‹ L'éducation du caractèreChapitre 136 sur 228 · L* Esprit de discipline dans Véducation, p · texte numérisé non relu

L* Esprit de discipline dans Véducation, p

nÉFORMES A OPÉRER 243

faire la classe, donner des leçons particulières; quant au reste, ils y sont à peu près étrangers; par exemple, ils apprennent souvent avec surprise qu*un de leurs bons élèves s'est rendu à Tintérieur coupable d'une faute grave et a été frappé d'une punition exceptionnelle, ou même exclu, sans qu'ils aient été consultés en quoi que ce soit dans cette circonstance.

Serait-il impossible, lorsque l'autorité et l'expérience acquises par l'âge les rendent dignes d'exercer les fonctions tutoriales, de les attacher par certains avantages à des petits groupés d'internes en qualité de tuteurs, de chercher à établir entre eux et ces élèves les relations d'intimité et de conflance qui existent dans les grands collèges anglais, de faire d'eux, à côté du proviseur et du censeur, mais non pas tout à fait en dehors de l'action de ces chefs, les représentants des familles.

11 y a lieu, quand on y réfléchit, d'être surpris et affligé de voir exister ainsi entre les fonctionnaires de l'administration des lycées et ceux de l'enseignement une ligne de démarcation aussi tranchée. Dans notre système actuel, les professeurs expérimentés auraient, ce semble, plus de titres à se mêler des choses de l'éducation morale que les administrateurs, en général, n'en ont h s'immiscer dans celles de l'enseignement. En Allemagne, le directeur d'un gymnase est toujours choisi parmi les professeurs les plus distingués, non seulement en raison de ses capacités administratives, mais surtout à cause de sa valeur comme savant, comme maître et comme pédagogue. Il n'est pas, ainsi que cela se voit souvent en France, inférieur par les titres universitaires à plusieurs de ses suliiordonnés; il est réellement, et à tous égards, suivant une expression souvent citée, primus inter pares. Il ne se réserve pas avec un soin jaloux l'examen de toutes les afl'aires qui intéressent la direction de la maison, mais il prend, en maintes

circonstances, l'avis des professeurs réunis en conseil. « Pour toutes les affaires importantes, dit Michel Bréal, le directeur doit assembler le conseil des professeurs et s'entretenir avec lui des déterminations à prendre. Ce n'est pas que les gymnases aient une constitution républicaine; mais il est toujours bon de prendre l'avis d'hommes expérimentés *. »

Dans ce noble rôle de tuteur des enfants il y aurait de quoi séduire les hommes «de cœur et de dévouement, qui sont nombreux parmi nos universitaires. Peut-être CCS mœurs nouvelles seraient-elles un peu longues à établir; mais, en ouvrant la voie d'une manière franche et libérale, et en faisant comprendre à certains opposants, qui n'ont pas pour mobile dans leur résistance les intérêts de la jeunesse, qu'on veut que tout soit fait pour que l'essai réussisse, on arriverait à des résultats dont les enfants, pour qui, en somme, existent les lycées, seraient les premiers à s'apercevoir et à se féliciter.

Beaucoup ont dans leur vie d'internes des moments de crise; tout le monde, proviseur, censeur, maîtres d'étude, semble se tourner contre eux; alors ils tombent dans un profond découragement, ou, ce qui arrive souvent, se cabrent et s'endurcissent. Si la famille est invo* quée par eux, celle-ci, qui ne connaît rien de la situation que par les plaintes des administrateurs ou par les récriminations des enfants, approuve la sévérité des uns ou, par une regrettable faiblesse, la résistance des autres. Dans ce cas, le tuteur, mieux au courant, et qui aurait par ses bons soins gagné la sympathie de Télève, serait un intermédiaire excellent, un conseiller écouté. Dans les jours de sortie, pendant lesquels nos collégiens disent ou font parfois tant de sottises, il serait le correspondant respecté, auprès duquel l'enfant trouverait la

Page 1