Excursions pédagogiques y p
vie de famille, les avis salutaires, les remontrances alTee* tueuses. Tout cela n'est pas de Tutopie ; en le voulant bien, on pourrait en faire une réalité.
L'institution des maîtres d'étude demande aussi une réforme profonde. Tout le temps que la place ne vaudra pas mieux qu'aujourd'hui, non seulement sous le rap* port du traitement, mais surtout au point de vue de la considération qui y est attachée et du service qu'elle exige, on ne trouvera pas mieux pour l'occuper que de jeunes débutants, souvent très dignes d'intérêt, mais qui ne demandent qu'à la quitter le plus tôt possible et qui ne présentent pas du tout les qualités nécessaires pour exercer les belles fonctions d'éducateur, ou de vieux maîtres qui, pour la plupart, n'ont pu, faute d'intelligence ou de travail, se faire une position plus brillante, qui ont blanchi dans la routine de l'internat, et qui ne peuvent prétendre à l'autorité morale nécessaire pour agir en bien sur les enfants.
Je voudrais que les fonctions de maître d'étude (le nom devrait être changé) fussent aussi désirables que celles de professeur, jouissent de la même considération et des mêmes avantages, exigeassent par conséquent les mêmes garanties et les mêmes titres. Pourquoi la classe paraîtrait- elle moins pénible et plus digne d'estime que la surveillance des enfants pendant les études et les promenades, exercée par un maître qui les entoure d'une sollicitude à la fois affectueuse et ferme, et qui intervient avec tact et autorité dans leurs travaux et dans leur vie morale? Les professeurs surveillent bien sans déroger des compositions et des concours ; un professeur d'histoire naturelle conduit bien ses élèves dans les herborisations et dans les excursions géologiques.
Nous oserons même demander pourquoi existerait toujours cette distinction absolue entre les fonctions de professeur enseignant et celles de maître surveillant,
pourquoi la tâche de la surveillance ne serait point répartie entre les nombreux professeurs d'un lycée, en l'allégeant toutefois du service au dortoir, ce qui serait indispensable, mais ne nuirait pas beaucoup à l'éducation des élèves? Au dortoir il ne s'agit que d'imposer une discipline rigoureuse ; des sous-officiers bien choisis y suffiraient.
Mais il faudrait que la discipline de l'internat subît, elle aussi, de grandes modifications, si l'on confiait le soin de l'appliquer à de vrais maîtres, dignes de considération et de respect. Il faudrait qu'elle ne fût pas exclusivement inhibitoire, qu'elle ne pesât pas sans cesse comme un lourd fardeau sur la gaieté et sur l'activité du jeune âge, que le maître n'apparût pas uniquement aux enfants comme un surveillant désagréable, dispensateur des pensums et des consignes.
Je ne suis nullement un optimiste rempli d'illusions. Je sais que le mal existe à l'origine dans le cœur de l'enfant, et que celui-là s'exposerait à des déceptions cruelles qui n'aurait recours qu'à la liberté, aux moyens de douceur et de raison, pour lutter contre l'action incessante des mauvais instincts innés dans l'homme. Mais je crois aussi que la discipline de nos internats penche trop du côlé de la prohibition, qu'elle ne seconde pas assez, qu'elle contrarie même le développement normal de l'activité juvénile, que, pour empêcher que le collège ne dégénère en une république bruyante et désordonnée, elle s'expose trop au reproche de le faire ressembler au couvent ou à la caserne, qu'elle n'a pas sur les cœurs cette action intime, délicate, profonde, qui seule peut être salutaire, et qu'elle n'obtient qu'une régularité d'apparence, dont l'insubordination et la révolte viennent varier parfois la lourde monotonie. « Gomme s'il y avait trop d'énergie dans le monde, dit Jean-Paul, il n'y a de récompenses que pour
rabstenlion. Les châtiments ne manquent pas pour im« primer la crainte de mal faire : mais où est renseigne-» ment, où sont les récompenses pour l'initiative et le courage?... Pourtant un bras cassé guérit plus vite que la volonté brisée. Aucune force ne doit être atténuée dans rhomme; il faut seulement augmenter la force op-* posée *. »
Je ne sais point si j'exagère, mais je dirai que j'ai toujours trouvé la jeunesse de nos internats, après quelques années de pension, plutôt ennuyée et sour-^ noise que franche, vive et de bonne humeur. Ce n'est pas là. cependant notre caractère national, tel qu'il se montre en pleine liberté. Conserve-t-on un souvenir riant et affectueux des années d'internat? Peut-on appliquer à nos écoliers français ce qui nous est dit de ceux des collèges d'Angleterre, comme Eton, Rugby, Harrow, « qu'ils conservent de l'école où iU ont passé leur enfance le souvenir le plus cher et le plus reconnaissant? Hommes faits, ils en parlent avec affection comme d'une patrie; ils en restent les amis, les protecteurs.... Nous avons vu, dans les bibliothèques de plusieurs écoles, des collections d'objets précieux envoyées par d'anciens élèves du fond de l'Inde ou de la Chine, comme présents, comme souvenirs. Il y avait quelque chose de touchant dans ces gages d'affection venant de si loin et après tant d'années d'absence ^. »
Si l'on voulait effectuer dans la discipline de l'in^ ternat les réformes qui nous paraissent nécessaires, malgré le vif désir avec lequel nous les souhaitons, nous sommes d'avis qu'il convient de procéder ici encore avec méthode et réserve, par voie d'essais suc-