‹ L'éducation des sentimentsChapitre 3 sur 60 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

devenant de plus en plus manifeste, à mesure que nous nous élevons des organismes les plus simples aux organismes les plus délicats. — Nous remarquons d'abord, chez les protozoaires, comme chez les végétaux inférieurs, dont il est parfois bien difficile de les distinguer nettement, des mouvements qui seraient inexplicables, si l'on n'admettait pas des tendances précises, voire même un certain discernement. C'est ainsi, par exemple, que l'Actinophrys Sol se dirige immédiatement vers l'amidon qu'on jette autour de lui, comme les myxomicètes se dirigent vers la sciure de bois, alors qu'il s'écarte toujours d'autres substances ; c'est ainsi que certains infusoires, tels que les haltéries et les vorticelles savent choisir entre différents corps à leur portée ceux qui leur conviennent le mieux comme nourriture. Chez les métazoaires qui sont, non de simples agrégats, mais de véritables associations de protozoaires et des colonies de cellules vivantes, ces cellules ont une telle sensibilité qu'elles luttent les unes contre les autres pour la vie, savent distinguer la composition chimique des milieux où elles évoluent, et dont, suivant les cas, elles se rapprochent ou s'éloignent. C'est là ce qu'ont mis clairement en lumière les cas de phagocytose récemment étudiés. Il y aurait dans les différents tissus de notre organisme des phagocytes, c'est-à-dire, des cellules ayant pour rôle de détruire et de « dévorer. » soit les cellules de même nature qu'elles qui sont affaiblies et vieillies, soit les microbes pathogènes dont la présence est nuisible au jeu régulier des fonctions vitales. — Ce n'est donc pas sans raison que les physiologistes contemporains admettent une sensibilité organique ou sensibilité générale, propre à tous les éléments qui nous constituent, bien que la conscience ne nous la fasse pas directement connaître.

Au-dessus de cette sensibilité dont l'induction seule nous révèle l'existence, est la sensibilité proprement dite, ou sensibilité affective dont nous avertit directement la conscience,

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et qui comprend avec nos émotions agréables et pénible?, avec nos plaisirs et nos douleurs, tous les faits qui s'y rattachent, tels que les inclinations et les passions. — C'est la seule dont nous ayons proprement à nous occuper ici.

Comme nous le montrerons plus tard, c'est cette sensibilité qui nous informe de la vie qui circule en nous, tantôt abondante et libre, tantôt affaiblie et comprimée ; c'est elle qui nous unit par des liens ténus mais infrangibles, non seulement à nos semblables, mais à la nature entière et à l'idéal vers lequel chacun est attiré; c'est elle, enfin, qui nuance toutes nos pensées d'une coloration spéciale et leur donne leur efficacité. — Son rôle est donc immense; aussi la diversité de ses manifestations et de ses formes est-elle presque infinie. Elle varie, en effet, comme nous l'atteste l'histoire, avec les temps et les pays; elle varie avec les individus, et dans le même individu, avec les circonstances. C'est là ce qu'avait bien observé Pascal : « Un homme, dit-il, a d'autres plaisirs qu'une femme; un riche et un pauvre en ont de différents, un prince, un homme de guerre, un bourgeois, un paysan, les vieux, les jeunes, tous varient. » « Les goûts même d'un individu, ajoute-t-il, changent souvent au point qu'il n'y a pas d'homme plus différent d'un autre que de soimême. » — On conçoit, dès lors, combien il est difficile d'expliquer et de classer des phénomènes aussi changeants, d'autant plus que leurs causes échappent souvent à l'analyse et à la conscience; nous essaierons cependant, en étudiant le plaisir et la douleur, les inclinations et les passions, de mettre en lumière quelques-unes des lois auxquelles ils obéissent, et les applications principales que l'éducateur en peut faire.

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