L'AMOUR DE L'INDÉPENDANCE
!. Ses premières manifestations. L'entêtement. Le désir de la domination. — IL Son importance. Son rôle dans la vie. — 111. Moyen d'en empêcher les déviations. Ne pas trop critiquer. — IV. L'art de se faire obéir.
Dès que la volonté s'éveille, elle se manifeste par une réaction plus ou moins violente contre tout ce qui tend à l'asservir et par un effort spontané pour rester maîtresse d'elle-même.
« Le vertige, la fringale d'indépendance, comme on l'a judicieusement observé S éclate dans le premier mot qui sort de la bouche des tout petits. Que dis-je? dans le premier geste. Longtemps avant d'articuler le « oui » ceux qui sont assis dans les berceaux, avec une médaille au cou, des boucles blondes et des chaussons de laine, disent « non », Ils le disent énergiquement, furieusement, de toute leur tète secouée, quand on leur propose de fermer les yeux sur les belles apparences de ce monde :
— Fais dodo...
— Non!
Ils le disent quand on les sollicite de renoncera la douceur du lait pour goûter, au bout de la cuillère, à la panade, artifice de l'homme.
— Non ! »
(1) Hugues Le Roux, ÏHO.MAS. L'éducat. des sentirc. °
114 L ÉOrCATlOX DES SENTIMENTS
Ainsi, l'enfant ne peut encore rien par lui-même; son activité s'est à peine dégagée des ombres de l'inconscient où elle sommeillait, et déjà sa petite individualité se montre et s'affirme. Il s'irrite contre tout ce qui contrarie ses désirs, résiste à ceux qui le dirigent et volontiers s'impose ; par toutes ses paroles et tous ses actes, il semble nous dire : «Je suis quelqu'un... « et en être bien persuadé.
Et cet amour de l'indépendance, les tout petits ne sont pas les seuls à le ressentir et à le défendre. 11 est tout aussi manifeste et, parfois, tout aussi exigeant chez leurs aînés. Comment expliquer autrement la résistance qu'ils opposent à nos conseils? leurs préférences pour les exercices et les jeux quils ont choisis eux-mêmes]? leur aversion pour tout ce qui les entrave et les gêne? — En rendre compte uniquement par le malin plaisir de nous faire de la peine, serait gratuitement leur prêter des sentiments mauvais que, d'ordinaire, ils n'ont pas.
Le désir d'être son maître et de n'agir qu'à sa guise, peut devenir si exclusif et si vif, qu'il provoque, chez certains enfants, des entêtements inouïs que l'on ne saurait vaincre ni par la menace, ni par la force : — Au retour d'une excursion dans la campagne, une fillette de nos amies, âgée de cinq ans, refusa tout à coup de nous suivre, pour rester à cueillir des fleurs auprès d'un ruisseau. Bien que la nuit fût proche, sur les instances de la mère, on lui permit de faire un bouquet, puis deux, mais il fallut partir. — Nouveau refus de la fillette, plus obstiné que le premier; ses parents la prient, la menacent... rien ne la touche. Nous la quittons en déclarant que nous l'abandonnons tout à fait. Elle ne s'effraye pas de rester seule. Alors le père revient sur ses pas, la saisit et l'emporte. Elle se débat mais sans crier. — Nous étions arrivés depuis quelques minutes déjà à la maison, et ce petit incident était oublié, lorsque la mère s'aperçut que sa fillette n'était plus là. On l'appelle, on la cherche partout,
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sans succès; elle s'était glissée par la porte eutr'ouverte et fuyait à toutes jambes vers la prairie que nous avions quittée.
De tels exemples, heureusement, sont rares, et cependant combien d'élèves, dans nos écoles, petites et grandes, dont la conduite n'est guère plus sage? Combien d'hommes même, malgré les avis qu'on leur donne, peut-être à cause de ces avis, se butent à leur résolution première, y reviennent quand on les en écarte, aveuglés, obstinés, sans le moindre souci des dangers qui les menacent! Ce qu'ils veulent avant tout, c'est agir à leur tête. Ils le font et souvent... font mal.
Cet amour, « ce vertige d'indépendance » se complique généralement du désir de la domination'. Il ne nous suffit pas de n'obéir qu'à nous-mêmes, nous voulons que les autres nous obéissent ; d'être maîtres de nos actes, nous voulons que notre maîtrise s'étende au dehors, sur nos seniblables, sur les animaux, voire sur les choses inanimées. Que cette tendance s'exagère, et nous devenons bien vite insupportables à tous, oubliant toute justice et toute bonté.
Par crainte de tels excès, devons-nous donc partout, dans la famille et à l'école, étouffer le sentiment qui leur donne naissance? — Ils n'étaient point éloignés de le penser, sans doute, les maîtres dont nous parle Montaigne et pour lesquels l'éducation était surtout un « dressage >; mais, nous doutons qu'à notre époque ils aient encore des disciples. « Si votre enfant, écrit Spencer, était destiné à vivre esclave, vous ne pourriez trop l'habituer à l'esclavage dans son enfance; mais puisqu'il sera tout à l'heure un homme libre, qui n'aura plus
(1) Voj'ez sur cet instinct, ch. xxin : Du Jeu.
personne auprès de lui pour diriger sa conduite journalière, vous ne pourrez trop l'accoutumer à se diriger lui-même, pendant qu'il est encore sous vos yeux. » — « Il n'y a qu'une éducation, dit dans le môme sens et sous nue forme plus explicite encore, un maître contemporain, qui convienne à un pays libre : c'est celle qui fait des hommes libres. » Or, comment pourrions-nous faire de tels hommes, si nous nous appliquons à étouffer en eux les germes de toute liberté?
Nos enfants auront, un jour, au milieu de toutes les compétitions et de toutes les rivalités à lutter pour la vie et à conquérir eux-mêmes leur place au soleil; il est donc nécessaire qu'ils aient conscience de ce qu'ils valent pour ne point se laisser écraser dans la mêlée et pour défendre leurs droits.
Ils auront, après leur départ de l'école et de la famille, toute liberté de croire ce qui leur semblera juste et d'embrasser de plein gré tel ou tel parti religieux ou politique : il est donc indispensable qu'ils contractent, tant qu'ils sont près de nous, l'habitude de penser par eux-mêmes, afin de n'être point les victimes de tous les sophistes qui se placeront sur leur chemin. Celui-là n'est pas vraiment un homme libre, mais un esclave, dont le cerveau, comprimé dès l'enfance, n'a jamais reflété que les doctrines de ses maîtres, sans en discuter le bien fondé : « Comment pourrions-nous, écrit justement Jules Simon, réclamer la liberté de penser, de parler et d'agir pour des êtres en qui n'est libre, ni la parole, ni la pensée? »
Nos eufants auront, en outre, des devoirs civiques à remplir auxquels le pays entier est intéressé; mais comment les rempliront-ils s'ils ne savent résister aux suggestions de toutes sortes qui leur viendront du dehors, et s'ils sont incapables, le moment venu, de se ressaisir, de parler, de voter et d'agir en hommes indépendants qui ne refusent point évidemment les conseils, mais qui n'obéissent, en dernière analyse, qu'à leur seule conscience?
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Donc, vouloir étoufïer l'amour de l'iDdépeadaiice, — et Dous entendons par là, ce besoin qu'a chacun de nous de penser par soi-même ; de puiser dans sa raison les motifs qui le déterminent, d'agir, non point conformément à l'opinion commune, conformément à un mot d'ordre, mais conformément à ce qu'il juge honnête; d'être en un mot quelqu'un,
— ce serait enlever à nos enfants toute originalité, tuer en eux l'esprit d'initiative, si précieux et si fécond : ralentir leur ardeur au travail, détruire ce qu'ils ont de meilleur; en un mot, travailler à en faire, non des personnes, mais des choses.
— Aussi, l'unique question est-elle de savoir, non point comment nous combattrons ce sentiment pour l'anéantir, mais bien comment nous pourrons éviter qu'il ne s'exagère, le redresser quand il est faussé, le fortifier lorsqu'il faiblit, tout en conservant l'autorité nécessaire aux parents et aux maîtres pour mener leur œuvre à bonne fin.
Lorsque l'amour de l'iiulépendance se traduit par l'un de ces entêtements inexplicables, que ni la raison ni le sentiment ne peuvent vaincre, il n'existe, je le crains bien, dans la famille, d'autre remède efficace que celui dont fit usage le père de notre petite amie qui transforma les fleurs cueillies par sa fillette en redoutable martinet. — Ce moyen n'est plus, il est vrai, — et nous ne devons pas le regretter, — à la portée des maîtres de nos écoles; aussi, quand des faits analogues, se produisent, u'ont-ils d'autre ressource que d'appeler les parents à leur aide. Il serait bien étrange si tant d'efforts réunis ne venaient pas à bout même des plus mutins.
Nous croyons, d'ailleurs, que, dans la plupart des cas, la résistance opiniâtre que les enfants nous opposent leur est
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nioius imputable qu'elle ne l'est à nous-mêmes, car nous faisons tout ce qu'il faut pour la provoquer. — Nous la provoquons, parfois, en heurtant de front, à tout propos et d'une manière systématique, les habitudes, les goûts et les besoins des enfants, uniquement préoccupés d'obtenir d'eux l'obéissance, et l'obéissance à tout prix. — Qu'ils comprennent ou non la légitimité de nos ordres et l'excellence de notre discipline, peu importe : un jour viendra où tous nous rendrons pleine justice, quand ils sauront entendre le langage de la raison. — Eh bien! nous n'hésitons pas à condamner une semblable méthode, car ses résultats ne peuvent être que funestes. Avant que nos enfants puissent nous rendre justice, ils nous accusent et nous prennent en aversion ; toutes leurs tendances contrariées, révoltées, instinctivement se rebellent contre nous et se faussent. Ils s'habituent à voir dans l'autorité qui se montre si peu aimable, une ennemie, et il est fort à craindre que cette opinion leur reste pendant la vie entière. Nous provoquons encore la rébellion lorsque, sans commander d'une manière aussi tyrannique, nous commandons cependant d'une manière irritante et capricieuse, multipliant les ordres et les contre-ordres, réglementant tous les actes, peut-être par excès de bonté, — ne pouvant nous résoudre à voir nos enfants, un peu libres, trotter allègrement devant nous, la bride sur le cou. C'est une véritable persécution qui les poursuit, à la promenade, au jeu, à l'étude, partout ! Qui n'a entendu mille fois ces avertissements de la mère et du maître : « Pierre, ne va pas si vite; Pierre, ne monte pas sur le trottoir; Pierre, redresse toi; Pierre relève ton pantalon... » ou encore : « Pierre, vousne suivez pas; Pierre, vous causez; Pierre, étudiez votre leçon... » — Et le malheureux petit Pierre a assezà faire d'obéir aux avis qu'on lui donne... ou de leur désobéir, dominent d'ailleurs ne serait-il pas fatigué, obsédé de toutes ces i-ecommandations, et comme l'on conçoit le plaisir qu'il éprouve à s'échapper, dès qu'il le peut.
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et à redevenir lui-même ! — Supposez maintenant que, par suite de la multiplicité même de ces ordres et de ces conseils, nous en arrivions à nous contredire, — ce qui est facile, — ou encore, à céder trop aisément à la moindre résistance, — ce qui est fréquent, — et nous avons justifié les entêtements et la désobéissance dont nous nous plaignons '. Enfin, nous aboutissons au même résultat par des moyens contraires, lorsque, dans un sentiment de respect exagéré pour l'indépendance des enfants, nous les abandonnons à euxmêmes, libres d'agir à leur guise. Ne sont-ils pas nombreux, trop nombreux même de nos jours, les parents qui, fidèles à cette méthode, se laissent conduire par leurs fils et leurs filles bien plus qu'ils ne les conduisent, n'osant ni leur donner un ordre, ni les réprimander, ni les punir ? Ils veulent faire des hommes indépendants, et ils ne s'aperçoivent pas qu'ils préparent simplement des paresseux, indisciplinés, peut-être des révoltés. — Dans une classe, de semblables procédés conduiraient vite à l'anarchie. Rappelons-nous le saisissant tableau que nous trace Tolstoï de son école modèle d'Yasnaïa Poliana. « Les élèves s'assoient où bon leur semble, sur les bancs, sur les tables, sur l'appui de la fenêtre, sur le plancher, sur le fauteuil. » — Qu'ils se bousculent, se querellent, s'occupent de la leçon ou se livrejit au jeu : nulle contrainte, nulle voix grondeuse, nul châtiment en perspective ! Et c'est sur cette liberté même, sur cette absence de règle que compte précisément Tolstoï pour obtenir l'amour de l'étude. Les enfants travailleront d'autant mieux qu'ils travailleront de bon cœur : aussi, nous dit-il, n'est-il pas rare que le maître et les élèves se laissent entraîner, et que la classe, au lieu d'une heure, se continue trois heures du-
(1) J.-P. Rirhter raille ainsi les moyens dont nous nous servons souvent, dans la famille, pour élever nos enfants : « Le père, dit-il, c'est l'arlequin italien avec des ordres dans la main droite et des contre-ordres dans la main gauche. La mère, c'est le géant Briarée aux cent bras et des papiers sous chaque bras. »
rant. » — Si Tolstoï a pu retenir ainsi ses élèves aussi lougtemps, c'est que ces élèves étaient des enfants crélite; dans la plupart de nos classes à nous, nous pouvons affirmer qu'ils auraient été moins... patients'.
Il n'est donc pas plus permis au maître d'abdiquer son pouvoir, qu'il ne lui est permis d'en faire un mauvais usage. Il faut quïl ait de l'autorité sur ceux qu'il dirige; il faut qu'il sache et qu'il puisse sen faire obéir, sinon il manque à sa mission. Toute la difficulté est de savoir comment il y parviendra, sans porter une atteinte fâcheuse à la liberté des enfants.
Cette difficulté, que souvent on exagère, nous paraîtrait moins grande, peut-être, si nous réfléchissions d'abord aux conditions qui nous rendent à nous-mêmes l'obéissance facile. — Or, c'est un fait d'expérience, que nous n'obéissons volontiers qu'à ceux qui ont su gagner notre affection et notre respect, qui se sont imposés à nous par leur bonté, leur
(1) Pestalozzi lui-uiême qui, pourtant, a si peur d'entraver la liberté de ses élèves, reconnaît qu'il est des « cas pressants dans lesquels la liberté de l'enfant ferait sa perte et que, même dans les circonstances les plus favorables, il est nécessaire parfois de contrarier sa volonté. » C'était aussi la pensée de notre maître. M. Marion, dont la doctrine est si souvent dénaturée par ceux qui ropprecient sans la connaître. Nul ne s'est élevé plus fcnlcuient que lui contre les maîtres <■ faibles qui ont de lâches complaisances » pour leurs élèves et qui hésitent à sévir lorsqu'il le faut. « La discipline libérale, écrivait-il, c'est-à-dire celle qui laisse à l'enfant le plus d'initiative possible et respecte en lui l'être libre qu'il est et surtout qu'il peut et doit devenir, suppose des enfants sensibles aux moyens délicats. » — Mais tous les enfants sont-ils sensibles à ces moyens ? — C'est alors envers ceux qui ne le sont pas que lautorilé doit se montrer • ferme et sans complaisances ». — « A tout âge. remarque M. Compayré. et dans toutes les conditions, l'homme aura toujours à obéir à ses chefs sous les drapeaux et dans l'atelier, à la loi et à ses représentants dans la société »; il importe donc que dès l'enfance il fasse l'apprentissage de l'obéissance, de celle du moins qui n'avilit jamais.
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dévouement, leur équité. — Malgré le vif amour que uous avons tous de notre indépendance, nous nous sentons, eu effet, comme dominés par les hommes qui nous sont supérieurs et qui valent mieux que nous; une force invisible nous attire vers eux, et, en nous inclinant devant leurs mérites, nous ne nous trouvons aucunement humiliés. Il semble même qu'en nous rapprochant d'eux, en faisant effort pour nous hausser en leur présence, nous nous grandissions nous-mêmes et devenions meilleurs. Loin de nous juger asservis, nous uous estimons plus libres. Et c'est à ce point que se rencontrent et se réconcilient le sentiment de notre dignité propre, notre instinct d'indépendance et notre tendance à obéir. On voit, dès lors, quelles qualités nous devrions posséder pour obtenir une obéissance féconde de nos enfants. Cette obéissance devrait être inspirée, suggérée, plutôt qu'imposée.
Notre autorité ainsi établie, il reste à l'utiliser pour fortifier la volonté des enfants, lorsqu'elle faiblit, pour la redresser, lorsqu'elle s'égare; pour les amener graduellement à se décider par eux-mêmes, à accepter la responsabilité de leurs actes, à agir en êtres libres et non en automates. Pour cela, soit dans les jeux, soit dans les exercices de la classe, laissons-leur toute l'initiative possible : que notre direction et notre surveillance soient discrètes et n'apparaissent jamais tyranniques et policières. Il faut que nos élèves se sentent soutenus plutôt que conduits. Et, d'ailleurs, nous est-il donc Impossible, avec un peu de tact et beaucoup de bienveillance, de les amener à désirer ce que nous désirons, à faire ce que nous voulons qu'ils fassent? Le tout est de bien choisir les occasions où ils devront faire acte de personnes libres, consciemment et résolument. Puis, quelles ressources ne nous offrent pas encore l'encouragement et le défi? Lorsque l'enfant se trouve aux prises avec quelque difficulté un peu sérieuse, au lieu de lui donner de suite la solution cherchée, faisons appel à son énergie, voire même à son amour-propre;
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qu'il ait confiauce eu lui-môme : le plus souvent il pourra, s'il a couscieuce de pouvoir. Mais le dùli « est, peut-être, daus certains cas, dont il ne faudrait pas multiplier imprudemment le nombre, plus eOicace encore que l'encouragement; on pourrait délinirle défi en disant que c'est le plus puissant générateur connu d'énergie morale de la volonté. En défiant un homme, on centuple chez lui le désir et le pouvoir de vaincre. On crée la volonté en la niant. Mais cela est surtout vrai d'une volonté en voie de croissance comme celle de l'enfant; car une sorte de nutrition morale y emmagasine chaque jour, et peu à peu, des forces latentes que l'eufaut lui-même ne soupçonne point, et qui passent tout à coup de la puissance à lacté sous l'excitation et le coup de fouet du défi '. »
]']nfin, il est un dernier auxiliaire, — le plus puissant, celui que nous devons toujours appeler à notre aide, — c'est la raison. Quand nous sommes obligés d'intervenir d'une manière directe pour obtenir l'obéissance, quand nous sommes obligés même de l'exiger, ne craignons pas de montrer, toutes les fois que nous pouvous être compris, la légitimité de nos exigences. L'enfant qui est parfois tenté de se révolter quand il s'agit de se soumettre à une autorité supérieure, serait ce celle du maître, cède sans murmurer quand il voit qu'il ne se soumet qu'à la raison-.
(1) Maillet. Psycholofpe de l'homme et de l'enfant.
(2) M. Gréard, dans ?,on Mémoire sur l'esprit de discipline, résiinie ainsi les conseils qu'il donne aux éducateurs de la jeunesse : « Cet aflrancliissenient rétléchi qui est le but de l'éducation, exige chez l'enfant des conditions de travail intérieur indispensables : la réflexion et l'activité, la réllexion qui se rend compte, l'aclivité qui se décide, nul n'arrivant à se conduire qu'à ce prix. Mettre à profit tout ce que la conscience de lenlant recèle d'aptitudes morales, lui en faire connaître les directions, les mauvaises comme les bonnes ; l'accoutumer à voir clair dans son esprit et dans son cœur, à être sincère et vrai, lui faire faire peu à peu, dans sa conduite, l'essai et comme l'apprentissage de ses résolutions ; aux règles qu'on lui a données substituer insensiblement celles qu'il se donne, à la discipline du dehors, celle du dedans; rall'raiichir non pas d'un coup de baguette, à la manière antiipic, mais jeun- à jour, en détachant, à chaque progrès, un des anneaux de la chaiue (jui attachait sa raison à la raison
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d'autrui ; après l'avoir ainsi aidé à s'étaldir cliez soi en maître, lui apprendre à sortir de soi, à se juger, à se gouverner comme il jugerait et gouvernerait les autres ; lui montrer enfin, au-dessus de lui, les grandes idées du devoir, public et privé, qui s'imposent à sa condition humaine et sociale, tels sont les principes de l'éducation qui, de la discipline scolaire, peut faire passer l'enfant sous la discipline de sa propre raison, et qui, en exerçant sa personnalité morale, la crée. » — Sur les moyens de diriger les enfants et de ménager la transition, ordinairement si dangereuse de l'enfance à l'adolescence, de l'âge « où le gouvernement de l'homme vient du dehors, à l'âge où il vient du dedans ». Herbert Spencer nous donne les indications les plus utiles. ■< Que l'histoire de votre législation domestique, dit-il, soit en petit l'histoire de notre législation politique. Au début, l'autorité despotique, quand cette autorité est réellement nécessaire (avec les tout petits enfants). Bientôt après, un constitulionalisme naissant dans lequel la liberté du sujet est, sur quelques points, reconnue ; ensuite des extensions successives de la liberté du sujet, pour finir par l'abdication du maître. » — En définitive, le meilleur maître est celui qui travaille le mieux à se rendre inutile.