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ment le droit exclusif de TÉtat à instruire la jeunesse, ont un précieux auxiliaire dans le philosophe grec, dont ils ne font guère que reproduire les arguments sous une autre forme.
La tendance à remplacer la famille par TÉtat se trouve chez la plupart des utopistes qui ont songé à Tédu* cation dans leurs chimères. Qui a lu Platon connaît d'avance le fond de leurs théories. Nous n'y insisterons pas.
Mais il est intéressant de comparer, au point de vue de leur influence sur le caractère, l'éducation privée et l'éducation en commun. Nous n'aboutirons certainement pas à l'exclusion de Tune ou de l'autre. Elles ont toutes deux leurs avantages et leurs défauts. Dans notre état social actuel, presque tous sont appelés à passer successivement par l'une et par l'autre, ou à les recevoir toutes les deux en même temps.
Remarquons d'abord que l'éducation en commun, bien qu'elle soit soumise, en générai, à des programmes et à des règlements qui prétendent lui imprimer une direction uniforme, ne présente nullement, dans la pratique, cette uniformité rêvée par les utopistes. 11 faut bien faire appliquer les programmes et les règlements par des maîtres, qui sont des hommes et non des machines, qui diffèrent profondément entre eux par les sentiments et par les idées, et dont l'action, bien qu'officiellement déterminée à l'avance, s'exerce pourtant dans des sens assez divers, par l'effet de la spontanéité individuelle, qui tient au caractère et à l'esprit de chacun. Par exemple, la consigne de faire observer une discipline sévère peut être imposée à des maîtres dont les uns s'y conformeront très volontiers, parce qu'ils y seront portés par une sévérité naturelle, et dont les autres ne pourront se défendre de tempérer par une indulgence parfois excessive les rigueurs du règlement.
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L'équité, Timpartialîté sont recommandées à tous; mais il est plus facile d'en faire l'objet d'une prescription officielle que de les faire passer dans le caractère des maîtres disposés aux préférences et aux injustices.
Il est un ordre religieux célèbre dont tous les membres sont entre les mains de leurs chefs <(perindeac cadaver », suivant une expression bien connue, et doivent abdiquer toute individualité pour prendre l'esprit de la compagnie. Marmontel, dont nous avons déjà parlé, fut élève dans un de leurs collèges, et il nous trace le portrait de quelques-uns de ses régents : « Celui-ci avait dans son regard, dans le son de sa voix, dans sa physionomie, un caractère de bienveillance si naturel et sensible, que son premier abord annonçait un ami à l'inconnu qui lui parlait )> ; celui-là était « aussi sec, aussi aigre que l'autre était liant et doux »; un troisième était « injuste et violent » ; un autre, quoique d'une trempe d'àme moins douce que celle du premier, avait le caractère ferme et franc ; « l'impartialité, la droiture, l'inflexible équité qu'il portait dans sa classe, et une estime noble et tendre qu'il marquait à ses écoliers », lui avaient gagné leur respect et leur aff'ection. Combien chacun de ces maîtres, malgré les efforts faits par la discipline de Tordre pour identifier leurs âmes, devait donner d'impulsions différentes au caractère d'un même élève qui étudiait successivement sous eux.
Aujourd'hui les maîtres de nos établissements sont loin de présenter, en général, un esprit de corps aussi puissant que celui des jésuites; par devoir, ils se conforment à la règle ; mais il y a bien des manières d'appliquer la même règle; et les mêmes institutions pédagogiques peuvent produire, pour cette raison, des effets assez divers. Donc l'éducation en commun est loin d'être aussi uniforme, aussi suivie, aussi harmonique
qu'on pourrait le croire. Tout ce qui tend à augmenter la liberté des maîtres, à émanciper leur esprit à l'égard de l'autorité et des traditions, ne fait qu'augmenter les possibilités de discordance dans l'œuvre commune.
Mme Necker de Saussure conseille aux parents de garder auprès d'eux leurs fils jusqu'à l'âge de dix ou douze ans, si les circonstances le permettent. Elle constate que, chez beaucoup d'enfants, il se produit vers sept ou huit ans une crise d'indocilité que bien des parents n'ont pas le courage de traverser; mais ils devraient faire tous leurs efforts pour prolonger autant qu'ils le peuvent le séjour des enfants dans la famille. « Prolonger la vie de famille : que de choses dans ces simples mots! La prolonger jusqu'au temps où l'enfant en goûte avec vivacité les plaisirs et où il n'en connaît point d'autres ; que de souvenirs, que d'affections, que d'images à la fois douces et favorables à la moralité ne se forment pas dans ces années que je réclame en faveur du toit paternel!... quel courage ne faut-il pas pour se séparer de fils encore inconnus auxquels on reste inconnu soi-même.... De quel bonheur, d'ailleurs, ne seraitce pas priver son enfant! Quelle obscure nuit ne se répandrait pas pour lui sur tous les rapports de famille ! Il n'y a plus vraiment de frères et de sœurs quand les traces du temps où l'on a partagé les mêmes plaisirs, les mêmes chagrins, s'enfoncent trop profondément dans les nuages de l'enfance. Et ces diverses particularités dont se compose l'idée de famille, ce qui en fait un certain tout et non pas un autre, ces traits qui la caractérisent à la manière d'un individu, le logis, la position de fortune, les relations d'amitié ou de voisinage, les plans pour l'avenir, toutes ces choses auxquelles on ne prend pas d'intérêt à sept ans, seraient à jamais ignorées d'un fils! Il ne viendrait du moins à les
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connaître qu^à Tâge où tout le cours de ses pensées serait déjà dirigé ailleurs M »
Cet excellent observateur du jeune âge remarque qu'il arrive cependant un moment où Téducation de la famille semble ne plus convenir autant à Tenfant qui grandit. Il trouve trop uniforme le cours régulier des choses, et il s'en ennuie. Connaissant très bien la discipline qui lui est imposée, il sait jusqu'à quel point il peut l'enfreindre sans inconvénient, « du moins avec un inconvénient si léger, qu'en courir la chance n'est qu'un attrait de plus ». Il devient plus espiègle, il a une tendance à Tinsubordination, au dénigrement, à la raillerie. L'autorité des parents, trop souvent capricieuse, a fini par s'user. « Tout languit, tout se relâche, tout va au jour le jour, et les abus s'introduisent en foule. L'arrêt par lequel un père envoie son fils au collège est le dernier acte d'un empire que la lassitude lui fait abdiquer *. »
L'éducation familiale trop prolongée présente d'autres inconvénients, dont plusieurs sont encore signalés par Mme Necker avec beaucoup de finesse. Au point de vue des études, l'absence d'émulation empêche l'enfant de faire, en vue du succès, des efforts aussi énergiques que dans les écoles; pourvu qu'il montre quelque application, on se déclare satisfait de sa volonté, et Ton n'ose le gronder, quand même le résultat serait pitoyable. Or, dans la vie réelle, ce qu'on apprécie, ce n'est point la bonne volonté, c'est le succès, qui, du reste, presque toujours récompense l'énergie de l'effort. La vie de famille ne tend pas, en général, à développer l'énergie de l'enfant. « Dans un paisible ménage il n'y a aucune énergie à déployer. Tous les faibles sont protégés, nul