‹ L'éducation des sentimentsChapitre 19 sur 60 · LE BESOIN D EMOTIONS ET LA CURIOSITE · texte numérisé non relu

LE BESOIN D EMOTIONS ET LA CURIOSITE

tout ce qu'on peut obtenir du penchant qui uous'occupe, lorsqu'il est éveillé au moment opportun et sagement guidé. Examinons donc rapidement comment il est possible de bien lutiliser. »

Notre premier soin doit être de chercher à découvrir l"àme même de l'enfant à travers les manifestations de sa curiosité : elles sont, en effet, des indices précieux sur ses aptitudes et ses goûts. En outre, que de réflexions utiles nous peuvent suggérer ses étonnements subits et ses questions incessantes. « Je croirais volontiers, disait Locke, qu'il y a plus à apprendre dans les demandes inattendues des enfants que dans les discours des hommes faits, qui tournent toujours dans le même cercle d'idées, qui obéissent à des croyances d'emprunt et aux préjugés de l'éducation. »

En second lieu, s'il est vrai que, sans curiosité, il ne saurait y avoir ni instruction, ni éducation possibles, il est vrai également que le maître doit s'ingénier à la tenir en éveil par les mille moyens dont il dispose, soit en variant ses leçons, soit en laissant sans réponses les questions intéressantes qu'il provoque, soit en recourant au défi qui stimule les intelligences et les incite à la recherche, soit en interrompant une explication commencée pour laisser à chacun le temps de réfléchir par soi-même, soit, enfin, en faisant ressortir l'importance d'un problème posé et le mérite qu'où aurait à le résoudre ; mais sur tous ces points, tout a été dit, et bien dit depuis longtemps '. Nous voudrions donc insister

(1) J.-J. Rousseau nous donne cet excellent conseil : « Rendez votre élève attentif aux phénomènes de la nature, bientôt vous le rendrez curieux ; mais, pour nourrir sa curiosité, 7ie vous hâtez jamais de la satisfaire. Mettez les questions à sa portée et laissez-les lui résoudre. Qu'il ne sache rien parce que vous le lui avez dit, mais parce qu'il l'a compris lui-même ; qui) n'apprenne pas la science, qu'il l'invente. »

110 l'éducation de? sentiments

de préférence sur les dangers que peut oiïrir la curiosité lorsqu'elle est dirigée par une maiu malhabile.

Nous signalerons, en premier lieu, le danger qu'il y aurait à exciter outre mesure et sur trop de sujets à la fois, la curiosité des enfants : Tàme qui s'ouvre ainsi de tous les côtés épuise son énergie et n'acquiert aucune connaissance préci'se et solide ; « elle laisse tout perdre et ne garde rien ». On a constaté que cet instinct de la curiosité grandissait à mesure que les enfants se sentaient plus libres de nous interroger sur les questions qui les embarrassent; veillons donc à ne pas laisser dégénérer cette liberté en licence, et évitons de répondre toujours et immédiatement quand ils s'adressent à nous. Profitons plutôt de leur désir de savoir pour les amener à réfléchir par eux-mêmes, à faire effort pour résoudre la difficulté dont ils s'occupent, et nous contribuerons ainsi à discipliner leur intelligence et à hâter l'éducation de leur volonté.

En second lieu, ce qui doit nous préoccuper sans cesse, c'est de ne point provoquer chez les enfants qui nous sont confiés de curiosité malsaine. Une parole imprudente, une allusion inconsidérée pourraient avoir les résultats les plus fâcheux. Noublions pas que nous nous adressons à des enfants, et non à des hommes : quil y a des choses qu'ils doivent ignorer, et dont, eu aucun cas, nous ne sommes autorisés à les entretenir. « Le plus grand respect, disaient les anciens, est du à l'enfance » : c'est là une maxime de haute sagesse et que nous devons avoir toujours présente à l'esprit. Que de fois des propos légers et mal compris sont devenus le point de départ des suggestions les plus funestes et les plus tyranniques !

Maintenant, devons-nous répondre à toutes les questions qui nous sont faites, et comment devons-nous y répondre? Ce problème est des plus délicats et je doute qu'il soit possible de le résoudre d'une manière absolue et de donner

Page 1