir une éducation propre à leur permettre de gagner leur pain. Quelles que puissent être les destinées futures de la race noire, la lutte réelle semble être actuellement sur le terrain industriel, puisque ce n’est que par le travail manuel que les nègres peuvent espérer d'améliorer leur condition matérielle. Pour une longue période à venir, les noirs devraient donc être transformés en intelligents ouvriers, parmi lesquels surgiraient ça et là quelques hommes supérieurs, bien qualifiés pour diriger la grande armée des travailleurs, L'éducation des noirs devrait donc dans celte hypo-
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