CHAPITRE VIII
Les principaux collaborateurs dans Toeuvre de Téducation. Le père et la mère. Les grands parents. Les domestiques.
Parmi les œuvres qui comportent la collaboration de plusieurs personnes, s'il en est une qui exige entente, union des esprits et des cœurs, direction ferme et suivie, c'est sans doute celle de l'éducation. Pourtant on n'y constate trop souvent qu'incertitude, désaccord et incohérence.
Le père et la mère sont désignés par la nature pour y travailler les premiers. Ils apportent en général la même bonne volonté, mais il est rare qu'on trouve chez eux une compétence égale et les mêmes vues concernant les moyens de former le corps, l'intelligence et le caractère de leur enfant. Le manque d'entente se manifeste parfois dès le début de la vie du nouveau-né pour les premiers soins que son corps réclame ; il s'accentuera dans la suite, en maintes occasions, et les conséquences en seront plus ou moins sérieuses. Il y a au fond si peu d'harmonie dans notre état social actuel, après les révolutions qui l'ont agité et les grands changements d'idées qui s'y sont produits, qu'un grave désaccord peut éclater, pour une question religieuse, près du berceau de Tenfant. Mais si à ce moment, et plus tard encore.
dans quelques circonstances, des concessions sont faites à des usages respectables, l'absence d'une foi religieuse commune aux deux époux peut entraîner chaque jour des discussions pénibles.
Cette question capitale mise à part, que d'occasions encore se présenteront où il y aura conflit entre Tun et l'autre, Tun, par exemple, tenant pour la rigueur, l'autre pour l'indulgence, l'un montrant dans son œuvre éducative de la réflexion et de la suite, Tautre de l'inattention et de la légèreté, tous deux ayant, à cause de la différence de leur caractère et de leur esprit, une idée diff'érente de la vie, et, au lieu de s'appuyer réciproquement dans l'éducation d'un être qu'ils chérissent, se contredisant dans le langage qu'ils lui adressent, la direction qu'ils lui impriment, les exemples qu'ils lui donnent.
Que ce soit là une imperfection, personne ne le contestera, aucune entreprise ne pouvant être menée à bien par des moyens incohérents et contradictoires. Mais, à moins qu*on ne s'y résigne, (îomme à d'autres faiblesses humaines, et qu'on ne se dise qu'après tout il y aura un résultat tel quel à cette éducation si ballottée, à quels remèdes peut-on recourir ?
Aux unions bien assorties, principalement sous le rapport de l'esprit et du cœur? Ce serait se faire une illusion naïve que de croire qu'on diminuera dans cette question, pourtant si grave, du mariage la part du hasard, du sentiment mal éclairé, des calculs intéressés, complètement étrangers à la morale et à la pédagogie. Du reste, la ressemblance des parents sous le rapport des qualités intellectuelles et morales n'est . peut-être pas à désirer en vue de leur future famille, car il arrive que les éléments transmis par l'un s'opposent heureusement à ceux que transmet l'autre, et les corrigent.
Dira-t-on que, du père et de la mère, celui-là doit,