‹ L'éducation du caractèreChapitre 18 sur 228 · BESOIN DE CARESSES · texte numérisé non relu

BESOIN DE CARESSES

da besoin de caresses. Il peut y avoir dans la caresse un élément de sensualité ; alors le désir d'être caressé peut n'être que purement égoïste. Mais l'enfant, croyons-nous, désire surtout la caresse parce qu'elle est un signe de la sympathie qu'on lui accorde. Certains animaux aussi sont très friands de caresses, et il est facile de distinguer les cas où l'animal, y trouve une jouissance sensuelle, comme celle du chat auquel on passe doucement la main sur le dos, et ceux où il y voit surtout un témoignage de bienveillance, comme les petites tapes données sur la tête d'un chien, ou même simplement certaines inflexions de la voix qui lui parle. L'enfant prend volontiers l'habitude du baiser maternel.

J'emprunte à Bernard Ferez deux faits intéressants à cet égard : « Un enfant de deux ans et demi a toujours été mis au lit par sa mère, qui ne lui a refusé son baiser que dans des occasions graves. Souvent, quand il est couché et que sa mère cherche quelque objet dans la chambre avant de s'en aller, il craint qu'elle n'oublie de l'embrasser. « Maman, lui dit-il, je t'en prie, je ne t'ai «pas fait le baiser du soir, je ne peux pas m'endormir. » Un enfant de trois ans s'étant endormi sur les genoux de sa tante, sa mère en profila pour aller dans une chambre voisine. L'enfant s'éveille, s'étonne de ne pas voir là sa mère et, apprenant qu'elle se trouve dans cette chambre, va la chercher en se lamentant de ce qu'elle l'a laissé seul. Ne pouvant ouvrir la porte, il y frappe à coups de pied, et, comme la mère n'arrivait pas, il se fâche, pleure, hurle presque; sa mère arrive enfin et lui dit : « Eh .bien, tu me commandes maintenant? — « Vilaine I — C'est à moi que tu dis cela? — Oui, oui. — Eh « bien, tu es un mauvais petit garçon, je ne veux plus t'ai- « mer. — Alors je n'aimerai plus Chariot (son frère aine, « pour lequel il est plein d'affection). — Je ne te donnerai « pas mon baiser ce soir. — Oh si ! j'aimerai toujours Char-

« lot, je ne le dirai plus, que je n'aimerai pas Chariot. — « Et tu ne crieras pas quand je m'absenterai un moment? « — Je te le promets. — Viens alors m'embrasser. »

L'enfant en arrive assez vite à rendre lui-même les caresses. Ici encore nous devons distinguer celles qu'il fait parce que ses sens, et surtout celui du toucher, y trouvent du plaisir, comme lorsqu'il passe la main sur la peau douce d'un visage féminin, et celles qui ont pour but de témoigner son attachement.

Un progrès sensible dans l'altruisme est marqué par l'apparition chez l'enfant des sentiments de sympathie pour la souffrance. Dugald Stevs^art a remarqué que la sympathie compatissante (qu'on nous permette cet apparent pléonasme, nécessaire à cause du sens général qu'a pris le mot de sympathie) est en rapport avec l'imagination, et qu'on s'apitoie plus sur les maux que l'on se représente vivement. Dans le premier âge, les apparences de sensibilité peuvent être trompeuses. Voici une curieuse observation de Mme Necker de Saussure : « Chez un enfant de neuf mois, j'ai été témoin d'un fait que je rapporterai comme exemple. Cet enfant jouait avec gaieté sur les genoux de sa mère, lorsqu'il entra dans la chambre une femme dont la physionomie exprimait une tristesse marquée, mais calme. Cette personne, qu'il connaissait, sans avoir pour elle d'affection particulière, fixe dès lors son attention. Peu à peu son visage se décompose, ses joujoux tombent de ses mains, et enfin il se jette en pleurant dans le sein de sa mère. Il n'avait point de peur, point de pitié, point d'attendrissement : il souffrait, et il soulageait son mal par des larmes *. » Dans cet exemple je verrais volontiers un fait de suggestion analogue sous certains rapports à ceux que l'on étudie en ce moment avec tant d'intérêt

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