Ratio studiorum Societatis Jesu^ 1635, p
L'ORBILIANISME ^83
recteurs des jésuites ». Le mot « orbîlianisme » était inventé en souvenir du grammairien-fouetteur Orbilius, que le poète Horace, son élève, a flétri par Tépithète de « plagosus ». On racontait dans ce pamphlet, entre autres barbaries, qu^au collège de Rodez « les jésuites choisissaient un écolier bien planté, gaillard solide, un pauvre diable du reste, qu^ils nourrissaient, qu'ils élevaient gratuitement, à condition qu'il leur rendit le service de fouetter ses camarades.... La victime était attachée aux barreaux d'une chaise, et l'exécution avait lieu en pleine classe.... Le nombre de coups, pour^chaque correction, était de soixante-dix à quatre-vingts; on n'en donnait jamais moins de quarante;... il était défendu au patient de crier, et ordonné à l'exécuteur de mettre quelques secondes d'intervalle d'un coup à l'autre, afin qu'ils fussent plus sensibles ^ »
Le sage Rollin n'allait pas jusqu'à défendre tout à fait le châtiment des verges, mais il insiste sur ses inconvénients et ses dangers ; il expose longuement les règles à observer lorsqu'on y a recours en désespoir de cause, et il le réserve pour l'opiniâtreté dans le mal, « mais, dit-il, une opiniâtreté volontaire, déterminée et bien marquée ». Il ne tolère pas que la punition corporelle ait une autre forme, et il interdit aux maîtres « les soufflets, les coups et les autres traitements pareils ^ ». Cette répugnance de celui qui fut recteur de l'Université de Paris à Tégard des châtiments corporels n'a fait que s'étendre et grandir en France, pour aboutir, dans les écoles, à une suppression complète et certainement définitive.
D'autres pays, aussi éclairés et civilisés que le nôtre,
1. Goropayré, Histoire critique des doctrines de l'éducation, etc., livre VII, chap. i.