Ibid
l'insolence des uns, la bassesse des autres; confondant Tobéissance avec la servilité, il voulait que toute idée, toute babitude de subordination fût soigneusement écartée dès Tenfance, et que Ton préparât ainsi pour Tâge adulte des citoyens égaux et libres.
Suivant la remarque très sensée de Kant, « il ne faut pas essayer de donner à un enfant le caractère d'un citoyen,, mais celui d'un enfant * ». Pour examiner la question de Tobéissance, on doit se placer surtout au point de vue de l'enfant, se demander s'il y a, dans les premières années, un meilleur moyen d'agir sur son caractère pour le modifier en bien, combattre les tendances mauvaises et lui donner de bonnes habitudes.
Le petit enfant ne peut guère connaître qu'un seul « impératif catégorique », une seule loi morale ; c'est la volonté de ceux dont il dépend; ainsi que le dit l'épigraphe placée par Mme Necker de Saussure en tête du chapitre où elle traite de l'obéissance pendant le premier âge, le devoir de l'obéissance est le seul qu'il puisse comprendre. Il obéit à la volonté de ses parents comme il se conforme plus tard à la loi morale, en s'imposant un effort, une peine, un sacrifice. La volonté des parents, devant laquelle il doit s'incliner sans discussion, représente alors pour lui les principes de morale qui devront diriger sa vie dans l'avenir. On peut même dire que les parents, quand ils sont honnêtes, servent simplement d'intermédiaires entre Tenfant et la loi morale, dont il n'entend pas encore directement les prescriptions dans sa conscience. Lorsqu'ils lui défendent, par exemple, la gourmandise, le mensonge, le larcin, auxquels il est naturellement porté, lorsqu'ils lui ordonnent le respect de l'âge ou de la faiblesse, qu'il ne pratiquerait pas de lui-même, font-ils
i. Traité de pédagogie, édit. Thamin, p. 95.