CHAPITRE XVI
I, De l'amitié. Description de Montaigne. Causes de la vérilahle amitié. Ses caraclères. — H. Peut-on avoir plusieurs amis ? L'amitié repose-t-elle sur la ressemblance ou sur la différence des caractères? L'amitié nest durable qu'entre égaux. Avantages de l'amitié. — IIL L'amitié chez les enfants. — IV. De l'amour. Opinion de Platon et de Pascal. Ce sentiment se rencontre-t-il cliez les enfants? Opinion de P. Lombroso. Objections. Causes qui favorisent l'éclosion de ce sentiment. Moyens de le combattre.
Dos inclinations domestiques il nous faut rapprocher les inclinations électives : l'amitié et V amour.
On peut définir l'amitié : une affection réciproque, née du libre choix de deux personnes qui sympathisent entre elles. Nul, peut-être, n'en a mieux montré la vraie nature que Montaigne dans cette page souvent citée : « En l'amitié de quoi je parle, dit-il, les âmes se meslent et confondent l'une eu l'autre d'un meslange si universel, qu'elles effacent et ne retrouvent plus la cousture qui les a joinctes *. Si on me presse de dire pourquoy je l'aymais, je sens que cela ne se
(il Charron dit à peu près dans les inrincs termes : • L'amitié est une confusion — non une simple conjonction et joincture, — de deux âmes, très libre, pleiue et universelle. >• Otiv. cit., iiv. 111, ch. xvn.
DE l'amitié ~Ui
peult expliquer qu'en respondant : « par ce que c'estîrft Jur, «parce que c'estait moi». Ce n'est pas une spéciale considération, ny deux, ny trois, ny mille ; c'est je ne sçais quelle quintessence de tout ce mélange qui, ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre en la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté, lamena se plonger et se perdre en la mienne d'une faim, d'une concurrence pareille ; je dis perdre à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fust ou sien ou mien. Nos âmes ont charrié si uniment ensemble ; elles se sont considérées d'une si ardente affection, et de pareille affection découvertes jusqu'au fin fond des entrailles l'une de l'autre, que non seulement je connaissais la sienne comme la mienne, mais que je me fusse certainement plus volontiers fié à lui de moi, qu'à moi '. »
L'amitié dont parle ici Montaigne est un idéal que, sans doute, on doit très rarement trouver réalisé. Pour être ainsi durable et profonde, il faut, en effet, qu'elle ne repose ni sur le plaisir, ni sur lïntérêt, car l'intérêt et le plaisir sont essentiellement mobiles et variables : « Regarde, dit Épictète, jouer ensemble ces petits chiens ; ils se caressent, ils se flattent, ils te paraissent bons amis. Jette un petit os au milieu d'eux, et tu verras. Telle est l'amitié de certains hommes ; qu'ils aient à disputer une terre, un champ, il n'y a plus d'amis. » Leur amitié s'évanouit avec la cause qui l'avait fait naître. En outre, suivant la profonde remarque d'Aristote, de telles amitiés ne peuvent être qu'accidentelles, car « on n'aime pas celui qu'on aime pour ce qu'il est réellement, mais simplement pour les avantages qu'il nous procure ». Tout autre, ajoute-t-il, est l'amitié des gens vertueux et qui se ressemblent par leur vertu, « car ceux-là se veulent mutuellement du bien en tant qu'ils sont bons. Or, la vertu est une chose solide et durable ; aussi l'amitié de ces cœurs généreux
(1) Montaigne. Essais, liv. I, ch. xxvii. Cf. Michelet, Ma Jeunesse et Mon Journal.
Thomas. L'éducat. des sentini. , H
Subsiste-t-elle aussi longtemps qu'ils restent eux-raêraes bons et vertueux *. »
Ainsi entendue, l'amitié est, de plus, une inclination essentiellement élective : elle ne s'impose pas plus que l'estime : si la nature nous donne nos parents et nos frères, c'est nousmêmes qui nous donnons nos amis, cédant surtout à une inspiration du cœur et à une sympathie plus ou moins instinctive qui parfois a sa source dans les conseils de la raison, mais qui souvent aussi nous reste inexplicable. C'est grâce à .cette liberté, que l'amitié est un sentiment des plus intimes et des plus doux, plus doux encore parce que nous aimons que parce que nous sommes aimés. Elle ne pèse ni comme un devoir à remplir, ni comme un intérêt à défendre; elle n'a d'autre objet que le bonheur réciproque des amis. Enfin, elle implique, — et c'est par là qu'elle est si féconde, — confiance, don de soi et dévoûment : c'est là ce que La Fontaine a si bien décrit dans ces beaux vers connus de tous :
« Qu'un ami véritable est une douce chose, Il cherche nos besoins au fond de notre cœur,
11 nous épargne la pudeur
De les lui découvrir nous-même ;
Un songe, un rien, tout lui fait peur,
Quand il s'agit de ce qu'il aime. »
Les moralistes se sont demandé si nous pouvions avoir plus d'un ami véritable, et quelles conditions plus spécialement favorisent la naissance et le développement de l'amitié ? A la première de ces questions, plusieurs ont répondu par la
(1) Aristote. Morale à Nico7naque,l, viii et suiv. — « Les méchants, (Jit Voltain-, n'ont que des complices ; les voluptueux ont des compa^rnons de débauche, les intéressés ont des associés ; les politiques assemblent des factieux ; le commun des hommes oisifs a des liaisons... les hommes vertueux ont seuls des aniis. »
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négative, de telle sorte que l'amitié serait non seulement un sentiment électif, mais encore un sentiment exclusif, au champ singulièrement restreint. Une telle opinion est en contradiction manifeste avec les faits que l'expérience met chaque jour sous nos yeux. Ne voyons-nous pas fréquemment des sociétés d'amis sincères et dévoués, dans l'adolescence surtout ? Ce qui est vrai, cependant, c'est que ces sociétés ne sont jamais très nombreuses; c'est que, en outre, instinctivement, nous sommes portés à nous défier de ceux qui prodiguent le titre d'ami et dont le cœur est trop prompt à s'ouvrir au premier venu. Nous pensons tous à peu près comme Alceste :
I Je veux qu'on me distingue, et, pour vous parler net, L'ami du genre humain n'est pas du tout mon fait. »
Quant aux causes de la sympathie et de la bienveillance qui se retrouvent au fond de l'amitié, les anciens les cherchaient, les uns dans la ressemblance, les autres dans la différence et le contraste. Mais plus sage nous paraît l'opinion d'Aristote qui les place dans ces deux conditions réunies : c'est cette doctrine que résume Chateaubriand, lorsqu'il écrit : « L'amitié se fortifie autant par les oppositions que par les ressemblances; pour que deux hommes soient parfaits amis, ils doivent s'attirer et se repousser sans cesse par quelque endroit ; il faut qu'ils aient des opinions opposées (?) et des principes semblables, des humeurs tranchées et pourtant des goûts pareils ; en un mot, de grands contrastes de caractères et de grandes harmonies du cœur. »" — Remarquons cependant que l'amitié est rarement durable lorsqu'elle s'établit entre personnes de conditions et d'âges trop différents. On conçoit mal l'amitié, — en donnant à ce mot son sens rigoureux, — entre, un vieillard et un enfant ; entre un homme très riche et un homme très pauvre ; entre un inférieur et un supérieur. En admettant même qu'une affection sincère puisse naître dans ces couditions, combien il sera
difficile de la conserver intacte au milieu de tous les heurts et de tous les froissements qui ne tarderont pas à surgir? Il est donc à désirer que nous ne choisissions, autant que possible, nos amis, que parmi nos égaux. Les avantages de cette amitié entre égaux ne sont pas moins importants au point de vue purement utilitaire qu'au point de vue moral. Elle répond en effet à un impérieux besoin de notre nature, celui d'aimer et de nous sentir aimés ; elle peut seule efficacement nous conseiller, nous guider et nous secourir. Enfin, dans l'habitude de penser tout haut, devant nos amis, dans le souci de mériter leur estime et de la conserver, dans l'affection qui nous porte à nous dévouer pour eux, lorsque notre aide leur est nécessaire, ne trouvons-nous pas de nombreuses raisons qui nous engagent dans la voie de l'honnête et nous y maintiennent? Aussi conçoit-on que les anciens qui ont parlé si éloquemmeut de l'amitié, l'aient considérée comme un auxiliaire de la vertu et une condition indispensable du bonheur.
Chez les enfants, l'amitié ne peut guère offrir réunis les nombreux caractères que nous avons mis en relief ; aussi ne saurait-on assimiler leur camaraderie à l'affection qui unissait un La Boétie et un Montaigne. Il n'en est pas moins vrai qu'un instinct puissant les rapproche, et qu'ils se lient d'autant plus facilement que leur âme a plus besoin de s'épancher et de se répandre ; qu'ils sont plus prompts à s'enthousiasmer et que les préoccupations utilitaires ne les ont point encore envahis. Ces liaisons, formées dès l'enfance, sont si naturelles et parfois si puissantes,' qu'elles durent toute la vie. L'un de nos plus grands plaisirs n'est-il pas, quand nous avons déjà blanchi, 'de retrouver nos compagnons du
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jeune âge, ceux avec lesquels nous avions pris l'habitude de sentir et de penser en commun, ceux qui avaient été les premiers confidents de nos joies et de nos peines?
Chercher à combattre cette tendance qui pousse les enfants les uns vers les autres, comme on le fait si souvent, c'est donc méconnaître à la fois leurs besoins les plus intimes et leur véritable intérêt. Ceux que des parents timorés outre mesure tiennent continuellement en lisières, écartant tous les compagnons de leur âge, n'autorisant des jeux en commun que sous l'œil vigilant d'un maître, tranformé en geôlier, ceux-là auront toujours quelque chose de faux dans l'esprit et dans le cœur.
En outre, ils ne seront jamais complètement heureux, car ils conserveront les habitudes de défiance qu'on leur aura données, et ignoreront ces consolations sans égales que seule peut procurer l'amitié sincère et confiante. C'est que l'on apprend à aimer et à se confier, comme l'on apprend à se défier et à se haïr ; or, la confiance et l'amitié ne s'apprennent que dans un milieu où l'on est libre.
Est-ce à dire que nous ne devions jamais veiller aux relations que nos enfants peuvent faire? qu'il soit nécessaire de les livrer absolument à leurs propres inspirations? Non, sans doute ; ils n'ont point encore une raison assez sûre pour se guider toujours eux-mêmes, et leur expérience est trop courte pour qu'ils discernent clairement les dangers des amitiés imprudentes. Mais, autant nous devons les prémunir contre ces dangers, en écartant, d'une manière rigoureuse, les compagnons dangereux, autant nous devons encourager les réunions qui les rapprochent de camarades dignes d'eux. Du choix de ces camarades, sur lequel il nous est si facile d'influer, dépend, dans bien des cas, le progrès de nos enfants. L'essentiel est qu'ils aient sous les yeux l'exemple des qualités qui leur manquent : l'affection, d'une part, et l'émulation, de l'autre, collaboreront alors à une œuvre
commune d'amélioration morale dont nous serons les premiers à nous réjouir.
L'amour, que les romanciers et les poètes ont analysé et chanté avec tant de prédilection, n'a été, contrairement à l'amitié, que fort peu étudié par les philosophes et les éducateurs. Ceux-ci semblent Técarter, comme échappant à leur action et inconnu des enfants; quant à ceux-là, lorsqu'ils eu parlent, le plus souvent ils le dénaturent.
Platon, Schopenhauer et Pascal, suivant M. Janet, sont les seuls qui aient fait de ce sentiment une étude vraiment philosophique. Or, pour Platon, l'amour serait une sorte de délire qui s'éveille en nous lorsque l'âme croit retrouver dans un objet, l'image de la beauté qu'elle a contemplée dans une vie antérieure. « En présence d'un visage presque céleste, dit-il, ou d'un corps dont les formes lui rappellent l'essence de la beauté, le nouvel initié frémit d'abord, quelque chose de ses anciennes émotions lui revient; puis, il contemple cet objet aimable et le vénère à l'égal d'un Dieu ; et s'il ne craignait de voir traiter son enthousiasme de folie, il sacrifierait au bien-aimé, comme à l'image d'un Dieu, comme à Dieu même. » — Pour Schopenhauer, au contraire, l'amour n'est qu'un instinct, dont l'unique but est d'assurer la conservation de l'espèce. — Ce que méconnaissent ici Platon et Schopenhauer, c'est d'abord le caractère électif de l'amour, qui est essentiellement un choix. — En second lieu, Platon ne tient aucun compte de la distinction des sexes; aussi nous décrit-il moins l'amour proprement dit que l'enthousiasme provoqué par la vue de la beauté. Ce qu'il a bien vu, toutefois, et clairement signalé, c'est que le beau suscite l'amour; d'où cette espèce de vénération que Ton éprouve d'ordinaire pour
l'objet aimé. Quant à Schopenhauer, il fait la part trop large à l'élément sensible au détriment de l'élément intellectuel : privé du second de ces éléments, l'amour n'aurait plus rien de cette délicatesse, de cet abandon et de ce dévouement que l'analyse même la plus superficielle nous fait découvrir en lui.
Beaucoup plus exacte est l'analyse de Pascal : l'amour proprement dit lui apparaît comme distinct à la fois et de l'amour mystique, et de l'amour sensuel. C'est un sentiment électif qui a pour objet la beauté que nous cherchons en autrui; qui, par conséquent, est inséparable de la raisoji, mais « qui se détermine ailleurs que dans la pensée ». De là son extrême complexité puisqu'il intéresse toutes les facultés de notre être ; de là. également, la force avec laquelle il agit sur nous, et les déviations fréquentes qu'il subit*.
Il est difficile de dire à quelle époque apparaît une telle inclination. Suivant Paola Lombroso, dont l'opinion s'accorde avec l'opinion commune, elle serait inconnue de la plupart des enfants, et cela pour une excellente raison, c'est que l'enfant « tend non pas à aimer, mais à être aimé », c'est que l'amour implique une dépense de force, un don de soi qui répugnent à l'être qui est encore faible et débile. L'histoire, d'ailleurs, nous montre que les enfants amoureux sont « des enfants anormaux, différents en tous points des enfants ordinaires », et que leur nombre est extrêmement restreint. Pour justifier sa thèse, l'auteur invoque les exemples de Berlioz, de Rousseau, et de Marie Baskirtseff qui, dans leurs confessions,
(1) Voyez pour plus de détails l'analyse critique que fait de ces théories' M. Janet dans son Ti'aité élémentaire de philosophie, "]:). 267 et suivantes. Voyez surtout* le discours de Pascal sur ; Zcs Passions de l'amour.
nous ont décrit les sentiments qu'ils ont éprouvés entre six et huit ans. Ces descriptions ne nous laissent aucun doute sur la nature des émotions qu'ils ont ressenties et qui ressemblent évidemment à celles que fait naître l'amour proprement dit *. — Or, qu'était Berlioz ? Un enfant de génie, un névropathe et un mégalomane. Rousseau? Un esprit supérieur encore, mais un misanthrope et presque un fou. — Marie Baskirtseiï? Un peintre et un écrivain de talent mais aussi une enfant bizarre, issue d'une famille dégénérée, et qui mourut phtisique à l'âge de vingt-quatre ans%
A ces faits nous ne saurions assurément répondre que par des faits. Or, nous avons eu la curiosité d'établir sur ce point une enquête, et les réponses que nous avons reçues nous conduisent à des conclusions fort différentes. Plusieurs personnes qui ont bien voulu évoquer pour nous leurs souvenirs d'enfance, nous ont transmis de leurs sentiments passés des descriptions qui ressemblent étonnamment à celles do Berlioz et de Marie Baskirtseff, dont cependant elles ignoraient l'histoire. En outre, plusieurs éducateurs qui vivent depuis de longues années au milieu des enfants et surtout des enfants de la campagne, nous assurent que le sentiment dont nous nous occupons ici est beaucoup moins rare qu'on ne le croit
(1) « En la voyant, dit Berlioz dans ses Mémoires, racontant l'amour qu'il ressentit dès l'âge de huit ans, pour une grande personne, j éprouvais comme une secousse électrique ; je l'aimais, voilà tout ! Je sentais au cœur une douleur profonde. Je passais des nuits entières, désespéré Le jour, je me cachais dans les haies et dans les champs, dans l'obscurité, comme un oiseau muet et blessé. La jalousie me torturait au moindre mot qu'un homme adressait à mon idole. » — Quand Marie Baskirtseff apprend le mariage du prince qu'elle aime, elle note ainsi ses impressions : « Je me cache le visage dans le livre, car je deviens rouge comme du feu. J'ai senti conmie un couteau aigu me pénétrer dans le cœur. Je tremblais tant que je ne pouvais tenir le livre à la main ; j'avais peur de
m'évanouir Je ne peux rester tranquille, je voudrais me cacher loin,
dans quelque endroit éloigné où il n'y eût personne. — Je sens la jalousie, l'amour, l'envie, l'amour-propre offensé, tout ce qu'il y a de pire au monde !... »
(2) Paola Lombroso : L'instinct de conservation chez les enfants. (Revue philosophique, année 1896, t. II, p. 387 et suivantes.)
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d'ordinaire. Sans doute 'il n'offre point toujours tous les caractères qu'il présente chez l'homme fait et il est inutile d'en énumérer les raisons; mais si ce n'est pas encore l'amour avec ses emportements et toutes ses conséquences physiologiques et mentales, c'en est déjà l'annonce et comme la première aurore.
S'il en est ainsi, on comprend que l'éducation de ce sentiment, non moins que l'éducation des autres, doive préoccuper tous ceux dont la mission est de veiller sur les enfants. Or, leur premier soin doit être d'en retarder le plus possible l'éclosion; nous ne devons pas oublier que sa précocité excessive peut entraîner à sa suite de très graves conséquences; chaque âge a ses sentiments qui correspondent au développement de l'organisme et au développement de l'esprit; ceux qui paraissent avant l'heure ne peuvent que troubler l'harmonie de la vie. Ils sont donc vraiment coupables les parents et les maîtres qui, par leurs paroles imprudentes, contribuent à éveiller cette inclination lorsqu'elle sommeille; plus coupables encore, ceux qui ne surveillent point les lectures de leurs enfants et les relations qu'ils se créent. Beaucoup provoquent aussi le mal qu'ils redoutent par leur zèle maladroit et leurs questions indiscrètes. Que chacun de nous rappelle ses souvenirs et il comprendra le danger que nous signalons ici. Le mystère dont on entoure quelquefois les choses les plus naturelles ne suscite-t-il pas souvent les rêveries de l'imagination? Il se trouve ainsi qu'on précipite les enfants dans le mal, par l'ardeur même que l'on déploie pour les en éloigner. — Le plus sage est donc encore d'écarter le plus possible l'attention de nos enfants des sujets qui ne sont point encore de leur âge ; et, quand on est dans la nécessité de leur en parler, de le faire toujours avec simplicité et franchise.