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LES APPÉTITS ET LES BESOINS

Classificalion des inclinations. — l. Les inclinations personnelles. Des appétits : appétits naturels et appétits factices; leurs caractères. — II. Comment ils se divisent : du besoin de mouvement; usages à combattre. — III. Du besoin de respiration ; quelques règles d'hygiène. Des exercices de respiration. — IV. Du besoin de nourriture : du goût et du dégoût. Sont-ils des guides inlaillibles ? E.xamen critique de l'opinion de Spencer. — V. De l'éducation du goût. Conclusion.

Pour nous guider dans i'étude aes inclinations, il est utile de commencer par les classer. Cette tâche serait facile si nous pouvions, d'abord, distinguer nettement les inclinations vraiment primitives, c'est-à-dire antérieures à toute expérience, des inclinations qui sont nées sous l'influence des milieux ; si nous pouvions ensuite nous assurer que ces inclinations primitives se rencontrent bien chez tous les êtres d'une même espèce, et qu'elles ont une fixité telle qu'on ne saurait les confondre avec des manières d'être accidentelles et sans portée. — Mais comment se renseigner exactement sur tous ces points, étant donné surtout que nous ne pouvons nous étudier nous-mêmes dans l'enfance; que, dans l'âge mûr, nous ne gardons aucun souveuir de nos impressions premières ; qu'il est, enliu, à peu près impossible dinterpréter comme il convient les faits et gestes des nouveau-nés.

Aussi, sommes-nous exposés constamment à confondre les inclinations et les habitudes, les tendances inhérentes à notre nature et les tendances acquises sous l'action des forces environnantes.

Une classification rigoureusement scientifique est donc à peu près impossible. Toutefois, — et cela nous suffit pour le but que nous poursuivons, — nous pouvons grouper nos inclinations d'une manière méthodique, en considérant les différentes fins vers lesquelles elles nous poussent. C'est à ce point de vue que se sont placés la plupart des psychologues et des moralistes qui, depuis Shaftesbury, les ont divisées eu trois classes : eu inclinations personnelles, en inclinations sociales et en inclinations idéales : les premières qui ont pour objet notre personne physique et morale ; les deuxièmes, qui ont pour objet nos semblables, et même les autres êtres qui nous entourent; les troisièmes, qui ont pour objet le Beau, le Vrai et le Bien. — Malgré les différences de leurs objets, ces inclinations n'en sont pas moins solidaires ; en chacune d'elles, en effet, on retrouve l'être vivant avec toutes ses énergies et son aspiration générale à une vie de plus en plus intense et complète ; c'est pourquoi elles, se modifient mutuellement et se pénètrent; c'est pourquoi, également, en parlant de l'une d'entre elles, nous serons fréquemment obligés d'empiéter sur les autres, afin de mieux montrer le lien qui les unit.

Toutes nos inclinations personnelles ont leur source dans Vamour de soi, c'est-à-dire dans cette tendance qu'a tout être non seulement à persévérer dans son être, mais encore à s'approprier tout ce qui peut entretenir et accroître en lui la vie, à écarter tout ce qui menace de la diminuer ou de la

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détruire. Lorsque cette tendance se rapporte plus spécialement à la vie physique, on donne le nom d'appétits ou dHnstincts aux formes multiples qu'elle revêt, et celui de l)esoins à ces appétits eux-mêmes lorsqu'ils deviennent impérieux et demandent à être satisfaits. — Les caractères essentiels des actes que l'appétit impose sont d'être périodiques comme le mouvement vital, et nécessaires à tel point que nous ne saurions les négliger sans mettre notre existence en péril. — Des appétits ainsi définis se distinguent donc nettement les habitudes que, dans le langage usuel, on désigne sous le nom d'appétits factices. Ceux-ci, en effet, ne sont point comme les autres innés, mais acquis; leur périodicité n'est plus aussi régulière; les actes qu'ils poussent à accomplir, loin d'être toujours nécessaires au fonctionnement normal de la vie et à l'entretien delà santé, leur sont le plus souvent nuisibles; enfin, suivant une juste remarque des anciens, les appétits naturels sont, en général, faciles à satisfaire, car ils se contentent de peu, tandis que les appétits factices deviennent de plus en plus exigeants et tyranniques. Les premiers sont des maîtres que nous donne la nature, mais des maîtres qui sont en même temps des guides et des amis ; les seconds sont des maîtres que nous nous sommes donnés nous-mêmes, mais des maîtres qui fréquemment deviennent nos ennemis.

Nos appétits naturels se classent d'après les fonctions organiques auxquelles ils correspondent. De là le besoin de se mouvoir, le besoin de respirer et le besoin de se nourrir qui présentent bien tous les caractères des inclinations véritables et se manifestent dès les premiers instants de la vie. L'enfant est à peine né, que déjà il crie et s'agite, attestant par ces gestes et ces cris son impérieux besoin d'exercice. C'est

par l'exercice, eu efïet, qu'il pourra développer ses forces, assouplir ses muscles, apprendre à se servir de ses organes et eu dresser peu à peu la carte topographique qu'il ignore. Fendant les premiers mois, les premières années même de sa vie, ce besoin ne fera que grandir ; aussi notre premier soin doit-il être de veiller à ce qu'il soit le moins possible contrarié et gêné. Il est vrai que beaucoup de mères conçoivent différemment leur devoir et semblent croire que leurs enfants se développeront d'autant mieux qu'ils seront plus longtemps condamnés à rester immobiles. Gomment expliquer autrement ces pratiques dignes des peuples barbares, que l'on retrouve encore dans presque toute la Russie et dans beaucoup de localités françaises où l'on voit de malheureux bébés, soumis dès leur naissance, à de véritables tortures : il faut, d'abord, que le patient, trop faible pour s'en défendre, soit bien enveloppé dans un ou plusieurs langes, les jambes droites, fortement serrées l'une contre l'autre, et les deux bras fixés au corps, comme ceux du soldat au port d'armes ! — Puis sur ces langes on enroule un maillot, relié de bas en haut par une solide lisière et, le paquet ainsi formé, on dépose le tout dans un berceau à œillets ou passent et repassent des lisières et des lisières encore... afin que le pauvre petit être momifié ne puisse faire le moindre mouvement ! — Tel est le premier apprentissage de la vie... et de la liberté que quelques-uns d'entre nous font encore faire à leurs fils et à leurs filles. Quand ils sont hors du berceau, c'est un supplice d'un nouveau genre; les mères, trop occupées, les déposent dans de maudites chaises dont un barreau mobile ferme soigneusement l'entrée, et là, pendant de longues heures, il faut rester prisonnier, le corps tassé sur lui-même. A ce régime, il n'est pas surprenant que tant d'enfants se déforment, s'étiolent et s'anémient ; ce qui est surprenant, au contraire, c'est que le nombre des impuissants et des infirmes ne soit pas plus étendue

(d) Voyez sur le besoin d'exercice, ch. xxiii, Du Jeu.

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L'instinct de la respiration nous porte non seuionient à accomplir les mouvements nécessaires pour que les poumons fonctionnent régulièrement, mais encore à rechercher les endroits où l'air est pur et à fuir ceux où il est rare et vicié. Les indications qu'alors il nous donne ne diffèrent donc en rien de celles que, plus tard, l'hygiène nous fournira. Aussi importe-t-il de ne les point dédaigner, surtout lorsqu'il s'agit de nos enfants dont l'organisme n'est point encore formé. Beaucoup d'entre eux se traînent, faibles et débiles, qui seraient robustes et vigoureux s'ils avaient pu jouer et dormir ailleurs que dans des réduits étroits et souvent mal aérés'. Dans bien des cas, sans doute, il n'en faut accuser que la misère des parents : il est si difficile aujourd'hui, principalement dans nos villes, à un ménage d'ouvriers de se procurer un gîte suffisamment spacieux et salubre! Mais que de fois ces conditions fâcheuses sont aggravées par l'ignorance, l'incurie et la sotte tendresse des mères ! Elles sont nombreuses celles qui, chaque soir, portes et fenêtres bien closes, par crainte de maux imaginaires, ensevelissent leurs bébés dans les replis des rideaux, afin d'être bien sûres que nul souille importun ne viendra les effleurer.

Comment, dans de telles conditions, la respiration pourrait-elle s'effectuer d'une manière profitable, puis(iue l'air, ne se renouvelant plus, se vicie lentement? Les mômes effets se produisent lorsque, dans l'appartement habité, ou laisse, s'accumuler odeurs et parfums de toutes sortes que le moindre souci de la propreté devraii faire disparaître; mais

(1) Les renflements scolaires exigent que, dans les salles de classes, il y ait une surface de un mètre carré par élève, avec une haiiteur de 3 m. 30 à 4 mètres. Ils recommandent, en outre, de veiller à ce ciue l'air se renouvelle iVciiiieniineut.

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il semble qu'ici tout couspire à reudrc le mal irrémédiable, car l'odorat peu à peu s'émousse et ne uous avertit plus du daûger qui uous menace. ÎI n'y a, par conséquent, qu'une règle de conduite à suivre, — règle dont l'importance ressort de tout ce qui précède, — c'est de veiller à ce que nos enfants vivent le plus possible au grand air. — On a reconnu, de nos jours, que le moyen le plus sûr de guérir les malades dont les poumons sont atteints, consiste dans un séjour prolongé loin des villes, soit sur les grèves, soit sur les montagnes où le corps tout entier baigne en quelque sorte dans une atmosphère pure de tout germe infectieux ; or, si l'air pur est assez puissant pour combattre un mal si redouté, même lorsqu'il a fait des ravages, comment ne serait-il pas assez puissant, dans bien des cas, pour l'empêcher de naître? — Il est malheureusement vrai que tous nos bébés ne peuvent habiter les grèves et les montagnes et que, dans nos demeures, l'air pur est parcimonieusement mesuré; c'est pourquoi il nous faut saisir toutes les occasions qui se présentent de les conduire à la campagne ; peut-être même serait-il bon alors, comme beaucoup d'hygiénistes nous le conseillent, de les habituer à faire des <t exercices de respiration ». Ces exercices consistent à inspirer lentement, longuement, jusqu'à ce que l'air ait complètement rempli les poumous, puis lentement, très lentement encore, à le laisser s'échapper des lèvres. Répétés plusieurs fois, ces exercices, qui sont d'ailleurs fatigants, offrent de précieux avantages. Ils permettent, d'abord, de vivifier, jusque dans leurs plus intimes profondeurs, les organes de la respiration ; en outre, ils assouplissent et fortifient les muscles; enfin, service d'un ordre tout différent, en nous apprenant à diriger notre souffle, ils nous rendent plus aptes à prononcer d'une manière nette et distincte. S'ils étaient plus communément pratiqués, les défauts de prononciation seraient beaucoup moins fréquents.

Non moins nécessaire et non moius impérieux que le besoin de respirer, est celui de se nourrir. Ce besoin, qui se traduit par la soif et par la faim, a pour guides, et eu quelque sorte pour sentinelles protectrices, deux éclaireurs précieux : le goût et le dégoût. Ce sont eux qui interprètent les données de nos sens, et, notamment, les odeurs et les saveurs, et qui nous poussent, l'un, à nous approprier les aliments utiles; l'autre, à nous écarter des aliments dangereux. Il semble, toutefois, que le rôle le plus actif soit dévolu au dégoût dont les efïets se manifestent souvent par des vomissements, des nausées et des répulsions si violentes que nous ne pouvons les vaincre. Et c'est alors, surtout, qu'il est un guide inappréciable, car ne fallait-il pas que, même par des avertissements pénibles, — les seuls d'ordinaire efficaces, — il pût nous détourner des mets dangereux pour la santé et pour la vie?

Chez les animaux sauvages, le goût et le dégoût sont à peu près infaillibles, et il faut que les tortures de la faim soient bien fortes pour qu'ils se laissent tromper. Il en est à peu près de même chez nos animaux domestiques dont la nourriture est peu variée : les herbivores, par exemple, dans les champs où ils paissent, savent reconnaître sans peine, au milieu des herbes vénéneuses, les plantes qui leur conviennent et, plus d'une fois, les hommes ont mis utilement cet instinct à profit. Les tout jeunes enfants, tant que leur goût n'a point été faussé et tant qu'on ne leur a poiut douné d'appétits factices malsains, discernent également, d'instinct, ce qui leur est utile et le discernent avec une grande sûreté, comme le font les adolescents qui mènent une vie régulière. C'est pourquoi, suivant Spencer, « non seulement il existerait de fortes raisons a prio>i pour se fier au goût des enfants.

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mais tout autre guide ne saurait être suivi avec confiance ». La science et l'expérience ne le prouvent-elles pas, d'ailleurs, clairement chaque jour ? Ainsi la plupart des parents font une guerre soutenue au goût qu'ont leurs enfants pour les sucreries et les fruits verts ; ils ne peuvent les voir, sans colère, mordre à belles dents dans quelque pomme non mûre, ou se faufiler près des groseillers du jardin ; or, la science nous apprend que les aliments sucrés jouent un rôle important dans le développement de l'organisme et que les fruits, même verts, sont des toniques excellents. L'excès seul serait à redouter ici. De plus, l'expérience nous montre, à son tour, que les excès produits par la gloutonnerie ont presque toujours leur cause dans la défense même des parents et dans les privations qu'ils imposent. C'est pourquoi Spencer n'est pas éloigné de penser que nous devrions toujours laisser l'enfant manger à sa faim et boire à sa soif; manger et boire ce qui lui plaît. En revanche, nous devrions apporter le plus grand soin à lui procurer, le plus possible, des aliments substantiels, et à les varier, comme le goût l'exige, afin d'éviter la satiété.

Nul doute que ces protestations de Spencer et les conseils dont il les fait suivre, n'aient contribué à détruire beaucoup de préjugés fâcheux ; mais nous croyons, aussi, qu'il serait dangereux d'attribuer à ces conseils une valeur excessive et de les mettre en pratique d'une manière trop fidèle. Si la finalité du goût et du dégoût parait incontestable et, d'ailleurs, n'est plus guère contestée, il faut pourtant reconnaître que, dans bien des cas, soit par suite des tendances héréditaires, soit par suite d'habitudes contractées dès les premiers jours de la vie, ils peuvent n'être plus que des guides suspects dont les indications doivent être contrôlées. Ne savons-nous pas, par exemple, que certains babies anglais, dont les mères, chaque jour, abusent du Avhisky, refusent énergiquement le sein quand leur nourrice, par hasard, a négligé de suivre son TuoM.iS. L'éducat. des sentim. 6

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régime ordinaire? Avec la plupart des physiologistes coutemporaiûs, ou peut et l'on doit admettre, en thèse générale, que l'enfant apporte en naissant des prédispositions toutes particulières à aimer ce que ses parents ont aimé, et que des fils d'alcooliques seront beaucoup plus exposés que d'autres, si Ton n'y veille, à devenir alcooliques à leur tour. Que de fois encore ne remarquons-nous pas chez nos bébés des goûts étranges, antinaturels, inexplicables! Il en est qui semblent trouver à la terre une saveur délicieuse, et je connais une fillette qui se délecte en cachette, avec les poignées de gros sel qu'elle a dérobées à la cuisine. Enfin nous n'avons qu'à évoquer nos propres souvenirs pour savoir à quels périls le goût parfois nous aurait exposés, sans la surveillance prudente de nos parents. Avec quel bonheur, après une course très longue, essoufïlés, couverts de sueur, nous buvions de l'eau bien fraîche, au sortir de sa source! De même, quand la fièvre nous dévore, combien nous serions reconnaissants à ceux qui nous entourent, s'ils nous apportaient quelque breuvage glacé et satisfaisaient à nos caprices de malades ? Dira-t-on que le goût est ici un guide infaillible? Notre devoir est donc de le surveiller, de le discipliner, de le régler chez nos enfants, et cela même dès les premiers jours de la vie.

Toutes les mères qui ont encore assez le sentiment de leur devoir pour nourrir elles-mêmes leurs enfants, lorsqu'elles le peui-ent, savent, par expérience, à quel point ces petits démons qu'elles adorent deviennent vite tyranniques et gloutons, si l'on n'y preud pas garde. Régulariser leurs repas est donc de l'intérêt de tous, et, sur ce point, la science et le bon sens tiennent le même langage... d'ailleurs peu écouté. Nous croyons qu'il faut procéder de la même manière avec nos enfants plus âgés. N'oublions pas, eu effet, que si la gourmandise naît quelquefois de privations endurées, elle naît bien plus souvent des appétits satisfaits, et ces appétits, les

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mères les satisfont avec une complaisance presque coupable. De là tous ces petits Gargantua dont l'estomac est insatiable; de là aussi tous ces enfants gâtés qui semblent n'être sensibles qu'aux friandises qu'on leur promet.

Si, pour toutes ces raisons, il importe de surveiller les goûts des enfants, il importe, pour des raisons non moins sérieuses, de surveiller leurs dégoûts. Il en est, eu efïet, de deux sortes : les uns qui viennent du tempérament et de la constitution même de l'enfant. Les autres qui viennent de causes purement accidentelles et de caprices. Or, il convient de ne les point confondre. Les premiers ne sauraient être impunément violentés, car ce qu'ils repoussent est réellement nuisible à la santé. Ils ne sont point rares les cas d'enfants qui, après avoir mangé sans s'en apercevoir, par suite d'une supercherie des parents, un aliment dont ils ont habituellement dégoût, se sentent pris tout à coup de violents malaises et manifestent tous les symptômes d'un empoisonnement. Lorsque les dégoûts ne sont qu'accidentels, — et ce sont les plus nombreux, — il n'en est plus de même; il faut absolument les combattre, dans l'intérêt de ceux qui les possèdent, et aussi dans notre propre intérêt : ils sont si désagréables ces convives que rien ne peut contenter ! Maintenant, par quels moyens pourrons-nous y réussir? Beaucoup sont préconisés, mais le plus efficace, croyons-nous, est encore la douceur et la persuasion : imposer à un bébé l'obligation de prendre le mets qui lui répugne, c'est souvent rendre sa répugnance plus invincible. Faisons-lui plutôt comprendre combien sa résistance est peu raisonnable ; qu'en cherchant à la surmonter, il nous fera plaisir; choisissons, pour agir ainsi,

les moments les plus opportuns, ceux où il a besoin de se faire pardonner quelque faute, ceux aussi où la faim le presse : notre suggestion agira ainsi plus sûrement et il est probable que nous réussirons.

Mais, s'il est sage de lutter contre ces défauts lorsqu'ils sont nettement accusés, il serait plus sage encore de les empêcher de naître. Or, il faut bien reconnaître que souvent c'est nous qui les provoquons. Bébé n'aime point le potage, parce que son papa n'en prend jamais. Maman a horreur des ligues; et les figues font horreur à Bébé! — N'est-ce point encore une habitude déplorable que celle des parents qui veulent faire goûter à leurs enfants de tout ce qui paraît sur la table. On en voit même s'extasier sur la gentillesse du «petit homme» qui a bu, sans sourciller, le vin ou la liqueur versée dans le verre de son père! Comment sétouuer, après cela, des goûts fâcheux que nous déplorons plus tard?

Ces simples faits nous expliquent la conduite des parents qui écartent les enfants de la table de famille. Mais c'est là une exclusion qu'il serait peut être dangereux de généraliser. Jusqu'à l'âge de deux ou trois ans, nous ne voyons guère quel avantage il y a pour l'enfant à se trouver à la table commune; nous voyons très bien, en revanche, le désordre qu'il y cause, et les ennuis qui en résultent pour tous'. — Dès l'âge de trois ans, au contraire, il peut, en la compagnie de ses parents, à l'heure du repas, trouver plaisir et profit. Il est si facile, à ce moment, d'une manière discrète, à un père et à une mère intelligents, de lui donner une foule de conseils et d'exemples bous à imiter. Ce que nous demandons c'est que l'on ne condamne pas ces enfants à séjourner trop longtemps à table. Comment obtenir d'eux qu'ils restent paisibles et se tiennent d'une manière convenable pendant trois quarts

(1) Voyez les iatéressauts conseils que doune Bernard Perez. lùhicnlion morale, p. 122 et suivantes. Félix Alcan, éd.

d'heure, une heure et plus! De grâce, sougez davantage à leur âge, et rendez-les le plus vite possible à leurs jouets.

En résumé, il faut veiller à ce que nos enfants aient des goûts simples et sachent se contenter du nécessaire.

Efforçons-nous, à mesure qu'ils grandissent, de leur faire comprendre à combien de malaises et de chagrins nous assujettissent les appétits factices et combien aussi ils sont coûteux. L'homme n'est pas seulement riche des richesses qu'il possède ; il est riche également de toutes celles dont il n'a pas besoin.

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