‹ L'éducation du caractèreChapitre 16 sur 228 · INSTINCTS ALTRUISTES M · texte numérisé non relu

INSTINCTS ALTRUISTES M

Les premiers signes de plaisir chez Tenfant, ses premiers sourires, qui nous réjouissent si doucement le cœur, peuvent être pris comme la première manifestation de son altruisme. Il ne faut pas cependant y attacher à cet égard une trop grande importance; car l'enfant est capable de les prodiguer à des objets inanimés. « C'est tantôt, dit Mme Necker de Saussure, un bouton de métal poli, tantôt un verre éclairé du soleil, auxquels il parle; il semble leur dire qu'ils sont jolis, qu'ils lui font plaisir; il leur montre de la bienveillance; quelquefois il pousse de petits cris joyeux et perçants, comme pour attirer leur attention *. » Ces actes ne manquent pas d'analogie avec les transports des jeunes animaux, que certains objets attirent et qui s'en servent pour jouer avec tous les signes du contentement, sauf le rire, qui est, comme dit Rabelais, « le propre de l'homme ».

Mais l'enfant manifeste aussi celte bienveillance, tout égoïste au fond, à ceux qui l'entourent, et en particulier à la mère, à la nourrice. Il n'a pas évidemment l'intention de' les remercier pour leurs soins, qu'il n'apprécie point encore : il montre seulement qu'il connaît déjà un peu la relation qui existe entre son bien-être et la cause dont ce bien-être provient. Que le bien-être cesse brusquement, pour une raison quelconque, l'enfant est très capable de faire succéder aussitôt à sa bienveillance un sentiment visible de colère et de haine, de frapper sa mère ou sa nourrice : ainsi, sous le coup d'un vif déplaisir, l'animal déchirera la main qu'il léchait tout à l'heure.

La sympathie vague pour la mère et la nourrice, d'abord purement égoïste, et qu'on a vu certains enfants témoigner à leur biberon, devient, avec le temps, plus caractéristique; on sent que l'enfaiit distingue plus nettement la différence entre les personnes et les choses, la

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