‹ L'éducation du caractèreChapitre 146 sur 228 · SENTIMENTS DÉTERMINANT L'OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DÉTERMINANT L'OBÉISSANCE

il en est de même de la mollesse ^ » On peut donc dire que celui qui, dans son enfance, apprend à obéir, apprend aussi à commander.

L'idéal pour l'éducateur serait d'obtenir l'obéissance des enfants par sa seule autorité morale, de leur inspirer une telle déférence et un tel respect, qu'ils ne concevraient même point l'idée de résister et s'empresseraient de se conformer à toute volonté manifestée par lui. Mais les enfants, surtout dans les premières années de leur vie, sont trop légers, trop étourdis, trop peu raisonnables, pour être capables d'une pareille obéissance. Il faut donc s'adresser à d'autres sentiments, dont ils sont plus susceptibles d'être touchés.

Je mettrai en première ligne, parce qu'il est le plus noble, ce sentiment de sympathie dont j'ai déjà parlé, par lequel l'enfant désire éviter de la peine à ceux qui relèvent et leur causer du plaisir. Quand il obéit pour être agréable, rien de mieux. Mais dans beaucoup de cas ce sentiment ne suffit point pour empêcher la désobéissance. L'ennui qu'un ordre donné, une défense imposée, causent à l'enfant, est souvent assez fort pour faire disparaître momentanément en lui toute sympathie à l'égard de ceux auxquels il est soumis; loin de songer à leur être agréable, il leur en veut, et son premier mouvement est de leur faire de la peine : il n'y résiste pas toujours, et, dans sa désobéissance, entre fréquemment de la malice.

Je n'aime pas beaucoup le moyen, fort usité dans les familles, qui fait de l'obéissance un calcul intéressé, par lequel l'enfant se soumet grâce à la promesse d'une friandise, d'un jo.uet, d'une jouissance quelconque dont il a le désir. Il y a, pour moi, de l'humiliation dans ce rôle des parents qui achètent, pour ainsi dire, l'obéis-

i . V Éducation progressive ^ liv. Hl, chap. ii.

sance, au lieu de l'imposer; et il faut, à cet égard, se défier de la ruse enfantine ; car Tenfant arrive à se faire payer son obéissance le plus cher possible. Au début, ce qu'il convoite le plus souvent, c'est le plaisir de la gourmandise; le gâteau, le bonbon prennent dans sa vie une place vraiment excessive, et ce n'est pas au profit de son estomac, ni même de sa moralité naissante. Plus tard il convoitera des plaisirs plus dispendieux, et assez souvent on verra ce singulier spectacle de parents délibérant sur les moyens d'être agréables à un enfant qui mériterait tout le contraire, le supplier de vouloir bien travailler, se conduire décemment, être soumis à ses maîtres, moyennant quoi on lui procurera toutes les distractions qui pourront lui plaire, la chasse, les bains de mer, les voyages.

En dernière analyse, il faut reconnaître que l'obéissance est, dans un grand nombre de cas, inséparable de la contrainte. « L'obéissance, dit Kant, peut venir de la contrainte, et elle est alors absolue; ou bien de la confiance, et elle est alors volontaire. Cette dernière est très importante, mais la première est extrêmement nécessaire; car elle prépare l'enfant à l'accomplissement des lois qu'il devra exécuter plus tard comme citoyen, alors même qu'elles ne lui plairaient pas *. »

La contrainte, qu'il nous paraît indispensable d'admettre, consistera d'abord, ainsi que nous l'avons dit, à empêcher par la force l'acte défendu, et à faire exécuter par la force l'acte prescrit, toutes les fois qu'on le pourra; et, en second lieu, à faire suivre d'une punition tout manque d'obéissance. L'enfant est déjà très sérieusement puni pour avoir été forcé de renoncer à ce qu'il prétendait faire, ou d'exécuter l'ordre auquel il prétendait se dérober. Dans certains cas même cette

Page 1