V Esprit de discipline dans téducation^ p
aucun d'eux ne reçoit des autres, à cause de la condition de sa famille^ la moindre marque de déférence ni de respect. Celui qui manifesterait des prétentions à cet égard serait accablé sous les railleries et les mauvais procédés de ses camarades.
Comment se fait-il pourtant qu'après plusieurs années de cette vie égalitaire par laquelle passent presque tous les enfants, se retrouvent ensuite parmi eux, lorsqu'ils sont entrés dans la véritable vie sociale, des préjugés très visibles sur la supériorité que donnent la naissance, la fortune et certains autres avantages? Gomment se fait-il qu'une hiérarchie très compliquée se maintienne encore dans les mœurs, ^en dépit des institutions? Un étranger, assez bon observateur, a écrit sur nous les lignes suivantes, qui ne sont point sans quelque vérité : « Le Français se vante de son goût pour l'égalité ; aucune prétention n'est moins justifiée. Du bas en haut, cela est vrai, chacun se croit l'égal de celui qui est au-dessus; de haut en bas, il n'y a rien de pareil. Dans aucune contrée les classes ne sont plus nettement séparées, les préjugés sociaux plus enracinés. Aujourd'hui encore, dit Tocqueville, la jalousie et la haine entre les différentes classes survivent à leur existence juridique ; il n'y a que la politesse réciproque et générale qui donne à l'observateur superficiel la fausse impression de l'égalité ^ »
S'il en est réellement ainsi, comiâe nous le croyons, si l'influence de l'égalité au collège n'a pas été assez forte pour faire disparaître les préjugés anti-égalitaires chez ceux qui Font subie, n'est-il pas permis de croire que ces préjugés se maintenaient en eux, même alors, à l'état plus ou moins latent. « Ici, disait Rollin, les rangs sont réglés non par la naissance ou les richesses, mais
1. K. Hillebrand, la France et les Français pendant la seconde moitié du xix« siècle, !'• partie, chap. i.