‹ L'éducation du caractèreChapitre 19 sur 228 · SYMPATHIE · texte numérisé non relu

SYMPATHIE

chez les hypnotisés. L'attitude de la femme triste excite Tattention de l'en fan t et frappe vivement son imagination; elle fait naître dans son àme, elle lai suggère un sentiment de tristesse sans raison, qui s'exprime immédiatement par la décomposition du visage et par les larmes. La gaieté aurait pu tout aussi bien, s'il eût été d'abord dans un état de tristesse, lui être suggérée par une personne dont l'attitude eût exprimé la gaieté. A l'observation précédente, Mme Necker de Saussure en ajoute une autre, où le fait de la suggestion apparaît aussi clairement que chez les hypnotisés qui conçoivent des sentiments religieux aussitôt qu'on leur a fait prendre l'attitude de la prière et de l'adoration. (( A l'âge de quinze à seize mois, dit-elle, un enfant qui assiste à une lecture sérieuse et voit sur tous les visages l'expression du recueillement, est bientôt saisi d'un certain respect, et, si vous ne prolongez pas trop cette épreuve, le même effet se reproduira dans chaque occasion semblable. »

Miss Edgeworth donne un exemple assez amusant de cette sensibilité trompeuse qui peut être suggérée aux enfants sans que leur cœur soit réellement ému. « Veuton un exemple de l'abus de cette méthode qui tend à faire étaler des sentiments avant que les enfants puissent les éprouver? il n'y a qu'à lire Mme de Genlis. Quand la duchesse d'Orléans était malade, les enfants étaient instruits à écrire des billets d'heure en heure pour savoir de ses nouvelles. Un jour, un messager va partir de Saint-Leu : la gouvernante demande aux enfants s'ils n'ont point de commissions pour Paris. « Oui, dit le « petit duc de Chartres, je voudrais qu'on m'apportât (( une cage ». Il oubliait sa mère; il fallut le lui dire à l'oreille. L'affection ne s'apprend pas par cœur *. »

Page 1