‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 51 sur 126 · PAR QUI EST SOUTENUE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

PAR QUI EST SOUTENUE LA FAMILLE

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Peut-être les femmes de race noire ne sont-elles pas, loin de là, les seules responsables, el il est très probable, — il est même prouvé par les statistiques des écoles industrielles, — que les jeunes filles qui ont reçu la formation nécessaire pour gagner honnêtement leur vie sortent rarement du bon chemin. Sans doute, comme nous l'avons dit plus haut, la femme nègre trouve plus facilement que l’homme des emplois; il faut noter cependant que ces emplois sont presque toujours vulgaires et mal payés pour celle qui n’a pas de connaissances spéciales ; et par conséquent, si la femme noire peut trouver à vivre d'une vie misérable, cette existence n'esl pas en rapport

avec le désir naturel d’un certain bien-être. La jeune négresse ignorante et inexercée ne saurait aspirer qu’à celte existence précaire, et la pauvreté et le découragement, mais ces seules causes, croyons-nous, peuvent tendre à lui faire adopter un moyen peu honorable de subvenir à ses besoins. S'il en est ainsi, il est désirable que l’on se préoccupe de relever le niveau moral de la négresse, et, par elle, celui de la race tout entière, Il est essentiel qu'elle soit pourvue d’un ou de plusieurs gagne-pain, capables de lui assurer quelque chose de mieux qu’une misérable existence au jour le jour.

Ce que nous avons dit plus haut sur la valeur de l'éducation industrielle pour le prédicateur ou le maitre nègre s'applique également bien à la jeune négresse qui aspire à une place dans une école. Si son éducation scolaire est complétée par une formation techique en économie domestique, elle deviendra un facteur important de bien-être dans la communauté.

Objections à l’enseignement professionnel du nègre, — On insiste beaucoup sur l'incapacité des

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nègres à remplir des places importantes dans le monde industriel. On prétend qu'ils ne se font pas faute de laisser en souffrance le travail au moment critique, lorsqu'un cirque arrive dans la ville ou qu'une manifestation relisieuse vient offrir aux ouvriers des attractions plus vives. D'autre part, bien qu'on admette généralement que leur tempérament, ami des plaisirs collectifs, les entraine sou: vent loin du travail ilest cependant certain qu'ils sont plus ‘fidèles à leurs patrons que les blancs, et qu'ils se mettent rarement en grève. Voici l'expression qu a donnée à cette opinion la Washington Post : « Nous sommes d'avis, dit ce journal, que, des illettrés des deux races, les noirs sont préférables. Ils sont conservateurs et bons citoyens Ils ne prennent que difficilement part aux schismes sociaux et aux divagations des seclaires : ils n'ont point de penchant pour la société des anarchistes : on ne peul faire d'eux les instruments ni les agents des incendiaires. ls constituent la solide, digne et estimable « yeomanry » du Sud. »

Si tous les arguments dirigés contre les capacités Imdusirielles des nègres peuvent sembler plausibles à ceux qui ne les connaissent pas, les statistiques, de leur côté, nous font voir la question sous un aspect tout opposé. Le Onzième Recensement, en donnant le nombre des gens de chaque race engagés dans des industries bien rétribuées, à montré que, dans les 16 États esclavagistes et dans le district de Colombie, où la population nègre est fort nombreuse, et où les associations de travail pour les blancs ne sont pas encore très développées «il y avait 4,826.918 blancs et 2,815,636 nègres employés dans des industries Jucratives. Tandis que les nègres formaient 30 0/0 de la population, ils entraient pour le chiffre de 37 0/0 dans le nombre total des ouvriers ». De plus, bien que la majeure partie de ces nègres exéculent les travaux grossiers, cependant, un nombre assez considérable d'entre eux sout dési-

gnés comme s'occupant d'ouvrages exigeant un certain

degré d'habileté et un sentiment de la responsabilité, ce qui prouve que le noir n'a pas d'incapacité naturelle à pro:

fiter d’une éducation industrielie. Le fait même que le nè-

gre peut devenir un eslimable facteur industriel dans le Sud fournit d’ailleurs l'argument le plus fort aux adversaires de sa formation technique. Ce sera là, on peut s'y attendre, et de fait, c’est déjà maintenant, la cause des plus fortes oppositions dirigées contre la formation technique du nègre. Les blancs, en effet, pressentent en lui un for-

midable rival sur le terrain industriel. On craint que le tra-

vaitleur nègre bien exercé ne devienne une menace économique pour l'ouvrier de race blanche. Présentement, le noir peut sans aucun doute réduire à presque rien, s'il est nécessaire, les dépenses exigées par son entretien. Le professeur Paul Barringer, de l'Université de Virginie, remarque que « l’ouvrier, qui connait mieux que personne l'âpreté d'une lutte de salaire avec un concurrent, haïra toujours le nègre en contact avec lui ». Il ajoute : « Il y a aujourd'hui des milliers de nègres dans le Sud qui vivent quolidiennement d'une ration coûtant six sous et demi (soit moins de deux dollars par mois) et qui, s'ils en sentent la nécessité, peuvent subsister encore avec la moitié de cette somme. Imaginez le destin du blanc, obligé de rivaliser avec un travailleur de cette espèce (1)! » À cet argument, les partisans de l'éducation industrielle pour le noir répondent que l'ouvrier blanc doit profiter lui aussi de l’éducation du nègre. En effet, celte éducation augmentera les besoins des nègres, et pour faire face à ces nouveaux besoins, force leur sera d'exiger des gages plus élevés ; cette augmentation même de leur salaire sera la cause indirecte d'une hausse correspondante dans les salaires de l'ouvrier blanc: d'ailleurs les patrons, par suite des préju-

(1) Paul Barringer, Negro Education in the South, Educational Review, vol. 21, p. 236, March, 1901.

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gés de race, sont portés à montrer de la préférence envers les ouvriers blancs quand les salaires sont égaux. En outre, plus le nègre travaillera intelligemment, plus il produira, et le résultat sera, en fin de compte, une augmentalion de richesse pour la communauté. D'un autre côté, on ne peut douter qu'un sérieux antagonisme économique ne s'accentue en proportion des progrès du noir dans l’industrie, vu que le nègre pourra de plus en plus lutter avec les ouvriers de race blanche peu exercés ou incompétents. Il est en outre évident que, dès qu’un nombre considérable de blancs souffriront de la concurrence nègre, des émeutes éclateront, ainsi que des rixes entre les deux races (1). C'est dans le but d'éviter cette collision fatale que beaucoup d'habitants du Sud hésitent à donner au nègre l'éducation nécessaire, et semblent plus disposés à consacrer toute leur énergie au développement de l'éducation industrielle des blancs qui ne peuvent, par suite de leur pauvreté, subvenir eux-mêmes aux frais de leur formation. Une des questions les plus alarmantes du problème économique dans le Sud, c'est la généralisation du travail des enfants, et cette misère sociale est communément attribuée à la présence du nègre dans le champ industriel. On prétend en effet que le chef de famille de race blanche ne peut soutenir une lutte de salaire avec le nègre habile, et qu'il est obligé en conséquence de mettre ses enfants à la fabrique, pour que ces derniers l’aident à subvenir aux frais du ménage.

(1) J. M. Bicknell, The Negro Problem, Arena, vol. 29, pp. 614-615, juin 1903... « Mais quand les efforts du nègre pour gagner sa vie commenceront à porter un préjudice sérieux à la bourse ou au diner du blanc, soyons bien assurés qu'une lutte sanglante éclatera inévitablement. Il existe entre les races un autagonisme inné qu'aucune conférence de morale ne pourra jamais déraciner. Dans différents endroits, des nègres ont été lynchés publiquement, tandis que la foule des blancs contemplait le spectacle et l'approuvait. Certes, de tels procédés ont été critiqués, mais ils n'auraient pas été tolérés, si les victimes avaient appartenu à la race blanche. »

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Associations de Travail. — Mais la difffcullé la plus sérieuse qui s'oppose à l'éducation industrielle du nègre provient de l'attitude hostile des Associalions de Travail. C'est une vérité de bon sens que l'on ne doit pas faire des sacrifices de temps et d'argent pour former un jeune homme à un mélier qu'il n'aura pas la permission d'exercer. À présent, il n'y a dans le Nord que bien peu de carrières, en dehors des emplois les plus bas, dans les-

quelles les nègres puissent gagner leur vie. Partout les

Associations de Travail gouvernent la situation, et leur influence s'étend aux États du Sud. Il n'est donc pas surprenant que la grande masse des nègres ne montrent pas beaucoup d'enthousiasme pour l'éducation manuelle, el se contentent du genre de travail le plus infime et le plus bas, tandis que les plus ambitieux s'efforcent d'obtenir une éducation libérale dans les écoles, afin de se donner par

ce moyen des satisfactions personnelles, à défaut d'une

profession lucrative (4).

(1) Booker T. Washington, dans Fulure of the American Negro, pp. 174-116, raconte lé fait suivant: «Il n’y a pas longtemps, une femme de race noire, vivant dans un de nos États du Nord, avait entendu dire à mainte reprise dans son village que le nègre était de nature paresseux, inintelligent et peu disposé au travail. Quand son fils unique eut la force nécessaire, elle lui fit apprendre parfaitement, à grands frais et à force de sacrifices, l’état de mécanicien. Une place lui fut trouvée dans un établissement des environs. Son diner au bras, dans un panier, excité par les prières de sa mère toute heureuse maintenant, le jeune homme se rendit à son usine pour son premier jour de travail. Qu'arriva-t-il ? Chacun des vingt ouvriers de race blanche jeta à terre ses outils délibérément, jurant de ne jamais donner à un noir l’occasion de gagner honnètement sa vie. Le jeune nègre essaya d'entrer dans un autre établissement; ce fut le même résultat. Il en fut toujours de même. Aujourd’hui, ce noir, autrefois plein de promesses et d'honorable ambition, est un misérable ivrogne sans espérance ni énergie. Je demande : « Qui à flétri la vie de ce jeune homme? Qui est responsable « de cette existence perdue? » Je ne sais quelest le pire, de l’ancien maître qui forcait son esclave à travailler sans salaire, ou de l’homme, qui, par la force et les grèves, oblige son voisin à renoncer à travailler pour gagner sa vie, » l

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