‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 66 sur 126 · DT A EN · texte numérisé non relu

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doit être aussi bien armé que possible pour lutter dans les äpres conditions de la vie moderne, faudrait-il que le nègre, ayant des tâches plus dures devant lui, des besoins plus grands, soit moins efficacement préparé ?

La grande masse des illettrés de couleur ne sera élevée à un niveau supérieur que par l'influence des jeunes hommes cultivés de sa propre race. Ceci est vrai d’ailleurs pour le développement intellectuel de toutes les nations. Les jeunes gens les plus intelligents ont toujours été choisis pour acquérir le savoir des races plus favorisées, et l’adapter aux besoins de leur propre peuple. C’est le nègre très cultivé qui développera, et qui comprendra le mieux comment il faut développer, les facultés mentales des retardataires de sa race, car il saura beaucoup mieux que l'homme de race blanche quelles sont les limites de ces facultés. Des chefs blancs, quelle que soit leur sympathie pour les gens de couleur, ne peuvent leur donner un idéal à suivre, puisque entre le monde des blancs et celui des noirs s'étend l’abime creusé par le préjugé de race. C'est.le nègre cultivé, possédant une large expérience des choses sociales, qui doit diriger la civilisation parmi les individus inférieurs de sa race ; il sera soutenu dans son apostolat d'éducation par une sympathie que ne peut éprouver l'éducateur blanc, et surtout il n'inspirera pas à ses élèves, comme le ferait un homme d'une caste supérieure, la crainte ou le respect exagéré, qui pourrait comprimer l'essor de leurs facultés.

De plus, les gens de couleur n’ont généralement pas eu, jusqu'ici, en général, l'idée d'indépendance et d'initiative, ni l’orgueil et la fierté de race. Il semble, cependant, que ces sentiments commencent à naître chez eux. La majorité, incapable, peut-être, de recevoir Jamais une éducation libérale développée, n’en est pas moins, cependant, en une certaine mesure, rehaussée par ce qu'ont accompli les nègres les plus favorisés, Tous les noirs sentent qu'ils ont

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part au respect dû à l’homme de couleur instruit. Il est possible que tous n'aient pas le privilège d'entrer dans les universités, mais ils peuvent y être représentés par les plus brillants d’entre eux, qui seront à même de leur servir de modèles et d'éveiller en eux un orgueil de race. La régénéralion du peuple noir dépend de l'influence exercée par les hommes et les femmes nègres cultivés.

On peut donc affirmer d’une façon certaine qu’au lieu de diminuer l'instruction libérale des nègres, il faut au moins lui conserver son importance actuelle, puisque la race manque de chefs. Tout effort tendant à restreindre leurs avantages au point de vue de l'éducation, sous prétexte que les nègres en reçoivent trop, retarderait certainement la civilisation des masses. Mr. A. F. Beard, Secrétaire de l « American Missionary Society », dit à ce sujet:

« De tous les élèves des écoles de cette Association, il n'y en a que 4 5 0/0 qui font desétudes universitaires ; 98 5 0/0 sont au-dessous des grades universitaires. Ainsi, dans le Sud et parfois au Nord, l'éducation libérale est déplorée et décriée par ceux qui sont bien renseignés pourtant, alors que 1 5 0/0 des milliers d'enfants qui fréquentent lesécoles sous notre direction pénètrent dans une université, et que dans tous les États-Unis, il n'ya qu’un diplômé nègre par 60,000 habitants {1). »

(1) Cf. aussi A. D. Mayo, Common School in the South, 1830-1860 dans le Report of the Commissioner of Education, 1899-1900, p. 58.

« Pour étabir une comparaison entre le nombre des blancs et celui des noirs qui fréquentent les établissements d'enseignement secondaire et supérieur, j'ai additionné le chiffre des élèves inscrits dans les collèges d'enseignement secondaire avec le chiffre de ceux qui fréquentent les collèges universitaires et les universités, ne sachant pas exactement de quel ordre est le travail fait dans les collèges universitaires et universités. Le travail fait dans les établissement d’enseignement secondaire est noté si minutieusement dans ce bureau qu’il ne peut pas yavoir de doute sur son ordre.

«En 1880, la population du pays entier envoyait 4,362 personnes sur un million d'habitants dans les établissements d'enseignement se-

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Il faut faire énergiquement ressortir ce fait que le nègre ayant passé par l’université est le chef d'un groupe, Île centre civilisateur de sacommunauté,un missionnaire pour sa race. Son champ d'action spécial, c’est l'amélioration sociale. On le considérera comme un chef qui doit organiser les cercles pour le progrès intellectuel des sociétés, pour l'amélioration de la vie privée, et pour les autres ré-

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formes nécessaires.

Un autre argument excessivement fort en faveur de l’éducation libérale du nègre, c’est que la race noire est en fait isoléeet doit tirer de son propre fonds ceux qui exerceront pour elle des professions libérales. La complète séparation sociale des deux races fait de ceci une nécessité.

Nécessité d’une éducation supérieure pour le clergé nègre. — Puisque le nègre a pris l'habitude de considérer l’église comme le centre social et le pasteur

condaire et supérieur, mais dans cette même année 1880, sur un million de gens de couleur, il n’y avait que 1,289 élèves inscrits dans les établissements du même genre. Cela veut dire que dans les établissements d'enseignement secondaire et supérieur pour le pays tout entier, la proportion des élèves était de trois fois et demie supérieure à la proportion pour les gens de couleur. Eti 1890, le nombre des gens de couleur dans les collèges d’enseignement secondaire et les collèges universitaires avait augmenté légèrement, de 1,289 à 2,061 par million de nègres; et en 1900, les mêmes établissements avaient atteint le chiffre de 2,517 élèves par million de nègres. Mais pendant la même période, la proportion générale des États- Unis avait passé de 4,362 à 10 743 par million. Tandis que le nombre des établissements d'enseignement secondaire et des collèges universitaires pour gens de couleur avait augmenté un peu plus rapidement que la population, il était resté un peu au dessous de la proportion générale pour le pays tout entier, car il était tombé de 30 à 24 0/0 dans cette dernière proportion. Parmi tous les élèves de couleur, seulement 1 0/0 faisaient des études secondaires ou supéricures, et cette proportion est restée à peu près la même pendant ces vingt dernières années. Pour que la proportion des gens de couleur dans les établissements d'enseignement secondaire et supérieur devieñne égale à la proportion pour le pays entier, il faut que la proportion actuelle demeure cinq fois plus forte. »

comme son guide, il est essentiel qu’il y ait un clergé de couleur eultivé, pour affranchir la race des superstitions dégradantes, et l'amener à aimer la civilisation plus avancée qui l'entoure. Le clergé nègre à l'ancienne manière, illettré, sentimental, souvent immoral, et toujours ennemi du progrès, était un danger pour l'avancement moral el intellectuel de la race. Le Professeur Kelly Miller a très

bien dit, en parlant du grand nombre des nègres qui

appartiennent aux églises (2,673,977): « Il faut au moins 23,000 hommes cultivés pour pourvir aux besoins spirituels de cette multitude. C'est un des plus puissants arguments en faveur de l'éducation libérale pour les membres choisis de la race noire. N'oublions pas non plus que l'église nègre a un rôle plus large à remplir que l'église blanche. C'est pourquoi le prédicateur nègre doit être non seule-

ment le chef spirituel de son troupeau, mais encore son

guide, son philosophe, son ami (1). »

Utilité de former des instituteurs nègres. —

On a fait la remarque que le nègre ayant passé par l'Univer-. sité trouvait un vaste champ d'activité dans les écoles de

couleur du Sud. De tous côtés, on se plaint que les écoles sont mauvaises, et que les fonds publics sont gaspillés inutilement pour les entretenir, parce que le maitre de couleur est un incapable. Les réponses aux enquêtes faites auprès des « County Superintendents of Public Instruction » révelent le fait que le principal défaut du maitre nègre esl l'ignorance, et qu'il est très inférieur au maitre de race blanche. Certainement, on ne remédierait pas à ce déplorable élat de choses en restreignant les privilèges de l'enseignement accordés aux nègres. Mieux vaut les augmenter. Le Président Eliot, de Harvard Universily, à bien

(1) Kelly Miller, Education of the Negro, dans le Report of the Comunissioner of Education, 1900-1901, p. 849. Cf. The Negro Church, Atlanta University Publications, n° 8, 190%,

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dit : «Si l’on croit que les instituteurs nègres du Sud puissent être suffisamment préparés dans les écoles primaires ou primaires supérieures, ou encore dans les écoles industrielles pures et simples, je répondrai seulement : c'est là plus que nous ne pouvons obtenir dans le Nord avec la race blanche. Le seul moyen d'avoir de bonnes écoles primaires et primaires supérieures, dans le Massachusetts, est d’avoir des écoles secondaires, des écoles normales, et des collèges dans lesquels les instituteurs des écoles primaires se

Sud ; la race nègre a absolument besoin de ces facilités supérieures d'éducation. »

Nécessité de préparer des médecins nègres.

— Avant les quinze dernières années, il y avait peu de médecins nègres, et ils n'avaient pas la confiance des membres de leur propre race. Mais aujourd'hui, les gens de couleur semblent rechercher de préférence les soins des médecins nègres. Les rapports entre le médecin et le malade sont si intimes, et demandent en une certaine mesure une telle sympathie de la part du conseiller médical. qu'elle ne saurait exister si le médecin était de race blan-

eront formés, Il en doit être ainsi partout dans le

che ; le préjugé de race à lui seul combattrait son efficaeité. De plus, le médecin nègre, dans son milieu, doit avoir, plus que le médecin blanc dans le sien, un esprit de sacrifice et de dévouement ; il ne peut songer uniquement à lui, et rester impassible devant les souffrances de ses frères, car le malheur développe l'esprit de solidarité. Les statistiques montrent que le nombre alarmant des décès parmi les noirs est dû, en grande partie, à l'ignorance et au mépris des lois les plus simples de l'hygiène. C'est donc le médecin nègre qui pourra sauver la race en enseignant à son peuple les rudiments de la prophylaxie, en insistant sur la nécessilé de vivre dans de meilleures conditions sanitaires, et surtout en apprenant aux parents à soigner les jeunes enfants, el en diminuant ainsi la trop grande mortalité

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