‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 56 sur 126 · ÉCOLES PROFESSIONNELLES · texte numérisé non relu

ÉCOLES PROFESSIONNELLES

La question qui se pose naturellement est de savoir si les écoles professionnelles pour les nègres doivent prendre en considération l'hostilité manifeste des Syndicats el n’enseigner, par suite, aux jeunes nègres que les métiers dans lesquels ils ne rencontreraient probablement aucune opposition de la part des ouvriers de race blanche, ou bien si ces mêmes écoles, en donnant une instruction comprenant l’universalité des métiers, pourraient assurer à leurs élèves la possibilité de résister, par les qualités acquises à l’école, à l’action contraire des Syndicats. Il est évident que si certaines Associations ont exclu les nègres, ce n’est pas tant à cause du préjugé de race, que parce que les noirs, privés jusqu à présent de formation industrielle, sont généralement considérés comme incapables. Quand il existera un nombre assez considérable d'ouvriers nègres habiles (télégraphistes, sculpteurs sur bois, elc.),

(1) Voir à l'Appendice A la liste des Syndicats et leur attitude au sujet du travail des nègres.

ils seront sans aucun doute admis dans les sociétés de race blanche, ou ils seront autorisés à former des sections de race noire dans les organisations de l'Élat ou sociétés nationales.

Afin de mieux comprendre cette phase du problème industriel dans le Sud, il faut connaître en quelque manière la nature de l’œuvre accomplie par les écoles d’enseignement manuel, et se demander si les méthodes main- | JE | tenant en vigueur amèneront avec le temps une solution À ‘1 satisfaisante, et pourront transformer la masse des nègres 14 illettrés et indisciplinés en membres intelligents et actifs du corps social. Les rapports de l'année scolaire 1899- 1900 accusent un nombre de 98 écoles industrielles de différente importance, dispersées à travers les États- Unis (1). Naturellement, on ne saurait s'attendre à ce que ces écoles puissent répondre aux besoins de neuf millions | d'habitants, à moins que l'œuvre de ces institutions ne À soit complétée par un enseignement manuel donné dans :| les écoles communales, ; a On a entrepris de donner quelque enseignement profes- | "1 sionnel dans plusieurs écoles communales pour les blancs, mais on à fait Jusqu ici Lrès peu d'essais dans cette voie en faveur des nègres. Parmi les États du Sud où l'éducation séparée est de règle, quelques-uns seulement font menue ë tion de l'instruction industrielle donnée aux enfants noirs,

| et elle est presque toujours limitée à plusieurs grandes

k villes. Les États qui donnent cette instruction sont : l'Ar- "| kansas, le Missouri, la Géorgie, la Caroline du Sud, le :

Texas, la Virginie. Il se passera encore un certain temps sans doute avant que l’enseignement industriel ne forme une partie des cours des écoles communales ; il faut attribuer ce fait aux fraisaue nécessiterait l'introduction d'une telle œuvre, et au déplorable manque de fonds scolaires.

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} | Dr | (1) Voir à l'Appendice B la liste des Écoles professionnelles.

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Hampton Institute.— La première école professionnelle pour les nègres fut établie en 1868 par le général Armstrong, à Hampton (Virginie), sous le nom d' «Institut Normal et Agricole de Hampton », et sous les auspices de l'« American Missionary Association ». En 1878, les Indiens y furent admis, et cette entreprise pour donner une coéducation aux deux races a été sous tous les rapports couronnée de succès. La première école fondée pour l'instruclion pratique des deux races arriérées ne se trouve qu'à quelques milles de distance de l'endroit où furent vendus les premiers esclaves nègres en Amérique, et sur l’emplacement même du village indien de Kecoughtan, détruit autrefois par les colons de race blanche.

L'institut de Hampton n’est pas une école du gouvernement ni de l'État. Il fut cependant autorisé, en 1870, par l'Assemblée générale de Virginie, et obtint la personnalité civile. Il est dirigé par une commission de dix-sept administrateurs, représentant sept sectes religieuses différentes et les diverses parties du pays. L'école est chrétienne, mais strictement indépendante d2 tout esprit de secte.

En outre, le Gouverneur de Virginie nomme une Commission d'inspecteurs, chargée de rendre compte à l'Élat de l'emploi des $ 10,000, qui constituent la quote-part d’intérêt annuel du « Land Serip Fund ». Le Gouvernement fédéral, par un subside voté au Congrès, donne annuellement à l’Institut $ 167, pour l'entretien de chacun des 120 Indiens qui se trouvent dans l’école. Les autres ressources de celle-ci consistent en fonds de donation, en subsides des Slater et Peabody Board, en fonds placés à intérêt, el en diverses sources de revenus moins importants.

Le directeur de l'Institut, Mr. H. B. Frissell, dans son rapport annuel de 1901 adressé aux administrateurs, fournit les renseignements suivants : « L'Institut de Hampton est évalué à $ 600,000. ITest exempt de dettes el

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d'impôts. Il renferme 55 bâtiments : spacieux dortoirs, une église commémorative, et des locaux pour l'enseignement libéral, professionnel, agricole et de l'économie domeslique. On y trouve également des ateliers, où l'on enseigne seize méliers. Les deux fermes appartenant à l'Institutont | une superficie d'environ 800 acres.

je | « L'école professionnelle, « Armstrong-Slater Memorial School », fut inaugurée en novembre 4896, et le bâtiment affecté à l'enseignement de l’agriculture et de l'économie domestique fut ouvert en mai 1898. Ces deux bâtiments, avec leur matériel, offrent des facilités uniques pour la formation des artisans, des agriculteurs et des professeurs d'économie domestique.

« L'Institut de Hampton emploie 80 professeurs et surveillants ; il est fréquenté par une moyenne de 1,000 élèves, À représentant presque tous les États de l'Union : 400 d’entre if eux sont élevés à l’école primaire de Whittier, de la sec- £ tion de l’école normale. »

! 1 br Le directeur déclare en outre que sur les 4,100 diplômés | qui sont sortis de l'Institut, 60 0/0 sont devenus institu-

teurs et ont donné l'enseignement à plus de 750,000

ci enfants de leur propre race.

Il y a cinq sections à l’Institut de Hampton:

1° Section académique {3 ans) ;

2° École normale avec école de stage (2 ans);

3° Section agricole.

4° Section des industries de production et de l'économie domestique ;

5° École professionnelle;

Voici le programme des études dans la section académique (1):

Première année. — Agriculture, étude de la vie des

(1) Les renseignements sur les études dans les différentes sections sont tirés des programmes de 1901,

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plantes, des différents terrains, de la vie des insectes, hygiène, géographie, arithmétique, anglais, lecture et Hitté- ai rature, étude de la Bible, musique vocale, dessin, gymnas- | tique ; formation au travail manuel, pour les garçons, menuiserie ; pour les filles, couture, « sloyd ».

Deuxième année, — Science de l’agriculture, hydrographie, drainage des terres, cultures subséquentes, assolements, semis, maladies des insectes et des plantes, engrais et amélioration des terres, physique, géographie, arithmétique, anglais, lecture et littérature, histoire des États- Unis, étude de la Bible, musique vocale, dessin, gymnastique; éducation manuelle, pour les garçons, tournage du bois; pour les filles, couture, cuisine.

Troisième année, — Agriculture, maladies des plantes, industries animales, physique, mathématiques, anglais, lecture et littérature, morale civique, histoire générale, musique vocale, dessin, gymnastique; éducation manuelle, pour les garçons, travail de la forge ; pour les filles, couture, coupe, confection, et aussi cours spéciaux de soins à donner aux malades, d'hygiène, et d’antisepsie domestique, premiers secours à donner aux blessés,

Ecole normale. — Les élèves réguliers sont obligés de posséder le diplôme académique de l'Institut de Hampton ou son équivalent. Le cours est d’une durée de deux ans.

Cours pédagogique : Introduction à l'éducation, psychologie, la psychologie de l'enfance, histoire de léducation, auleurs classiques qui ont écrit sur l'éducation, organisation et administration des écoles ; société nègre et indienne.

Cours sur les sujets scolaires (en insistant particulièrement sur les méthodes). Arithmétique, littérature, histoire, géographie, histoire naturelle, éducation manuelle, dessin,

science domestique, gymnastique, musique.

Bibliotechnie. | |

Cours spéciaux conduisant aux diplômes spéciaux de

l'école normale. (Lesélèves sont obligés de suivre en même temps les cours généraux). Cuisine, chimie, couture, con fection des vêtements, dessin, gymnastique. Travail dans l’école de stage, à l'école publique de Whittier.

Section agricole. — Les mêmes conditions sont requises pour l'admission, que pour le cours d'école normale. Les

cours sont de trois ans, et spécialement destinés à ceux

qui ont l'intention de devenir professeurs publics d'agriculture ou intendants. |

Science : Chimie, botanique, vie des insectes.

Agriculture: Histoire de l’agriculture, comptabilité agricole, nature du sol, drainage, cultures, horticulture, jardinage utilitaire, arboriculture, fleurs, jardinage d'ornement, élevage des animaux.

Laiterie, — Bâtiments de la laiterie, bactériologie du lait, fabrication du fromage, ustensiles de la laiterie.

Cours commerciaux. — Tenue des livres, correspondance commerciale, rédaction des lettres, droit commercial, effets de commerce.

Cours d'électricité. — Cours pratique et lechnique sur les applications de l'électricité, comprenant l'étude des fils pour lumière électrique, sonnette, etc.

Construction et installation des téléphones, moteurs et dynamos, consiruction des petits appareils électriques, télégraphie, galvanoplastie et électrotypie.

Cours professionnels : à « Armstrong and Slater Memorial Trade School. » Les candidats à l'admission doivent être âgés d'au moins 16 ans, et capables de passer l'examen d'entrée pour la section académique. Les étudiants sont obligés de consacrer neuf heures par jour à l’étude des méliers, et deux heures à la classe de l'école du soir. Les cours de cette école sont d'une durée de trois ans. Les cours suivants sont ouverts aux étudiants: charpenterie, peinture en bâtiments, charronnerie et forge, travail des machines, métiers de tailleur, de maçon, de plâtrier, de.

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cordonnier, de bourrelier, de mécanicien pour machines à vapeur, d'étameur, ébénisterie, imprimerie.

Section des ateliers modernes. -— Là, certaines industries sont conduites comme des entreprises d'affaires, et sont ouvertes aux élèves qui ont passé un an à l'école professionnelle dans la section pratique. Elles offrent les facilités nécessaires pour apprendre lorganisation des industries de production, pour s'exercer à l'application pratique des principes étudiés à l'école professionnelle, et à Foccasion, pour gagner de l'argent dès avant la sortie de l'école.

Pendant les vacances de juillet et d'août, l'écoie professionnelle est ouverte aux garçons de 10 à 17 ans demeurant dans le voisinage. Les cours professés pendant celte période ont trait au travail manuel, à la charpenterie el aux métiers de forgeron, de charron et de cordonnier.

Le Directeur de Hampton dit que, pour l'année scolaire finissant en juin 1901, le nombre des étudiants qui ont recu l’enseignement professionnel a été de: forgerons 25, charrons 15, charpentiers 38, tailleurs 20, peintres en bàtiments 10, étameur 1, ajusteurs de machines à vapeur », mécaniciens 13, maçons 6, bourreliers 5, cordonniers 9, tapissiers 1, imprimeur 1.

Durant la même année, 454 élèves ont recu l’enseignement agricole.

Une des parties les plus importantes du programme d'éducation de Hampton est peut-être l'enseignement donné aux jeunes filles, pour la direction du ménage. On y insiste particulièrement sur les devoirs domestiques. Tout le travail de la buanderie et une grande partie de l'ouvrage de la maison est exécuté par les jeunes femmes. et, en plus des cours de cuisine, de couture, de « sloyd », de tapisserie, de confection des vêtements et de tissage, on donne aux jeunes filles un enseignement élémentaire ayant trail à la pose de papiers, à la peinture de bâtiments, aux répara-

tions les plus communes (chaises, serrures, etc.), à la

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peinture à la chaux, à la laiterie, à l'élevage dela volaille, à la culture des légumes, au jardinage, et à la fabrication des matelas. |

Le directeur, Mr. H. B. Frissell, ajoute dans son rapport : «Chacun de nos élèves reçoit une instruction manuelle.

Personne ne sort d'Hampton, avec le titre de diplômé, sans

avoir travaillé le bois, le fer, les métaux en feuilles, et sans avoir suivi le cours d'agriculture. Aucune jeune fille ne qui, ke Pécole avec le diplôme sans avoir été exercée au travail du bois, et être devenue capable par là de fabriquer et de répärer des meubles simples, ou sans avoir appris à faire la cuisine et à préparer les repas, à faire ses robes et ses objets de lingerie. On donne également à la jeune fille une connaissance appréciable de la vie des plantes et des animaux. »

L'école de Hampton n’a pas seulement envoyé dans les différents pays d'Amérique ses diplômés devenus maitres à leur tour, elle n’a pas seulement exercé ses ouvriers, mais elle à aussi établi et développé un grand nombre d'écoles industrielles, semblables à elle, sous la direction de ses diplômés. Le plus important de ces établissements est celui de Tuskegee, qui égale l'institution mère par le nombre de ses élèves et l’activité de son travail. Parmi les autres ramifications de Hampton qui exercent une influence importante, il faut citer les écoles de Kittrell (Caroline du Nord), Gloucester et Lawrenceville {Virginie), l’école de Calhoun et la « Mt. Meigs Peoples School » (Alabama), enfin l'école de Denmark (Caroline du Sud).

Tuskegee Institute.— L'Institut Normal et Indus= triel de Tuskegee (1), la plus grande et la mieux connue des écoles professionnelles pour nègres aux États-Unis, fut élablie en 1881 par Mr. Booker T. Washington, qui fut d’a-

(1) Max Bennett Thrasher, Tuskegee, Its Story and its Work, Small, Maynard and Company, Boston, 1901,

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