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ÉTAT DE LUTTE

dans rhistoire naturelle çles faits qui montrent chez les animaux, chez les oiseaux en particulier, Tinstinct de la parure, le besoin du brillant, de Téclat. Mais cet instinct est encore plus visible chez Tenfant et chez le sauvage. Celui de dominer, ou tout au moins de sentir les autres au-dessous de soi sous un rapport quelconque, n'est pas moins manifeste. Dans un jeu auquel prennent part plusieurs enfants, il y en a un qui conduit les autres, un second qui Taide dans son commandement, et ainsi de suite. Le dernier ne tient ce rang que parce qu'il est, pour quelque raison, le plus faible, et ne peut se placer au-dessus d'un plus faible que lui.

De ces besoins et de ces instincts résultent nécessairement la lutte, l'hostilité naturelle des animaux et des hommes entre eux. En effet, la nature ne met pas à leur disposition des ressources suffisantes pour que chacun trouve de quoi satisfaire sa faim, son besoin de bienêtre, de luxe. Ces ressources insuffisantes, ils se les disputent par la force et par la ruse, chacun tâchant non seulement de ne pas être parmi ceux qui resteront dépourvus, mais même d'augmenter sa part au détriment des autres, afin d'étendre sa possession et d'augmenter sa sécurité pour le lendemain. Quand même, ce qui n'est point, il y aurait une part pour tout le monde, les hommes à l'état primitif sont incapables de se faire tout d'abord entre eux une répartition équitable, et pacifique; leur premier mouvement est la lutte. Jetez de la nourriture en abondance à une troupe d'animaux domestiques; c'est à qui arrivera le premier à la pâture et se fera la part la plus abondante au détriment des autres; il en est de même dans une curée de chasse. Paraissez devant une troupe d'enfants avec un sac de dragées et faites le geste de le répandre : ils ne songeront guère à vous prier de leur distribuer les dragées pour que chacun en ait le même nombre; ils s'apprêteront à se

bousculer pour se disputer vos largesses, et celui qui en prendra le plus montrera sa part avec un geste de triomphe. Profondément vrais sont les verg de la moralité par laquelle La Fontaine termine une de ses fables les plus saisissantes, celle de V Araignée et V Hirondelle * ; c'est du darwinisme anticipé :

Jupin pour chaque état mit deux tables au monde : L'adroit, le vigilant et le fort sont assis

A la première; et les petits

Mangent leur reste à la seconde.

Quant à l'instinct de domination, il implique la lutte; ceux chez lesquels il est le plus marqué se disputent entre eux la prééminence, et les plus mous ne se laissent pas dominer sans une velléité de résistance qui va parfois jusqu'à la révolte.

L'état naturel de lutte engendre des sentiments dont le germe existe et tend à se développer dans tout cœur humain, l'envie, la haine, la vengeance, la colère, la violence, la cruauté. L'histoire des différents peuples en est pleine; chez ce qu'on appelle les peuples enfants, ils se donnent franchement carrière, et, si l'éducation n'agissait pas, il en serait de même chez les enfants; d'innombrables traits, que relève une étude attentive de cet âge, l'indiquent avec évidence. Nous avons déjà cité l'observation si vraie de saint Augustin concernant l'enfant qui regardait son frère de lait d'un œil haineux* Dans combien de familles, où certains enfants paraissent l'objet d'une préférence, n'observerait-on pas chez les frères et sœurs des exemples d'une envie qui peut aller jusqu'à la haine! Les enfants se querellent, se battent, se portent des coups que la faiblesse seule de leurs moyens empêche d'être dangereux.

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