LA PÉNALITÉ DANS L'ÉDUCATION
semble déjà beaucoup plus à la pénalité sociale; souvent la personne qui constate la faute n*est pas celle qui prononce la peine, qu'une autre personne encore est chargée de faire exécuter; il y a un code scolaire, qui ressemble un peu, par sa rigidité, au code pénal.
Aussi les punitions de Técole agissent-elles en général par la crainte qu'elles inspirent à Tégoïsme des enfants plus qu'elles ne le corrigent. J'étais un jour en chemin de fer dans le compartiment voisin de celui qu'occupaient des internes en sortie ; ils parlaient si fort que, malgré la cloison, je pus assister à une véritable débauche de langage grossier et ôrdurier; je savais cependant qu'aucun d'eux, à l'intérieur du collège, n'aurait osé, par crainte des punitions, faire entendre à haute voix un seul des mots qu'ils prodiguaient alors avec une jouissance brutale. Dans la famille, la défense d'employer des mots grossiers, lorsqu'elle est maintenue attentivement et à l'aide des moyens répressifs dont le père dispose, produit un résultat tout autre; non seulement l'enfant s'abstient de ces mots en présence de ses parents, mais l'action de la discipline familiale est assez forte pour les lui faire prendre en aversion. C'est parce que, dans ce cas, comme dans une foule d'autres, les punitions ne sont point à peu près Tunique moyen d'éducation, et qu'elles sont employées simultanément avec d'autres moyens qui concourent avec elles à l'action moralisatrice.
Toute punition consiste en une souffrance imposée à la sensibilité physique ou morale de l'enfant. Un coup, par exemple, produit une souffrance physique; il peut être aussi une humiliation qui s'adresse au moral. On montrerait facilement du reste que l'âme souffre toujours plus ou moins quand le corps est atteint.
<c La punition,dit Kant, est morale lorsque l'on froisse notre penchant à être honorés et aimés, par exemple
lorsqu'on humilie l'enfant, qu'on accueille avec une froideur glaciale. 11 faut autant que possible entretenir ce penchant. Aussi cette espèce de punition est-elle la meilleure, car elle vient en aide à la moralité, par exemple si un enfant ment, un regard de mépris est une punition suffisante, et c*est la meilleure ^ » Bain pense même que dans certains cas le simple exposé de la faute, fait devant l'enfant, sans observations ni commentaires, est par lui-même un moyen de punition, et qu'il est plus éloquent que toutes les épithètes qu'on pourrait y ajouter.
Les punitions morales agissent principalement sur les natures délicates et sensibles. Mais beaucoup d'enfants, sans être foncièrement mauvais, s'endurcissent assez vite contre elles et ne paraissent pas souffrir bien fort lorsqu'on les humilie ou qu'on leur témoigne de la froideur; du reste, les éducateurs, surtout dans la famille, sont rarement capables de garder aussi longtemps qu'il serait nécessaire l'attitude froide et sévère à l'égard de l'enfant coupable. Celui-ci sait, par expérience, que toujours vient un moment où leur visage s'éclaircit et reprend son expression habituelle; alors la faute est oubliée, sans avoir entraîné pour le coupable de grands inconvénients.
Afin de rendre plus pénible le sentiment de la honte, on a imaginé pour les enfants des postures humiliantes : on les fait mettre à genoux ; on les place dans un coin, la figure tournée vers le mur; on leur couvre la tête d'un bonnet d'âne; on leur pose entre les épaules un écriteau qui indique le défaut pour lequel on les punit. Parmi les punitions édictées par le statut universitaire du 19 septembre 1809, deux sont de ce genre : d'abord les arrêts, qui consistent à être placé pendant la récréa-