‹ L'éducation du caractèreChapitre 160 sur 228 · LE FOUET EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE FOUET EN ANGLETERRE

droit de fouetter, et il s'en acquitte en pereonne; il fouette de confiance tout enfant qui lui est envoyé par un professeur. Dans la salle des classes de la grande école publique de Winchester figure Tinscription suivante, qui s'adresse à l'enfant : Autdisce, aut discede; manet sors tertia^ cœdi. Un jeune gentleman de six pieds de haut était à la veille de quitter le collège d'Eton; il avait acheté une commission dans la cavalerie et devait rejoindre le régiment dans dix jours au plus tard; il était prêt. Dans l'ivresse de son affranchissement, il eut le malheur de faire des libations trop copieuses avant son départ, il dut subir douze coups d'étrivières *. En certains endroits, le fouet traditionnel est remplacé par des procédés moins barbares, u Nous avons assisté, disent MM. Demogeot et Monlucci, à une petite exécution à Ghrist's Hospital, où la peine infligée n'avait rien de dégradant. Le professeur, armé d'un jonc flexible, ordonna à l'élève de tenir la main ouverte, et il le frappa ainsi sur la paume à plusieurs reprises. Quelquefois il manquait le coup, mais ce n'était pas la faute de l'élève, qui tenait bravement étendue tantôt la main droite, tantôt la main gauche, sans faire mine de la retirer. On voyait qu'il mettait de l'orgueil à ne pas crier, bien que ses yeux fussent un peu humides *. »

Ces châtiments corporels ne sont impopulaires ni parmi les maîtres ni même parmi les élèves. Un des grands pédagogues de TAngleterre, le docteur Arnold, a écrit une éloquente dissertation en faveur du fouet. Un principal de la célèbre école de la Chartreuse, ennemi du châtiment corporel, s'était avisé de le rem-

1. Brinsley-Richard, Sept ans à Eton, cilé par Gréard, VEsprii de discipline dans Véducation^ p. 3.

2. De C enseignement secondaire en Angleterre et en Ecosse, l'» partie, !'« section, chap. vn.

placer par l'amende ; les élèves se soulevèrent au cri de : « A bas Tamende ! Vive le fouet I » Le fouet fut rétabli. « Alors nous en eûmes à cœur joie, dit Félève de la Chartreuse qui raconte ce curieux épisode. Le lendemain du jour où l'amende fut abolie, au moment où nous entrâmes en classe, nous y trouvâmes une superbe forêt de verges, et les deux heures de la leçon furent consciencieusement employées à en faire usage. » Toutefois des protestations commencent à s'élever contre le « flogging », mais en dehors des écoles. Herbert Spencer le condamne. Bain dit, avec quelque exagération peut-être : « Dans les maisons où l'on maintient les châtiments [corporels, il faut les mettre tout au bout de la liste des punitions; le moindre de ces châtiments doit être considéré comme un véritable déshonneur et accompagné de formes humiliantes. Tout châtiment corporel doit être présenté comme une injure grave pour la personne qui l'inflige et pour ceux qui sont forcés d'en être témoins, comme le comble de la honte et de l'infamie *. »

L'histoire du rôle joué par les châtiments corporels dans la pédagogie allemande est pleine de détails piquants ; nous en choisirons quelques-uns presque au hasard, sans remonter plus haut que la Réforme. L'auteur de ce grand mouvement, Luther, se souvenait d'avoir été battu. à l'école jusqu'à quinze fois dans une même journée. A la même époque, le maître d'école Trotzendorf employait dans son établissement de Goldberger tout un arsenal : la verge, le bâton, la vielle (Fiedel, instrument de torture scolastique), le chevalet. En 1548, le règlement scolaire d'Essling interdisait une série de punitions en usage, comme les coups de savate, l'arrachement des cheveux, l'emploi du gourdin, et

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