‹ L'éducation du caractèreChapitre 17 sur 228 · L'Éducation progressive j liv. II, chap. ii · texte numérisé non relu

L'Éducation progressive j liv. II, chap. ii

différence entre les personnes elles-mêmes, qu'il s'attache à certaines d'entre elles, un peu pour elles-mêmes, et non pas exclusivement pour le bien-être qu'elles lui procurent. Ainsi, au point de vue de l'alimentation lactée et des soins généraux, deux nourrices qui se succèdent auprès du même enfant peuvent se valoir; cependant il arrive assez souvent que l'enfant s'attache à la première et n'en change qu'avec répugnance.

On dira peut-être que c'est un effet de cette force mystérieuse de l'habitude, qui nous attache non seulement aux personnes, mais aux lieux, aux habitations, aux vêtements, aux ustensiles, et qui agit sur les animaux eux-mêmes. On connaît les beaux vers où Virgile peint la douleur du bœuf séparé de son compagnon de charrue. Je possède deux chiens, dont l'un, plus fort et plus vif, mordait volontiers l'autre jusqu'au sang et s'était attiré de sa part une véritable haine ; pourtant, une séparation complète ayant eu lieu pendant quelques mois, le second la supporta, ce.qui ne me surprit point, avec une parfaite indifférence, mais le premier en perdit d'abord la gaieté et même l'appétit, et fut plusieurs semaines avant de se remettre ; lorsque son compagnon lui fut ramené, il lui témoigna sa joie par de vives caresses. « Son père étant parti en voyage, dit Bernard Ferez, Fernand, alors âgé de onze mois, s'était difficilement habitué à ne pas le voir. Quand on passait, l'enfant sur les bras, devant la chambre du père, il disait d'un air triste : « Papa! « papa 1 » Quand son père fut de retour, il ne voulait pas le quitter, il voulait toujours être avec lui ou le suivre *. »

Parmi les besoins dont l'enfant attend la satisfaction de ceux qui le soignent, il y en a un en particulier que l'on doit distinguer des autres, parce qu'il est une manifestation évidente de la tendance altruiste : je veux parler

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