‹ L'éducation du caractèreChapitre 10 sur 228 · INSTINCTS PRIMITIFS. GOURMANDISE · texte numérisé non relu

INSTINCTS PRIMITIFS. GOURMANDISE

santé de rhérédité. Mais nous pouvons dire dès maintenant, ce que tout le monde sait, que ces qualités dont chaque enfant hérite ne sont pas simplement le don, précieux ou funeste, fait par la nature à son premier ascendant, et qui se serait transmis, de génération en génération, comme un héritage invariable; chacun des ascendants y a plus ou moins ajouté, et ce don de la nature au premier homme a constitué une sorte de fonds qui s'est, à travers les âges, singulièrement augmenté.

Considérons donc, sans préjugé ni parti pris, Tenfant tel qu'il se montre à Tobservateur dans son âge le plus tendre, avec ses qualités et ses défauts, les derniers n'étant souvent que l'exagération, l'altération des autres.

Il y a tout un côté par lequel l'enfant est semblable à l'animal. Que l'on ne soit pas choqué au premier abord par le rapprochement que nous allons faire ; assez de grandeurs nous relèvent pour que nous ayons la franchise de reconnaître nos bassesses. Bien des faits de la psychologie des animaux les plus avancés sous le rapport du développement cérébral, le chien et le singe par exemple, peuvent être constatés chez l'enfant.

Comme eux, l'enfant est gourmand ; il mange jusqu'à la satiété, jusqu'à l'indigestion; il recherche non seulement la quantité, mais la qualité de la nourriture, et préfère ce qui flatte son palais, au point de refuser tout le reste, à moins d'une véritable nécessité. Le besoin de manger est primordial chez l'homme comme chez la béte; il domine toute la vie; les plus importants de nos arts en résultent ; l'immense majorité des hommes travaillent presque exclusivement pour le satisfaire, soit dans ses exigences les plus simples, soit dans ses excès sous le rapport de la quantité, soit dans ses raffinements. Ses excès, ses raffinements sont aussi naturels que ses exigences simples; ni l'animal ni l'homme primitif ne savent s'arrêter lorsqu'ils ont assez mangé pour réparer

leurs pertes; le chien préfère un os à un morceau de pain ; nos ancêtres de Tâge de pierre fendaient les os des animaux ou des hommes qu'ils avaient tués, pour en extraire et en savourer la moelle. Sauf dans certains climats, l'homme n'est pas naturellement sobre. Aussi la gourmandise est-elle un des défauts essentiels de l'enfant.

Un autre besoin primordial de l'homme comme de la bête, c'est de se garantir contre les souffrances qui peuvent résulter du climat dans lequel ils vivent, et, en général, contre toutes les souffrances, contre ce qu'on peut appeler le mal-être. A la limite où cesse le malêtre, le bien-être commence ; il n'a de limites que lorsque ses excès ramènent le mal-être, la souffrance. Ainsi un chien qui a froid à cause de la pluie et du vent cesse de souffrir lorsqu'il est à l'abri ; mais il s'approche du feu pour jouir de la chaleur jusqu'à ce qu'elle lui arrive trop ardente. Il est aussi naturel de rechercher le bien-être que d'éviter la souffrance.

A ces deux grands besoins s'en ajoutent d'autres qui sont communs à l'animal et à l'homme, même dans l'enfance. (Nous laisserons entièrement de côté celui qui résulte du sexe.) Tels sont ceux de posséder, de briller, de dominer. Un chien qui ronge un os et qui le laisse pour s'emparer de l'os que ronge son compagnon, ou qui entre le premier dans une niche qui lui est commune avec un autre, et où il y a pour les deux une place suffisante, afin d'avoir toute la place pour lui, manifeste évidemment l'instinct de possession. L'enfant n'a pas assez du fruit, de la friandise qu'on lui donne; pour étendre sa possession, il tâche d'en ravir à d'autres; il s'empare d'un objet quelconque pour en faire un jouet, et, tout le temps que sa fantaisie dure, il s'y attache au point que, pour le lui enlever, il faut le lui arracher et s'exposer à ses cris, à sa colère. Il serait facile de trouver

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