RÔLE DE LA MÈRE
désastreux dont nous sommes journellement témoins! Ignorant, comme elle les ignore, les phénomènes mentaux, leurs causes et leurs effets, son intervention est souvent plus nuisible que ne l'eût été son abstention absolue.... Dépourvue de toute lumière théorique, incapable de se guider elle-même par l'observation des faits de développement qui s'accomplissent chez son enfant, la jeune mère suit l'impulsion du moment d'une manière légère et funeste ^ »
Sans doute il y a bien du vrai dans ces remarques. Nous ne croyons pas, pour les raisons que nous avons déjà données au sujet de l'enseignement de la pédagogie dans les écoles primaires et secondaires de garçons, qu'il convienne d'introduire cet enseignement dans les écoles de jeunes Olles. Mais il se placerait assez bien, à notre avis, dans cette période de la vie des femmes qui s'écoule entre la sortie des écoles et le mariage. La maternité les trouverait moins novices en ce qui concerne la connaissance du caractère de l'enfant et des moyens d'agir utilement sur son évolution. Nous ne voyons pas non plus pourquoi on ne leur donnerait pas, dès le temps de l'école, des notions de physiologie, d'hygiène, et surtout pourquoi l'on n'exciterait pas en elles le désir de pénétrer davantage ensuite dans le domaine de ces sciences, qui ont des rapports étroits avec la science de l'éducation. Comme le dit Spencer, nombreux sont les exemples des résultats déplorables produits par une erreur d'éducation physique ou morale dont l'enfant a été victime au début de la vie; toute une existence peut se traîner maladive pour une faute commise dans l'alimentation du premier âge.
Mais la situation n'est peut-être pas aussi inquié-
1. De l'éducation intellechiellef morale et physique ^ chap. i.
tante que le prétend le philosophe anglais. La mère a des conseillers tout désignés dans les personnes instruites qu'elle peut appeler à son aide, dans le médecin, et surtout dans son mari, lorsque le mariage n*a pas uni deux êtres également ignorants de ce qu'il leur importerait le plus de savoir. On exagère aussi en la donnant comme incapable d'étudier son enfant, de se guider d'après les observations qu'elle aura faites, de suivre autre chose que l'impulsion du moment, sans réflexion et sans méthode. Enfin il y a ce que la science positive ne saurait donner, ce qu'elle traitera peut-être légèrement et avec dédain, l'instinct de la femme et de la mère, qui ne mérite pas une confiance absolue et qui ne saurait remplacer tout le reste, mais qui doit compter cependant et pour beaucoup, parce qu'il donne des lumières et des inspirations qu'on ne trouverait point dans le savoir le plus méthodique. « On dirait, écrit le P. Girard, qu'elle agit par un instinct supérieur qui tient à la maternité, et qu'elle n'est, dans cette belle fonction, qu'un instrument docile en d'autre^ mains.... Elle se sent elle-même pleine de souvenirs, elle observe, raisonne, invente et ne doute pas que tout ce qu'elle trouve en elle-même ne se trouve aussi dans son enfant, comme la rose dans son bouton, et qu'avec le temps tout se montrera.... Elle croit bien faire, cette première institutrice, et elle s'inquiète peu si des raisonneurs et des savants ne trouvent en ce qu'elle fait que désordre et déraison *. »
Dans l'un des chefs-d'œuvre du célèbre romancier russe Tolstoï ' un passage m'a vivement frappé; la pénétration singulière de cet écrivain à la fois réaliste
1. De l'enseignement régulier de la langue maternelle, liv. I, chap. I.