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missionnaire, qui s'en irait parmi les neuf millions de noirs, pour leur donner, par son exemple et ses conseils, l'idée et l'amour du gain honnête, de l'économie, et de l’indépendance. On peut citer comme typique le cas d'un diplômé de Tuskegee, originaire d'unerégion de plantations dans le « Black Belt », contrée où la proportion de l’élément noir en face de l'élément blanc est de six contre un. Les nègres de ce district étaient endettés et payaient annucllement des intérêts variant de 15 à 40 0/0 pour des avances faites sur les récoltes, et ils habitaient, sur les terres qu'ils louaient, dans des huttes de bois à une seule chambre. La seule école qui existât en cet endroit ne fonctionnait que trois mois par an, dans une hutte de bois, toute en ruine, et où manquait le confortable, ainsi que les objets nécessaires à l’enseignement. Inutile de dire que l'état religieux de la population était tout aussi inférieur que son état intellectuel. Le diplômé de Tuskegee en ques- Lion retourna, ses études finies, dans ce groupe social si peu prospère. Il réorganisa l’école pour les enfants, et persuada à ses concitoyens nègres de former un elub avec réunions hebdomadaires. Dans ces meetings, il leur enseigna comment il faut s'y prendre pour économiser, pour tirer le meilleur parti des fermes, et il leur conseilla de faire tous les sacrifices en leur pouvoir pour se libérer des dettes. Peu de temps après, un certain nombre de nègres de cet endroit étaient déjà en état d'acheter des terres et de se bâtir des demeures confortables. Grâce à l’aide et à la direction de cet instituteur remarquable, on construisit une belle maison d'école, où l'enseignement, de trois mois qu'il durait jadis, fut porté à huit mois par an. Mr. Booker T. Washington fut frappé du travail accompli par cet étudiant de Tuskegee, et il raconte ce qui suit: « Je voudrais que mes lecteurs eussent la bonne fortune que j'ai eue moi-même, d'aller dans cette communauté. Je voudrais qu'ils pussent contempler les figures des gens qui
la composent, et les voir rayonner d'espoir et de joie. Je voudrais qu'ils vissent les cottages à deux ou trois chambres, qui ont remplacé les anciennes huttes à une seule pièce, les fermes bien cultivées, et la vie religieuse, qui est maintenant plus qu'un nom. L'instituteur possède un beau cottage, el une ferme bien tenue, qui servent de modèles. En un mot, une complète transformation s'est accomplie dans la vie industrielle, morale et religieuse de toute la population, grâce à ce conducteur, à ce guide, vraie leçon vivante, qui à enseigné à ses concitoyens à se servir de l’ar-
gent et de l’activité, dispersés jusqu'alors à tous les vents,
en hypothèques et en gros intérêts, en whisky, et en basatelles, et leur a montré à concentrer leurs forces pour les faire servir à leur propre relèvement. Une communauté prospère est un exemple et une leçon pour les communautés environnantes, et des améliorations apparaissent bientôt en d’autres endroits CE |
Formation professionnelle de la négresse. — Mais en même Lemps qu'on met bien en lumière la valeur de l'éducation technique pour le jeune nègre, on insiste Spécialement sur l'importance de la formation industrielle pour la jeune négresse. Il est indiscutable que la régénération de la race et son progrès dans la civilisation dépendent au moins autant de la femme que de. l'homme, vu le rapport plus intime dans lequel elle se trouve avec le foyer et les enfants. Le général Armstrong a fort bien dit: « La condition de la femme est la mesure de la civilisation : sur la jeune négresse pèse le plus lourdement tout le trisie passé; en elle repose toute l'espérance de sa race pour l'avenir. »
Il est raisonnable de supposer que la grande majorité des Jeunes négresses deviendront épouses et mères. En conséquence, il faut qu'elles soient préparées aux devoirs
() B. T. Washington, The Future of the American Negro, De119:
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domestiques. La jeune fille de race blanche est; où du moins devraitêtre, instruite chez elle dans tous ces devoirs de la femme dé ménage, qui sont nécessaires au bien-être matériel de la famille, et dont l'absence entraine nécessairement l’inutilité de la culture intellectuelle. La jeune négresse, par suite de l'influence démoralisatrice que l'esclavage a exercée sur la famille, est privée de cette éducation domestique ; la servitude rendait impossible l'existence d'un vrai foyer, c'est pourquoi les qualités qui naissent justement de la vie de famille manquent encore à un triste degré chez le nègre, et, comme le relèvement de la race noire doit être éffectué par l'intermédiaire du foyer, il n'y a d'espoir que dans la formation ménagère de la jeune négresse. Même aujourd'hui, la majorité des foyers nègres ne méritent pas ce noble nom, parce que les femmes el les mères n’ont pas les plus simples notions d'économie, de propreté, d'hygiène, et ignorent complètement tous les talents domestiques. Avec des gains qui suffiraient amplement aux besoins d'une famille dé paysans européens, une famille de noirs demeure sous un abri misérable et sombre, et se trouve exposée aux pires souffrances de la misère, pour cette seule raison que les femmes ne sont pas habituées au travail, ignorent l’art de fabriquer les plus simples vêtements, et ne savent nullement préparer des plats sains, bien que peu coûteux.
En considération de la déplorable ignorance des « homemakers » de la race noire, l'éducation industrielle est devenue une des matières d'enseignement les plus importantes dans les institutions privées pour nègres, et les écoles communales aussi enseignent dans bien des cas la cuisine et la couture. On insiste également beaucoup sur l'étude de l'hygiène domestique, parce que la grande mortalité des enfants spécialement est souvent due à lignorance de la mère, concernant les lois Les plus simples de l'hygiène, On
enseigne en outre à faire de la lingerie et à réparer les
vêlements, à acheler au marché, à Jardiner, à préparer la nourriture convenable pour les adultes bien portants, pour les enfants et pour les malades. Toutes les connaissances nécessaires à celles qui, pour être bonnes épouses et bonnes mères, doivent être d’abord bonnes ménagères, sont l’objet d'un enseignement spécial.
Un rapport sur une récente expérience faite à Norfolk (Virginie) concernant l'éducation industrielle montre combien de tels moyens peuvent efficacement contribuer au relèvement de la race. Ce rapport fut adressé à la Conférence « Gapon Springs » sous la forme d’une dissertation intitulée: « L’éducation industrielle considérée comme facteur du développement de la négresse (1).» L'enseignement auquel le rapport est consacré fut donné dans la maison d'école après les classes du jour, de telle sorte que non seulement les enfants, mais aussi les femmes de tout âge pussent y assister. Des meetings pour les mères furent organisés à Norfolk, et aussi dans divers autres centres du pays: on espérait par là qu'une amélioration sensible pourrait se faire sentir sans retard dans les foyers des nègres. Dans les réunions destinées aux mères, on parlait et on discutait au sujet des soins à donner aux enfants, de la nourriture qui leur convient, des devoirs domestiques ; on insistait, comme sur des sujets de la plus grande importance, sur les soins à donner aux malades, les premiers secours à appliquer dans les cas imprévus et subits. On organisa des classes pour tous les gens d’un même quartier, dans différentes maisons; on y donna des lecons pratiques de propreté, de cuisine, et de couture. Ces derniers cours avaient lieu la plupart du temps le soir, et ils furent considérés par les négresses, habiluées aux durs travaux, comme des sortes de réunions récréatives,
(1) Mr. S. E. Breed, dans lès Proceedings of Lie Second Capon Springs Conference for Education in the South, pp, 81-92, 1899.
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Le travail industriel à l'école de Norfolk Gity est décrit de la façon suivante : «A l'école de Norfolk, les classes de cuisine et de couture pour les enfants et les femmes ont lieu tous les jours Il arrive souvent que la mère, la tante et les enfants sont enrôlés à la fois dans les diverses classes. Les cours de cuisine sont une grande attraction pour les fillettes. Là, on leur enseigne l'art de conduire un ménage : petit à petit, elles commencent à faire le marché, et on leur permet d'effectuer les achats elles-mêmes, de dresser le menu d'un repas, de faire les comptes et, quand elles peuvent épargner un sou sur les fournitures, elles sont toutes fières : bien que plus d'une petite femme de ménage en herbe ait parfois dépensé le surplus de son argent à acheter du sucre candi, cependant les petites acheteuses économes ont généralement une conception très | haute et très vive de la valeur d'un sou. Un des traits distinctifs de cette œuvre est l'existence d’une classe destinée à la formalion des maitresses : cette année, cinq
jeunes femmes ont reçu leurs certificats de maîtresses de
cuisine, après deux années d'étude. »
En janvier 1900, des classes industrielles furent établies à Newport News (Virginie) dans la principale école communale pour les nègres. Cette œuvre fut copiée sur celle de Norfolk ; son but est le même, à savoir l'amélioration des intérieurs nègres, et la préparation des femmes à remplir mieux leurs obligations sociales et domestiques. Cette œuvre à été placée principalement sous la direction de maitres et diplômés de Hampton. Le rapport déclare que : « Toutes les mesures qui ont donné de bons résultats à Norfolk ont été mises promptement en vigueur à Newport News, à savoir, classes de couture et de « Sloyd », pour les enfants, considérées favorablement par les directeurs d'écoles ; classes d'adultes, ayant Heu après les heures d'étude réglementaires; cercles de « King's Daughters » el de « King's Sons », réunions pour Îles mères, classes de
cuisine et cercles d'apprentissage de la couture, dans des maisons particulières. Par leur histoire et leurs résultats, les classes « Huntingdon » ressemblent à celles de Norfolk, avec cependant quelques divergences dues à la différence des conditions et des degrés de perfection dans le travail. Dans une des plus mauvaises régions de Newport News, une maitresse d'école privée donne des lecons de couture, tout en venant elle-même s’instruire et se perfectionner au quarlier général de l'École Huntingdon. Un diplômé de Hampton, demeurant entre Newport News et Hampton, dirige une classe du soir pour une dizaine de petits ajusteurs, qui commencent à placer des fonds dans une banque, et que l’École Huntingdon à pris sous sa protection. Les réunions pour les mères, comme celles de Norfolk, sont favorisées de conférences hebdomadaires du Dr. Weidner, directeur de l'hôpital de Dixie, et de l'École de gardes-malades de Hampton. Quelques-unes des femmes sont très intelligentes, et sont capables de proposer de petites thèses sur divers sujets d'économie domestique, lesquels sont discutés pendant qu’elles cousent au profit de leur familles ou de quelques pauvres du voisinage. Quarante personnes, représentant tous les quartiers de Newport News, sont enrûôlées dans ces réunions. L'éducation industrielle n’a pas seulement une grande importance pour la femme, sur laquelle retombe tout le poids de l’administration d'un ménage. Elle n'est pas moins indispensable à la jeune négresse qui doit gagner sa vie comme femme à gages. Presque toutes les jeunes filles de race noire, et la majorité, peut-être, des femmes mariées, doivent pourvoir à leur propre entretien et à celui de leur famille. Les statistiques montrent que, dans presque toutes les grandes villes, et dans beaucoup de centres ruraux, la population noire se compose en grande majorité de femmes. Cela oblige Les jeunes filles à entrer en service; c’est pourquoi il importe de les préparer à ce genre d'oc-
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cupation. Le problème se trouve en outre compliqué par ce fait que l'élément mâle d'une famille est en concurrence extrêmement ardente avec les blancs, et est souvent sans travail, par suite des préjugés de race. Les nègres se trouvent ainsi, sans aucune faute de leur part, obligés de vivre aux dépens des négresses, qui n'ont point de concurrence à redouter sur le terrain du service domestique. La nécessité de la formation industrielle des jeunes négresses est montrée avec une grande évidence par ce rapport du Département du Travail :
« En examinant les chiffres des rapports sur Atlanta (Géorgie) nous remarquons. que, sur un total de 324 familles, 73, ou 22 53 0/0, étaient entretenues par le chef mâle de ja famille; 31, ou 9 57 0/0, par une femme, chef de famille ; et 84, ou 25 93 0/0, entièrement où en partie par un chef mâle et une femme chef de famille (4). On doit se souvenir, en employant les termes « chef mâle » et « femme chef de famille » que dans la presque totalité des cas, ils désignent respectivement le père et la mère de famille. On voil donc par là, que sur 324 familles d'Atlanta (Géorgie), 31 ou 9570/0, étaient entièrement entretenues par la mère ; 205, ou 63,27 0/0, étaient entièrement ou-partiellement entretenues par la mère; 47, ou 14 51 0/0, devaient toute leur subsistance au travail des femmes, tandis que 95 93 0/0, la devaient entièrement au travail des hommes. Les chiffres des rapports sur 10 groupements de population à Nashville (Tennessee), sur Île seul groupement de Cambridge (Massachusetts) et sur 32 groupements situés dans d'autres cités, peuvent être interprétés d'une manière analogue. Le nombre total des familles comprises dans les recherches sur tous les groupes de toutes les villes était de 4,137. De ce nombre, 304, ou 26 74 0/0,
(1) Les autres familles sont soutenues par des parents qui ne sont pas les chefs de famille ou par des enfants mineurs.
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étaient nourries entièrement par le chef mâle de la famille ; 89, ou 7 83 0/0, par la femme chef de famille, tandis que 255, ou 2243 0/0, étaientsoutenues par les chefs de famille, hommes et femmes; 650, ou 57,17 0/0 de ces familles, étaient nourries entièrement ou en partie par des femmes; 4140, ou 12 31 0/0, entièrement par des femmes, tandis que 360, ou 31 65 0/0, vivaient grâce au travail exclusif des hommes (1).
On parle beaucoup de la tendance de la négresse à l’immoralité, et des conséquences qui en résultent pour la race.
(1) Condition of the Negro äin various Cities, Bulletin of Labour p- 267, n° 10, May, 1897.