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ne peut, croyons-nous, atteindre à une expression plus forte et plus nette que celle qui lui est donnée par Schopcnhauer : « L'homme est au fond une bête sauvage, une bête féroce. Nous ne le connaissons que dompté, apprivoisé en cet état qui s'appelle civilisation : aussi reculons-nous d'effroi devant les explosions accidentelles de sa nature. Que les verrous et les chaînes de Tordre légal tombent n'importe comment, que l'anarchie éclate, c'est alors qu'on voit ce qu'est l'homme ^ »
C'est la thèse tout à fait opposée à celle de Rousseau : d'après le philosophe genevois, la civilisation a gâté l'homme, naturellement bon ; d'après le pessimiste allemand, seule elle l'empêche d'être ce que la nature l'a créé, une bête méchante et féroce.
Pour nous faire une opinion nous-mêmes, cherchons dans l'enfant l'homme tel qu'il sort des mains de la nature, tout en renouvelant la réserve que nous avons faite précédemment, à savoir- qu'il est, même dès le premier âge, difficile de distinguer l'œuvre de la nature et celle de l'homme, puisque, aussitôt qu'il est né, l'enfant subit l'action de l'homme, qui modifie immédiatement l'œuvre de la nalure. Il y a plus. En supposant, hypothèse insoutenable, que l'enfant pût vivre sans que l'action de l'homme s'exerçât immédiatement sur lui par les soins de la première éducation, et que la nature seule pût lui servir de nourrice, son développement ne serait pas, en vertu des lois de l'hérédité, l'œuvre de la pure nature; car, s'il n'est pas l'élève de ses parents, de ses proches, il a derrière lui une série très longue d'ascendants qui lui ont transmis, avec la vie, un ensemble d'instincts, de sentiments, d'aptitudes, d'idées, inhérent, pour ainsi dire, à son sang et à tout son être. Nous étudierons bientôt cette influence si puis-