LE BESOIN' D EMOTION ET LA CURIOSITE
des règles qui s'appliquent à tous les cas. Certains moralistes, il est vrai, nous disent que nous ne saurions hésiter un instant et qu'il faut toujours répondre exactement et sans détours. — L'enfant finira bien par connaître un jour ce qui Fst ; dès lors à quoi bon le tromper ? Peu importe qu'il connaisse un peu plus tôt ou un peu plus tard la vérité ! — Nous croyons, au contraire, que cela importe beaucoup, car une foule de choses sont sans danger pour l'homme mûr ou pour l'adolescent, qui seraient très funestes à l'enfant. — Faudrat-ildonc mentir? Je ne le crois pas, carie mensonge est toujours un mauvais moyen d'éducation. Mais u'est-il pas possible de sortir d'embarras autrement? — Les moralistes qui ont le mieux étudié les enfants nous donnent à ce sujet des conseils que nous nous bornerons à rappeler : le premier est de détourner, quand il se peut, l'esprit du questionneur indiscret vers d'autres idées qui l'intéressent. Le procédé est, d'ailleurs, d'une application relativement facile, étant donnés la mobilité de l'enfant et les caprices bien connus de son imagination. Ou substitue ainsi une préoccupation à une autre, et le péril est écarté. Le second est d'imiter la conduite du médecin en présence du malade. Avec quelle habileté il sait' voiler la vérité sous quelques mots bien savants et soûs quelques explications très abstruses ! Il n'a point trompé le patient ; mais celui-ci est satisfait. Plus d'une fois, sans doute, les maîtres ont dû agir comme lui, en faisant remarquer à l'enfant, si celui-ci paraissait surpris, qu'il était trop jeune encore pour pouvoir tout comprendre...
Il est des cas, cependant, où la curiosité doit être impitoyablement combattue; c'est quand elle est inspirée par un motif désavouable. Il est évident que, dans certains cas, elle n'a rien de commun avec le désir de s'instruire. Ce n'est, comme le remarque Bain, « qu'un mouvement d'égoïsme, un désir de déranger, de se faire écouter et de se faire servir ». L'enfant tient à ce qu'on s'occupe de lui. Lui donner satisfac-
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tiou, alors, ce sérail plus que de la faiblesse, car ou eucouragerait son défaut. Dautres fois, — et le cas est plus grave, — la curiosité a sa source dans la malignité, dans la jalousie, dans une sorte de penchant mauvais pour le scandale et les propos méchants; c'est elle qui pousse certains enfants à écouter aux portes, à se glisser auprès des grandes personnes pour surprendre leurs paroles, parfois même à lire des lettres oubliées par mégarde et qu'ils devraient respecter. Ces enfants sont rares, sans doute, mais ils existent et nous en connaissons. Inutile de dire, croyons-nous, que chercher à les excuser ou simplement fermer les yeux sur leur faute, serait manquer à tous ses devoirs d'éducateur ; nous deviendrions leurs complices. Il convient, au contraire, de manifester hautement son indignation et de sévir avfic rigueur. Nous voulons des esprits ouverts, curieux de tout ce qui peut utilement les instruire, mais nous voulons avant tout des âmes probes et loyales.